‹ La guerre en action, VirtonChapitre 48 sur 98 · A) LA LUTTE AU NORD DE VIRTON · texte numérisé non relu

A) LA LUTTE AU NORD DE VIRTON

Le général Boëlle, commandant le 4° corps, porte son P. C. sur le mamelon 280. — Le général Boëlle avait quitté le général de Lartigue, sur la route d’Étalle, à 8 h. 15. Le 124€ partait, plein d’entrain, et il semblait bien que la situation n'allait pas tarder à changer de face.

Mais en rentrant dans Virton, le général est fort mal impressionné. Le désordre y règne encore. Le bataillon Lambert (1er) du 124€ est groupé dans la région du cimetière; le bataillon Blanc (3€) du 1178, attend des ordres; les canons du 31° d'artillerie, qui vont aller, quelques minutes plus tard, s'installer au sud du Ton, encom-

brent les rues; des ambulances, improvisées partout, regorgent de blessés et sont en pleine activité; des isolés de tous les régiments de la division, surtout du 130, errent, ne sachant où se rallier; dans les rues étroites, les shrapnells tombent en grêle et les explosions d’obus se succèdent, assourdissantes, s’accompagnant du bruit de vitres brisées.

Pour faire taire ces canons et appuyer l'infanterie, le général Boëlle: prescrit tout de suite au général Parreau, commandant l'artillerie du corps d'armée, de constituer un grand groupement d'artillerie sur les hauteurs au sud de Saint-Mard et de rappeler pour cela le 44 régiment d'artillerie vers 280.

Puis il entrait à la mairie et au moment où il en franchissait le seuil, le colonel Raymond, commandant la cavalerie du corps d’armée, assis devant la porte était atteint d’une balle à la figure.

L’état-major est installé très largement, sinon confortablement, dans la ,grande salle du Conseil municipal, mais il s’y trouve sans aucun moyen. d’action. On a vainement essayé de communiquer téléphoniquement avec Ethe, où la 7e division doit être à cette heure; avec Marville, où est le quartier général de la 3° armée. Seule, la communication existe encore avec la permanence laissée à Vélosnes, mais ce poste est isolé, lui aussi, et ne peut fournir aucun renseignement. On ne sait rien, non plus, du capitaine de la Chavignerie, parti ce matin vers Ethe, en automobile, et on attend. Que faire d'autre? On discute; on interroge les habitants dont les affirmations | sont de plus en plus ‘impressionnantes. Le capitaine Lepetit, dont la nuit à été mouvementée, dort sur une botte de paille. Le capitaine Lanoix est resté sur sa terrasse d’où il voit le paysage, maintenant, baigné de soleil : la ferme de Bellevue qui brûle, des lignes qui montent vers le nord, sombres sur les champs jaunes, cachées de temps en temps par les flocons blancs des shrapnells.

Se AIO

Après une heure d’attente, vers 9 h. 15, le général n’a

encore reçu aucun renseignement, tandis que la fusillade, accompagnée du crépitement pressé des mitrailleuses et scandée par les rafaies d'artillerie, s’intensifie à la lisière nord de la localité. Il sent bien alors qu’il n’est plus à sa place dans Virton et que, puisqu'il s’agit décidément d’une bataille, il doit, pour diriger les opérations de ses deux divisions, chercher un poste de commandement plus en arrière. Le colonel Degoutte insiste dans ce sens, et vraiment, en dépit de toutes les répugnances, il faut s'y résoudre.

Mais où aller? La carte indique Allondrelles ou La Malmaison comme nœud des. communications vers Ethe et vers Virton; or là, on ne verra rien; on ne saura rien; on sera encore plus mal installé qu'ici et, en outre, on fera figure d’avoir fui la bataille et d’être allé se tapir derrière

le masque boisé, hors de portée de l'artillerie. Le général

se refuse absolument à prendre une pareille attitude. À Chencis? À Latour? Là, on sera bien entre Ethe et Virton, mais on ne verra aucun des deux champs de

bataille et la transmission des ordres et des renseignements,

pour laquelle on ne peut compter que sur des cavaliers. sera rendue précaire par l’artillerie ennemie.

