TABLEAUX. SCÈNE I
Un représentant, de sa place. On assure qu'une dépêche est arrivée ce matin au Directoire exécutif; pourquoi ne nous est-elle pas communiquée ?
Une voix dans les tribunes, à droite. La bataille est perdue... Souworow est en marche sur Paris ! 5
\Grande rtnneiir ; le président agite sa sonnette?^
Cris dans les tribunes, à droite. La dépêche !... La dépêche !...
Un représentant. Depuis deux jours, l'avis d'une bataille décisive court de bouche en bouche; des bruits 10 sinistres se répandent... les factions royalistes s'agitent... le silence du Directoire nous accable I
Un autre. On nous cache la situation.
Un autre, avec force. Si la patrie est en danger, qu'on le déclare ! 1 5
Le président. Citoyens représentants, quelles que soient les circonstances, vous devez l'exemple du calme au pays. Je n'ai reçu aucune communication du Directoire exécutif.
Cris dans LES tribunes, À û?r^zV^. La dépêche !... 20
Le président, aux huissiers. Faites évacuer les tribunes !
\Les huissiers descendent à droite. Au même instant, un envoyé dîc Directoire se présente à la porte de gauche, une dépêche à la main. Gratides acclamations au dehors. 25 Silence dans la salle. L'envoyé remet sa dépêche à un secrétaire, qui la porte au président. Dehors, les acclamatioJis redoublent.']
Voix nombreuses. Écoutez !... écoutez !...
Le président, ouvrant la dépêche. Communication du 33 Directoire exécutif au Conseil des Anciens. Dépêche du général Masséna.
[// se lève. — Grande rumeur, suivie cTuJi profond silence.]
Le président, lisant.
"Le général en chef de V armée d'Helvétîe au Directoire 35 exécutif.
" Quartier général de Zurich.
" Citoyens Directeurs, "Le sort de la campagne est décidé. Les puissances
coalisées avaient réuni trois armées, pour envahir l'Helvétie et pénétrer en France. En deux jours, nous avons confondu leurs projets. Nous avons franchi la Limmat, anéanti l'armée de Korsakow, pris tous ses canons, ses bagages, son 5 trésor, et enlevé de vive force Zurich, où il a laissé six mille prisonniers et trois généraux blessés."
\Bruyantes acclainations?^ Voix nombreuses dans les tribunes, à droite. Silence !... silence !... \NouveUes acclaJHatio7is plus vives?[ 10 Un représentant, se levant. La République est sauvée !
Un autre. Vive Masséna ! \Le silence se rétablit?^
Le président, continuant sa lecture. " Nous avons
franchi la Linth et battu l'armée autrichienne. Nous lui
15 avons fait trois mille cinq cents prisonniers et pris vingt
pièces de canon. Son général en chef est resté sur le
champ de bataille. — L'armée de Souworow... "
Voix nombreuses dans les tribunes, à droite. Ah ! ah!...
20 Cris violents dans toute la salle. Silence !... silence !...A la porte les royalistes !
[Profond silence. — Acclamations au dehors. "[
Le président, reprenant d'une voix plus forte. "L'armée
de Souworow, après avoir forcé le Saint-Gothard, s'était
25 avancée jusqu'à Altorf. Nous l'avons battue dans la vallée
de Mutten; nous lui avons enlevé un drapeau et deux
canons. Forcée à une retraite précipitée, elle a abandonné
à notre générosité ses blessés, parmi lesquels un général
et nombre d'ofhciers. Rejetée sur Glarus, nous l'avons
30 encore battue ; nous lui avons fait quinze cents prisonniers,
pris un drapeau et tué un général. N'espérant de salut que
dans la fuite, Souworow s'est jeté dans les Grisons, en nous
abandonnant encore quinze cents prisonniers. Il a perdu
en outre son artillerie et ses bagages."
35 Tous LES représentants, se la'ant comme un seul homme.
Vive la République !
[Immense acclamation au dehors et dans les tribunes de
gauche.'] Le président, continuant. "Sur le Rhin, les débris des 40 corps battus, renforcés par le corps bavarois du général