LA BATAILLE AU NORD DE VIRTON JUSQU'A 10 HEURES
Le général Boëlle arrive à Virton. — A cheval dès 5 heures, le général commandant le 4€ corps d’armée était arrivé à Virton vers 6 h. 30, accompagné du colonel Degoutte et du capitaine Monflier, son officier d’ordonnance. Il comptait bien ne plus trouver ici que les dernières unités de la 8 division puisque la tête de colonne aurait dû quitter la ville à 4 h. 30. Or, il y tombait en plein encombrement, en plein désordre, les rues engorgées de voitures, canons, fantassins du 117€ et du 1248, de blessés du 1158 et du 130€.
li venait de donner l’ordre au colonel Desvaux de faire dégager la route, quand un bruit de fusillade, perçu avec ‘netteté et l’arrivée de nombreux blessés du 130€ lui furent une première explication de l’arrêt de la marche. Le compte rendu rédigé à 6° k. 8 par le colonel Chabrol, commandant l’avant-garde, et que le général de Lartigue lui transmettait à ce moment, l’éclaira encore mieux.
La tête d'avant-garde était arrêtée à la lisière sud des bois dont la 8° division devait être maîtresse pour pouvoir déboucher de la vallée du Ton et assurer sa mission de flanc-garde du 2° corps.
L'ordre suivant est immédiatement adressé au général de Lartigue :
P. C. Virton, 22 août, 6 h. 45.
A général commandant 8e D. 1.
Reçu votre communication de 6 h. 05. Il est extrêmement important de gagner les débouchés nord des bois, pour protéger le flanc
PF AOG ES
droit du 22 corps. Prenez toutes les dispositions nécessaires pour progresser le plus rapidement possible et assurer la mission qui nous incombe.
Le Génsral rommandant le 4 C. À., BoELLr.
Une automobile arrivait, fendant la foule à grand peine : c'était le commandant Passerieux, accompagné des capitaines de La Chavignerie, Lepetit et Collet-Maygret, de l’état-major du corps d'armée. Tandis que l’étatmajor s’installe dans la grande salle du Conseil municipal, à l'Hôtel de Ville, le bourgmestre, M. Lambinet Jeanty, conduit le général sur une terrasse qui couronne l’édifice et d’où l’on a des vues très étendues vers le nord.
Le brouillard est épais; le général ne peut rien voir. Il entend seulement distinctement le bruit d’une violente bataille d'infanterie se déroulant sur un front de plusieurs kilomètres au nord-ouest, au nord et même au nord-est. Descendu de son observatoire inutilisable, il se préoccupe tout de suite des liaisons : le capitaine Collet- Maygret ira auprès du général de Lartigue; le capitaine de La Chavignerie, vers Ethe, auprès du général de Trentinian.
Le capitaine Collet-Maygret n’est pas là. Le commandant Passerieux l’a déjà envoyé aux renseignements sur
la route d’Étalle par où affluent des blessés du 130.
Il ne tarde pas à revenir, fort mal impressionné. On s’est heurté dans le brouillard à des retranchements; le 130€ décimé lâcherait pied : « Mon général, ça ne va pas, conclut le capitaine. Je crois que votre présence serait utile là-bas. »
. Le général saute à cheval et accompagné du colonel Degoutte et du capitaine Monflier il s’engage au grand trot sur la route d’Étalle, le long de laquelle le 4172 attend des ordres. Dans le brouillard épais la fusillade paraît s’intensifier; des balles giclent.
Avec le général de Lartigue. — Les ordres. —
Non loin des dernières maisons, le général de Lartigue
attendait. Il ne peut renseigner le général Boëlle car il n'a reçu aucun compte rendu. Il vient d'envoyer le capitaine Jourdain aux renseignements et d’expédier quelques ordres : au dernier bataillon disponible du 115€, d'appuyer le 130€; au 31€ régiment d'artillerie, de se tenir prêt à intervenir dès que l’état de l’atmosphère le permettrait,
Le commandant du 42 corps approuve ces mesures, et estimant que la situation est très sérieuse, puisque cinq bataillons sont déjà engagés ici sans résultat appréciable il prescrit au général de Lartigue d’engager le 124, À ce moment, un cavalier, sur un cheval blanc, le manteau flottant au vent, passait au grand trot sur la route. Le général Boëlle reconnaît le colonel Chabrol : « Descendez de cheval, colonel Chabrol, lui crie-t-il, vous allez vous faire tuer ! » Le bruit des détonations et le claquement des balles couvrit la voix ; la vision s’évanouit dans le brouillard... |
Puis on attend, tandis que passent blessés et isolés du 115e et du 130€; que les mitrailleuses crépitent dans la brume toujours épaisse.
A & heures, le capitaine Jourdain revient de*sa mission. Il a vu le colonel Chabrol, mais ne peut donner aucune précision. Le commandant de la 15e brigade est un chef expérimenté, calme et d’un très grand sang-froid. Il faut lui faire crédit. La situation n’en est pas moins fort loin d’être claire et toutes les surprises sont possibles.
De sérieuses mesures de précaution s’imposent. Le général Boëlle complète les ordres déjà donnés. ”
a) Le 1242 organisera et tiendra la lisière nord de Virton, ainsi que la crête militaire à 200 mètres au nord de la localité, précisément celle où se trouve en ce moment le général de Lartigue;
b) Le 117€ exécutera un mouvement débordant, sur l'axe Houdrigny—Robelmont ;
c) Tout ce qui reste disponible des 1152 et 1306 se
ralliera dans la région ouest de Virton, pour s’y recons-
tituer et y servir de réserve.
d) Le groupe Gadois, du 3142 d’artillerie, qui vient de tirer