Au total, le commandement des deux divisions est impossible dans cette région boisée, et cela, le général l'avait prévu et fait observer téléphoniquement le 21 au soir, au chef d'état-major de la 3€ armée (1). Il faut donc laisser le général de Trentinian agir à Ethe au mieux

des circonstances. C’est un homme de grande imtiative |

et d’une indomptable énergie. Il fera tout ce qu'il est humainement possible de faire. Quant au commandant du corps d'armée, 1l va transporter son poste de commandement sur le mamelon 280, d’où il pourra du moins suivre les opérations de la 8° division et se tenir en liaison avec le 2° corps d’armée, dont il a le devoir d’assurer à

(*) Voir les circonstances de cette communication. Le 22 août au 4 corps d’armée. Ethe, p. 15, 16 et 17. : ‘

tout prix le flanc droit et les derrières. Il disposera là de l'artillerie de corps qui y a été appelée et doit s’y trouver déjà, et 1l donne l’ordre qu’on y achemine les cinq compagnies du 1152 (bataillon Travers et 10€ compagnie), disponibles à l’ouest de Virton. Avec les bataillons du 315€ et du 3172 qui se trouvent aussi dans cette région, le général aura ainsi une troupe de manœuvre et pourra parer à l’imprévu.

A 9 h. 30, Vétat-major est à cheval, et au pas, le général en tête, 1l quitte Virton précédé du peloton d’escorte que commande le lieutenant de Noailles. l'opération n’est pas sans danger : les habitants affirment que Saint- Mard est rempli d’Allemands cachés dans les maisons.

L’artillerie n’est plus là et les rues ne sont plus embouteillées, mais les isolés y sont nombreux, blessés ou non blessés. Au passage à niveau de la voie ferrée, plus de 100 se sont réunis, du 115€, du 124€ et du 1308. Ils ont combattu depuis l’aube; 1ls sont fatigués, sans munitions, nerveux; 1ls ont perdu leurs chefs et leurs sections n'existent plus. Le général charge le capitaine Lanoix de les grouper en unités constituées, eux et tous ceux qui se présenteront. Tâche ardue qui exige de l'autorité et de’ l’énergie, car le Français, très discipliné quand il est sous les ordres de ses chefs immédiats, qu’il connaît et qu'il estime, accepte difficilement l'emprise d’un inconnu. Spontanément, le capitaine Audet s’est joint au capitaine Lanoiïx et à eux deux, ils commencent par obtenir une vague colonne par quatre, aux numéros bigarrés, qui, instinctivement, se précipite dans les fossés de la route, toutes les fois qu’un obus éclate auprès d’elle.

Le général a pris de chemin de Saint-Mard à Harnoncourt, étroit et bordé de peupliers, que l'artillerie ennemie arrose. Ce chemin, au point où il franchit la crête, est profondément en déblai et de là, on découvre la ferme de Bellevue qui brûle, les pentes de Robelmont, les hauteurs à l’est d'Houdrigny, où des shrapnells éclatent, des lisières de bois, à perte de vue, mais vers Ethe, rien. De ce côté, l’éperon de Saint-Mard cache tout. Le poste

DZ 112 se

de commandement est installé près d’un petit bois triangulaire au sud et tout près du chemin. Il y restera jusqu’à ce soir.

Il est 10 heures. Le général a mis pied à terre. Alerte, accompagné du colonel Degoutte, il parcourt son plateau, la jumelle à l’œil. Partout, c’est le vide. Aucun combattant n’est visible, et n’étaient le grondement ininterrompu des canons allemands, le fracas des obus qui viennent encadrer la crête, dès que le général se montre, même seul, les réponses plus nettes et plus rares du groupe Gadois et les multiples flocons blancs ou noirs qui apparaissent et s’évanouissent sans interruption, avec des explosions plus ou moins rapprochées, on se croirait dans un désert.

L’ennemi. — C’est pourtant le moment où la IXE division prussienne, puissamment renforcée en artillerie, vient d'engager son dernier régiment pour s'assurer la possession du plateau de Bellevue.

Nous avons vu le général von Below, menacé au sud et à l’ouest par deux importantes masses françaises, arrêter vers 6 h. 30 son offensive sur Virton et se mettre en garde face à Virton et face à Meix. Le grand nombre des blessés des 1152, 124€ et 130€ trouvés sur le champ de bataille depuis Robelmont jusqu’à la route d’Ethe a fait penser au commandant de la IX® division allemande que la 8e division française n’était certainement plus en état de déboucher de Virton, où une vigoureuse action d’artillerie suffirait à la maintenir, et que peut-être même un effort tenté par l’est serait susceptible d'enlever cette ville à l'ennemi. |

C'est pourquoi le 1542 a reçu l’ordre de pousser de l'avant, débordant la droite française, et de tâcher d'aborder Virton par l’est. Nous avons vu, en dépit d’une fausse manœuvre, l’héroïque résistance du bataillon Graff (2e) du 115€, faire échouer cette manœuvre, vers 10 heures, et immobiliser les trois bataillons du 154€ régiment prussien sur la crête 265 — fontaine l'Empereur.

