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TABLEAU IX. SCENE IL

LA QUEUE -DES PREMIERS, LES GUIDES, LES ARTILLEURS, UN COLONEL A CHEVAL.

Le guide Frisât, criant. Attention ici !...

L'autre guide Septimer, se retournant Halte!... j; N'avancez pas !

\^0n voit apparaître à droite la tête d'un attelage.^

Le COLONEL, avec fureur. Avancez!...

Frisât. Colonel, les canons ne passeront jamais là !

Le colonel. Ils passeront... le feld-mare'chal veut qu'ils 10 passent.

Septimer. Je suis un vieux guide, colonel; depuis trente-trois ans je cours la montagne, et je sais que les canons ne passeront pas.

Le colonel. Le chemin est assez large pour les roues. 1 5 {Se retoiirnant.) En avant !

Frisart, criant. Prenez garde !... Depuis trois jours, huit mille hommes ont défilé sur ce chemin. Il est fatigué par tout ce monde et ces chevaux. Le coin, sous un poids pareil, ne tiendra pas ! 20

Le colonel. En avant!...

Septimer, dun accent solennel. Nous n'avons plus qu'à recommander notre âme à Dieu. Le coin va tomber; il entraînera plus d'un arpent de terre. Nous allons tous rouler avec les rochers dans le Vinkelthal, à deux lieues 25 d'ici ! [// montre Valnme. — La pièce s'avance?^

Le colonel, aux artilleurs. Kxï^\tz\...{Aux guides.) Vous êtes de la canaille... vous nous avez conduits dans un mauvais chemin... vous serez fusillés !...

Frisât. Colonel, nous sommes des pères de famille... 3^ nous tenons à conserver notre vie. ...C'est malgré nous que nous sommes venus !...

Septimer. J'ai prévenu votre général, en partant, que les canons défonceraient tout... Il n'a pas voulu m'écouter.

Grands cris, derribr. En avant !...en avant !... 35

[Z« scène s'encombre de nouveaux arrivants. Plusieurs se laissent tomber de fatigue, d autres s'appuient sur leur fusil dun air accablé; la faim, la misère, le froid so?it peints sur

la figure de ces malheureiix. Officiers et soldats, tous sont da?is le même état. Un soldat veut passer à côté de la pièce, son pied glisse, tin camarade lui tend la main ; ils disparaissent tous les deux.\

5 SCÈXE III.

LES FRÉCÉDENTS, LES NOUVEAUX VENUS, entasses dans le coin, à droite.

Un soldat. C'est Koweski?

Un autre. Oui, et son frère Y é\xo\y\iQ^A... {S' asseyant 10 accablé^ Ils ne souffrent plus maintenant !

Un autre, criant. Ce chemin sera notre mort à tous!... D'autres. On meurt de faim. ..on gèle. ..on glisse !... Le colonel, du haut de son chrcal. Taisez-vous... Ce soir nous serons dans la vallée, à Ilanz... 15 Un soldat, avec audace. Dans la vallée !... oui... comme ceux-là. ..Regardez... regardez. ..(yJ/f/^/r^;// la queue de la colonne, qtii se déroule à perte de vite sur les crêtes.) Voyezvous la voiture qui roule?... et là-bas ces autres qui glissent... les voyez vous?... ils s'accrochent... mais les voilà dans le 20 bleu !... C'est comme cela, camarades, que nous arriverons dans la vallée.

[En parlant, il prend son fusil par le canon, le casse sur la

pièce et en jette les morceaux dans [abîme. Le colonel

tire un pistolet et l'ajuste^

2C Cris terribles des soldats. Tombons sur le colonel!...

Le colonel, remettant son pistolet dans sa ceinture. Êtes-

vous des lâches ?

Un soldat. On nous a trahis... Nous devions arriver le lendemain... et depuis trois jours nous sommes en route... .,Q Ca n'en finit plus.

Un autre, criant. Pas un de nous ne reverra le pays ! Le colonel, aux guides, avec fureitr. Vous entendez, malheureux!... c'est vous qui nous avez trahis. ..Il existe d'autres chemins.

.,- Frisât. Oui, colonel, il en existe un autre par le Plattenberg, mais deux fois plus long et pas meilleur. Votre général n'a pas voulu le prendre ; nous n'avions rien à dire.

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