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TABLEAU XL SCÈNE L

Sou. Quels régiments ?

Bas. Ceux de Rymnik, d'Ismaïl, de Markow, les dragons, les canons...

Sou. Pousse mon fauteuil...que jeles voie...(BASiLiANOF pousse ie fauteuil près de la fenêtre et levé le rideau. SouwoROW 5 regarde.) C'est le Rymnik! ils de'filent...Ils de'filent...Pas un ne tourne la tête... Ils savent pourtant bien que Souworow, le père Souworow se meurt '\c\\...{Sile7ice^ Ah!... le drapeau !...(// se levé péniblement, les jnains cramponnées au bras de son fauteuil. Le drapeau tout déchiré du régiment i o du Ry7nnik passe devant les fenêtres. SouwoROW se redresse, fait le salut militaire et retombe. — A Basilianof :) Ferme le rideau, Basilianof, je ne puis plus voir cela. l... {Avec accablement.) Cette musique me tue !...

Bas., tournant le fauteuil. Le défilé ne sera plus long, 15 feld-maréchal, la revue est finie.

Sou., se parlant à lui-niê?ne. Oui. ..oui. ..la grande revue viendra bientôt... Elle viendra pour tous. ..pour les tzars... pour les princes.. .pour les feld-maréchaux...pour les simples ■iolô.dit'à... {Silence.) Ah! la gloire!... 20

[// respire avec effort. On voit dans la rue une vieille femme se pencher à la fenêtre et regarder dans la chambre?\

'ËA'S,.,frappa?it contre les vitres. Dieu te bénisse !...

Sou., essayafit de se retourner. Qu'est-ce que c'est ? 25

Bas. Une vieille mendiante.

Sou. Donne-lui quelques kopecks. ..Va !...

[Z(? domestique obéit.']

Bas., sur la porte à droite. Tiens, et laisse-nous tranquilles, 30

La femme, dehors. Merci, je n'ai besoin de rien.

Bas. Alors, qu'est-ce que tu veux?

La femme. N'est-ce pas ici que demeure Souworow?

Sou., écoutant. Je connais cette voix.

Bas. Le feld-maréchal ne reçoit personne. 35

Sou., d'une voix faible. Laisse entrer la femme...

Bas. Le feld-maréchal est malade.

La femme. Je veux le voir. ..Il me connaît... Dis-lui que c'est la vieille matouchka du Rhymnik.

Sou., avec effort. Ah! qu'elle entre., qu'elle entre!... 40

Bas., se retournajit. Cette femme, feld-maréchal, dit vous connaître.

Sou. Oui. ..oui. ..depuis longtemps.

\Sa voix s'éteint. Hattpuine parait sur le seuil, puis S s^ approche et regarde en silence. Souworow lui tend

les mains ; elle s' agoiouille et les embrasse en fondant en larmes. Basilianof se tient debout derrière^ Hattouine, en sanglotant. Ohl mon fils, Basilowitche, dans quel état je te retrouve !

lo ^o\j., profondément énm. 'Lewç.-io'i, matouchka l

Hat., sanglotajit. J'avais tout perdu... Ivanowna...Ivanowitchc.tout !...Je pensais: — Mon fils Souworow est encore là. ..il est heureux, lui... — Ça me consolait un peu! On me disait bien : Le Tzar n'a pas voulu le voir... mais je 15 ne le croyais pas !... Qu'est-ce qu'il nous reproche donc, le Tzar? Est-ce que nous n'avons pas tout souffert pour lui?. ..Est-ce que nous n'avons pas tout donné?... Est-ce que c'est notre faute si les autres se sont laissé battre... si Korsakow s'est sauvé... si les Autrichiens nous ont laissé 20 tomber sur le dos?...

Sou., à S071 dotnestiqice. Tiens, Basilianof, regarde cette vieille matouchkal ...YX\ç. connaît mieux la guerre que tous ces cadets, ces officiers de parade, ces tas de pieds-plats, de ducs, de princes, de barons, qu'on nous envoie avec des 25 brevets de génie, et dont la bêtise, malheureusement, ne se montre que sur le champ de bataille ! — Lève-toi, viatouchka. Je suis content de te voir !

Hat., se levant. Nous avons eu bien des misères depuis cinquante ans, mais celle-ci est la plus grande. 30 Sou., avec amertume. Oui... tu as raison.

Bas. Notre glorieux Tzar verra qu'il s'est trompé, feldmaréchal.

Sou., d'u7i ton de dédain. Feld-maréchal !... Laisse tous

ces titres, Basilianof. Quand on arrive où j'en suis, tout

35 devient clair. ..OU sont mes amis?. ..Où sont ceux auxquels

j'ai rendu service? Ils craignent de déplaire au Tzar!...

La vieille matoiichka, seule...

Bas., vivemctit. Hé 1 je vous le disais bien, fcldmaréclial, le Tzar Paul pense encore à nous !... 40 \Il montre de la maiji une voiture de la cour, qui vient de

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