Du côté de l’ouest, la situation paraît moins claire et le danger plus grave, de sorte que le général von Below sent la nécessité :

19 D’occuper solidement le mamelon 305 de Robelmont, pivot indispensable pour toute manœuvre vers le sud et vers l’ouest; |

20 De renforcer sa ligne, où un vide s'ouvre entre le 1542 engagé dans un combat assez violent face à Virton, et le 7e grenadiers, vigoureusement sollicité vers Houdrigny d’où une offensive ennemie s’efforce de déboucher.

Donc; à 10 heures, tandis que l'artillerie de la division, renforcée par des obusiers de 150mm du corps d'armée, couvre d’une grêle d’obus de gros calibre les régions de Villers-la-Loue, de Houdrigny et de la gare de Virton, le lieutenant colonel von. Arnim, commandant le 19€ régiment d'infanterie, reçoit l’ordre d'exécuter cette double mission. |

Le 192 est au complet depuis quelques instants, son 3e bataillon venant de le rejoindre, et il attend, en colonne de route dans le boïs, sa tête au coude du chemin, entre les bois de Virton et de Naux.

Le 1 bataillon et la compagnie de mitrailleuses du régiment, sous le commandement du major von Troilo est mis à la disposition du colonel Zwenger, commandant le 58° qu' doit prononcer une attaque concentrique contre Robelmont avec ce bataillon venu de l’est et le 1€T bataillon du 58, toujours déployé le long de la lisière du bois, au nord de la localité. |

Effort inutile, qu’une reconnaissance plus approfondie eût évité, puisque, depuis longtemps, Robelmont n’était plus occupé par le bataillon Saget, du 1472 qui y avait passé la nuit et l’avait évacué à la faveur du brouillard. Nous savons d’ailleurs qu’à la même heure, le 91€ régiment français, venu d’'Houdrigny et de Berchiwé, en attendant l’intervention du 117€, a pris, lui aussi, comme objectif ce malheureux village déjà incendié par l'artillerie.

Effort coûteux, car l’apparition des vagues successives du 19 régiment prussien, débouchant du masque boisé,

ne manqua pas d'attirer les rafales pressées des groupes Defrance (1e) et Montlebert (3€) du 17€ régiment d’artillerie, en position dans la région de Villers-la-Loue. Les pertes, paraît-il, furent sérieuses dans les deux bataïllons du 192 et du 58, en dépit de quoi, vers 11 heures, Robelmont en flammes, que personne ne défendait, fut enlevé d'assaut par les Allemands.

Pendant ce temps, le bataillon Baron (II) du 19, chargé de renforcer la ligne, entre le 7€ grenadiers et le 154€, s'était porté en direction de Bellevue, également sous les obus du 17€ régiment d'artillerie qui lui firent beaucoup de mal et il était venu couronner, vers 295, la crête nord du grand ravin courant du nord au sud, à mi-distance entre Houdrigny et Virton. Là, en butte aux feux du groupe Gadois (1er) du 31€ d’artillerie, et à ceux du 91° régiment d’infanterie, parvenu sur le mamelon 280, il avait dû s’arrêter, face au sud- ouest et creuser des tranchées.

Le IIIe bataillon de ce régiment restait disponible, à la lisière nord du bois des Naux.

Deux bataillons du 58€ étaient aussi dans le bois de Robelmont avec une batterie du 41€ régiment. Le colonel Zwenger a chargé son IIIe bataillon, appuyé par la batterie d'artillerie et par la compagnie de mitrailleuses du régiment, de tenir à tout prix, face à l’ouest, les hauteurs du Fréchy. Il occupera la ferme du Verly, mais il ne cherchera pas à pousser plus loin de ce côté, sa mission étant rigoureusement défensive.

Donc, vers midi, les derniers éléments du anis Saget ayant quitté Meix-devant-Virton pour se diriger vers Bellefontaine, le combat s’éteignit de ce côté, faute de Français.

En somme, à 10 heures, le général von Below a encore deux bataillons disponibles dans les bois : le IIe bataillon du 58€ et le IIIe du 19e.

En rappelant en outre que l'infanterie allemande est appuyée par toute la brigade d’artillerie divisionnaire et au moins un bataillon du 5° régiment d’artillerie à

ASE

pied : au total près de 80 canons, dont 24 au moins de gros calibre (1), on peut conclure que si l’offensive de la division von Below sur Virton est sans doute arrêtée, la position de cette division sur les plateaux de Bellevue et de Robelmont est très forte.

Le 124° s'accroche au nord de Virton. — Après son effort pour refouler l’ennemi sur le plateau de Bellevue, le 124, dont les effectifs étaient très éclaircis, se maintenait avec difficulté sur la crête militaire, au nord de Virton. L’ennemi n’avançait pas, mais son artillerie et ses mitrailleuses inondaient littéralement de projectiles tout le champ de bataille et rendaient pénible la situation de nos scldats, mal abrités dans leurs trous de tiralleurs. Le moindre mouvement d’un tireur changeant de position, d’un blessé allant se faire panser, d’un agent de liaison rampant pour porter un ordre, attirait immédiatement une grêle de balles ou un obus. Tout ce qui se levait était fauché. Fatigués de lâcher des coups de fusil dans le vide, sans rien voir, les hommes ne tiraient presque plus; quelques-uns mangeaient; d’autres, écrasés de fatigue, dormaient sous un soleil de plomb.

Du bataillon Lambert (1er), la ligne des compagnies Gaillard (1er), Le Bourgeois (3°) et de Kerguenec (4€), était décimée; mais elle tenait. Vers 71 heures, le commandant Lambert, atteint d’une balle, dut en abandonner le commandement et on chercha le capitaine Moureaux, qui devait le remplacer. La compagnie Moureaux (2°), toujours dans son cimetière, était arrosée de shrapnells, mais ne subissait aucune perte.

Du bataillon Favier (32) la ligne des compagnies de Clereq (102) et de Bertier (112) n’existait plus. Il y avait là une trentaine d'hommes, à peu près sans cartouches que le capitaine de Bertier, seul officier survivant, finit,

(*} Ce sont : 3 batteries d’obusiers de 105mm (18 pièces) et 2 batteries de 77mm (12 pièces) du 41e; les 6 batteries de 77mm (36 pièces) du 5° régiment, et au moins un bataillon du 5e régiment d’artillerie à pied (6 pièces de 150mm),

LR MAITRE .

un peu après 11 heures, par replier sur la lisière nord de Virton. Sous la protection des mitrailleuses du lieutenant. Dufour, du 1306, ils sy mélangeaient aux débris du 130€ répartis dans les maisons et dans les Jardins.

Au même instant, le capitaine Moriceau, de ce bataillon, dont nous avons laissé la compagnie (9) derrière le bataillon Brunet (2°), arrêtée en échelons parallèlement à la crête 260, ne recevant aucun ordre, essayait, pour se renseigner, de gagner cette crête qui lui cachait lhorizon.

Ses patrouilles y sont accueillies par des rafales de projectiles, mais elles aperçoivent à quelques mètres en avant, dans les sillons ou derrière des meules, la ligne du 2° bataillon où les morts et les blessés sont nombreux. La section du sous-lieutenant Fouquet se trouve ainsi derrière la compagnie Borius (7€); celle du sergent-major Maupas, derrière la compagnie .Rozet (6€); celle du lieutenant Roger, derrière la compagnie Morin (5€). On prend langue. Avec les nouveaux venus, il y à là 11 officiers qui, sous les projectiles, se partagent le commandement de la ligne. Les baïonnettes étincellent. Le brave commandant Brunet est mort, mais chacun sait où est le devoir. D’un bond, le renfort des trois sections est sur la ligne qu'il réveille et qu’il entraîne encore une fois en avant.

Encore une fois, c’est une hécatombe. Le lieutenant Dufrasne est tué; le capitaine Borius, grièvement blessé; le lieutenant Roger, atteint successivement de 8 bailes. A midi, les débris de ces 5 compagnies se ralliaient de nouveau à la crête qu’elles avaient quatre fois essayé de dépasser. |

L’ennemi ne chercha pas à progresser. Il creusait de profondes tranchées et renforçait sa ligne. Il venait justement en ce point de recevoir tout le [Te bataillon du 19€ venu pour combler le vide qui menaçait de s’élargir entre le IIIe bataillon du 7° grenadiers, et le IIIe bataillon du 1548.

Le bataillon Graff (2°) du 115° se replie sur Virton. — La ligne allemande a été renforcée aussi vers

l’ouest par le II bataillon du 1546, qui s’est porté en ligne, un peu après 70 heures, le long des bois, jusqu’à la route d’Ethe, poussant même quelques unités au sud du Ton, pour tâter les lisières est de Vieux-Virton et de Sant-Mard. Cloué au sol par la mitraille, décimé, le bataillon Graff est hors d’état de s’opposer à ce mouvement enveloppant. Même, les Allemands s’infiltrant dans la vallée du Ton, le commandant se voit dans l’obligation de replier ses trois compagnies de droite, pour ne pas être pris à revers.

Le commandant Graff est un officier d’un grand sangfroid et d’une magnifique énergie (1). Il profite d’un moment d’accalmie pour envoyer la section de mitrailleuses de la Casinière derrière la crête séparant Virton de la ferme Lempereur; elle y protégera le mouvement de repli de l’ensemble. Il est convenu qu’au signal, de la droite à la gauche, les compagnies iront, au pas de course, s'installer derrière cette crête, chacune attendant pour partir que la précédente soit arrivée sur la nouvelle position et ait ouvert le feu.

Conception classique, mais combien difficile à réaliser en terrain découvert, sous les balles, sans appui d’artillerie, sans cadres, avec de jeunes soldats dont c’est le baptême du feu et qui sont épuisés et énervés par une nuit d’avant-postes et plusieurs heures d’un rude combat où la mort a fauché dru.

En fait, on ne put rester sur cette crête. Elle était déjà prise d’enfilade par la rive sud du Ton et battue d’écharpe par l’arullerie de Bellevue.

C'est jusqu'à la lisière de Virton qu'il fallut reculer. Le commandant Graff comptait se renforcer là de la compägnie Fernagu (11°), qui avait été mise à sa disposition. Il ne trouva pas cette compagnie, qui était occupée à la lisière nord. Il pensait y trouver le colonel Gazan, être appuyé par le bataillon Travers; le colonel Gazan venait d'emmener le bataillon Travers sur les hauteurs

(:) Tué à Andechy, le 7 octobre 1914.

TASER

au sud du Ton. Des isolés des 1248 et 130€, en nombre,

prenaient le même chemin. Évidemment, c’est une retraite, et en assez mauvais arrol. | Aucune instruction, mais une décision s'impose, pour le salut commun, puisque le bataillon est en état de se battre : c’est de tenir l’ennemi en respect devant Virton. À l’ordre de se replier sur Virton, le capitaine Hart-

mann (5°), toujours en position à l’est des Réservoirs,

a répondu qu'il pouvait tenir en place, n'étant pas pressé par l’ennemi.

Ordre lui est expédié de tenir jusqu’au bout, et ce compte rendu laconique est adressé au colonel Gazan.

Je tiens toujours la lisière de Virton. Mon bataillon est engagé tout entier. L’ennemi progresse sur sa gauche. Derrière moi, la 419 compagnie est partie. Je tiens. Je ne pourrai sans doute pas me replier.

GRAFF

Il ne fut pas attaqué et l’ennemi ne chercha pas dépasser la crête séparant Virton de la ferme Lempereur.

C’est qu’à sa droite, le 154% était contenu par le bataillon Lambert redressé face au nord et au nord-ouest et tenant solidement le cimetière par la compagnie Moureaux.

À sa gauche, au sud du Ton, il s’en laissa imposer aussi par le détachement d’isolés dont les capitaines Lancix et Audet, de l’état-major du 4€ corps avaient, vaille que vaille, réussi à faire un semblant d’unité constituée. Les deux officiers avaient trouvé là un sergent-major et

4 caporaux, et ils avaient formé 4 groupes comprenant,

autant que possible, des hommes d’un même régiment.

Puis, apercevant à la jumelle des patrouilles feldgrau se glisser vers la station au sud du Ton, ils avaient poussé une ligne de tirailleurs sur le mamelon 230.

Cette ligne ne tint pas, 1l est vrai. Les deux capitaines ayant dû partir pour rejoindre le P. C. du général Boëlle, sans panique, mois très délibérément, elle se désagrégea et les suivit vers la cote 280, à 11 h. 30.

Il n’y avait de ce côté qu’une compagnie allemande:

sans doute du 46€, de la Xe division, poussé de Belmont sur Latour. Elle n’osa pas avancer et même, craignant quelque embüûche, elle se replia dans le bois de Bampont.

Le colonel Gazan conduit à 280 les cinq compagnies disponibles de son régiment. — Le colonel Gazan, commandant le 115, avait reçu à 9 À. 30 l’ordre du général Boëlle de mettre à sa disposition vers 280, au sud du Ton, le bataillon Travers (1€) et la compagnie Lacombe (10€) de son régiment, groupés près du couvent de Saint-Joseph, et à 70 heures, le mouvement s’exécutait. Exécution des plus périlleuses d’ailleurs, car le ciel était devenu clair et les coteaux qu'il fallait gravir bien en vue de l’artillerie allemande, étincelaient déjà sous un soleil ardent. |

Pourtant, le mouvement se fit avec le plus grand ordre et les pertes furent minimes. Les unités se glissaient à la file indienne, le dos courbé, dans les fossés du chemin; le colonel, le chef de bataillon et les commandants de compagnie, marchaïient tranquillement au milieu de la chaussée, de sorte que le calme ne se démentit pas un instant malgré l’arrivée de quelques obus et la rencontre d’isolés de divers régiments.

A 11 heures, les 5 compagnies étaient disposées en ligne de colonnes largement ouvertes, derrière la crête au sud de 280. La compagnie Clayeux (3°), chargée d’occuper un bojs de sapin, au nord-est du mamelon, pour surveiller Saint-Mard, se mit en devoir, avec ses outils portatifs, de creuser des trous de tirailleurs le long de la lisière.

Le général de Lartigue rejoint le général Boëlle sur le mamelon 280.— Quelques minutes après le départ du général Boëlle, le général de Lartigue avait bien dû se rendre compte, lui aussi, que sa place n’était plus à la sortie nord de Virton. On se battait dans le brouillard à moins de 300 mètres de lui; le fossé qui lui servait de P. C. était encombré de blessés et de mourants; de temps en temps, la section de mitrailleuses du lieutenant Dufour,

toujours à côté de lui, devait, d’une rafale, balayer quelque patrouille tro;; hardie. En outre, les quatre régiments vont être engagés et aucune vue d'ensemble de l’action, aucune organisation du commandement n’est possible dans ces conditions.

C’est le mouvement du 117€ qui résume tous les espoirs de la journée. Avant de quitter la ligne de bataille, le général veut se rendre compte par lui-même de l’état de la situation dans la zone où ce régiment va s'engager, et à pied, tandis que le brouillard s’éclaircit, il se dirige vers le mamelon 260. Il y a là le bataillon Brunet (22) du 124, cloué au sol devant un ennemi invisible. Autour du général, les balles claquent, les obus s’écrasent. Le front plissé, insouciant du danger, au point qu'un officier des troupes engagées a cru qu’il cherchait la mort, il fouille de sa jumelle le creux de Dampicourt, les crêtes désertes de Houdrigny et de Robelmont, qui apparaissent maintenant dans le soleil. Il ne voit rien; il n’a aucun moyen de se renseigner. Lentement, il part et, à 11 heures, il rejoignait le général Boëlle sur le mamelon 280, avec une partie de son état-maijor. |

L’offensive du 117° jusqu’à midi. Mélange avec le 2° corps d'armée. — Nous avons laissé, à 70 heures, ce régiment, marchant vers Robelmont, en échelon, la droite en avant. Jusque-là, les pertes avaient été faibles et comme les obus éclataient fort haut, parce qu’on était dans un fond, le moral gagnait à ce jeu.

Bataillon Mercadier. — La situation s'aggrave quand le bataillon Mercadier franchit le chemin creux reliant directement Virton à Houdrigny. La compagnie Morel (8) qui est en tête, parvenue à la naissance du grand ravin, s’est déployée sur le plateau, au sud-ouest de la cote 260 : deux sections en chaîne, deux sections en soutien. Il y a là, tout près, à une centaine de mètres sur la droite, une ligne de tirailleurs. Une patrouille va voir : ce sont des cadavres et quelques blessés du bataillon Brunet (2€) du 1242.

À la crête, les balles arrivent par rafales. Les éclaireurs se couchent dans un champ de luzerne.

Le capitaine Morel court à eux. Un genou à terre, il fait avec sa jumelle un tour d’horizon, fouillant les fourrés pour y découvrir les mitrailleuses qui crépitent à 500 ou 600 mètres. Une balle l’atteint au front et il tombe sans pousser un Cri. |

Le sous-lieutenant de réserve Pélissier était à une vingtaine de mètres. Calme, il se lève, et à très haute voix, il s’écrie : « La 8°, à mon commandement! » Les sections de chaîne sont poussées à la crête et le feu est ouvert à 600 mètres mais on ne voit rien; le plateau semble désert. Pourtant, la seule apparition de ces deux sections a fait crépiter des mitrailleuses sur une longue ligne et de gros obus vont en ronflant fouiller le ravin en arrière, où ils explosent dans un nuage de fumée noire.

Le commandant Mercadier, qui est venu sur la ligne, juge nécessaire d'appuyer la 8, avant de tenter une progression sur ce glacis dénudé. A 70 h. 15, deux sections de la compagnie Avice (7°), prolongeaient la chaîne de la 8e et ouvraient le feu comme elle. Mais tout le monde étant hanté par l’idée de se porter en avant pour aborder l’ennemi, personne ne songe à creuser le sol pour s’abriter et les outiis restent sur les sacs; on se contente d’utiliser les sillons et les meules de paille, là. où il s’en trouve.

Surtout, les soldats qui étaient sur la ligne de feu étaient inquiets de savoir des camarades derrière eux.

Le bruit avait couru que, le matin, dans le brouillard,

les régiments de la 16€ brigade avaient tiré les uns sur les autres. Or le claquement des balles allemandes venues de l’est et du nord-est produisait l'impression de détonations venues de l'arrière. On se retournait donc à chaque instant, pour dire aux camarades de ne pas tirer.

A 11 heures, le commandant Mercadier se disposait

à porter la compagnie Hébert (5°) en avant, quand il vit

la compagnie Hugot (102), compagnie de tête du bataillon Blanc (3°), atteindre le chemin creux de Houdrigny,

à côté de la compagnie Dibinger (6€), et pousser ses éclaireurs en avant. Son front de combat étant ainsi resserré, il décida de garder les 5° et 6€ compagnies en renfort.

Bataillon Blanc. — Le bataillon Blanc avait serré à ce point sur le bataillon Mercadier, parce que le ravineau qu'il remontait, obliquant vers la droite, Pavait rejeté insensiblement de ce côté. -

Jusque-là, il n’a subi aucune perte. Il a pourtant dû, par un temps fort clair, franchir trois crêtes que l'artillerie allemande couvrait de projectiles. On l’a fait par bonds, les sections formant la carapace. Le moral est excellent; tout le monde a hâte d’arriver à l'assaut.

Au sud du chemin d'Houdrigny, la compagnie Riondel (9°) s’est trouvée au milieu de soldats du 942 qui refluaient. Ces hommes disaient avoir refoulé l’ennemi, l'avcir poursuivi, puis être tombés sous le feu de mitrailleuses qui les avaient décimés. Ils ne demandaient qu’à retourner au combat, mais ils n'avaient plus d'officiers. On en forma une forte section qui renforça la compagnie Roy (11e). |

A la crête où est arrèté le bataillon Mercadier, les éclaireurs de la compagnie Hugrt (10€) sont accueillis, eux aussi, par une pluie de projectiles. Le commandant Blanc, qui s’est porté à leur hauteur, observe attentivement le terrain à la jumelle, et, pas plus que le commandant Mercadier, ne voit rien de suspect; pas le moindre indice d’un être vivant. | ; |

La compagnie Hugot (10°) a déployé 3 sections. Le commandant l’appuie tout de suite à gauche par la compagnie Riondel (9€); les compagnies Roy (11°) et Nivlet (12e). resteront en renfort dans le chemin creux de Houdrigny.

Des balles viennent de partout et tous les hommes de ce bataillon, même ceux des compagnies de renfort, ne distinguant pas le bruit des détonations de celui du claquement des balles, se plaignent qu’on leur tire dans le dos. Ce qui est certain, c’est que la crête est infranchissable.

Pour répondre aux mitrailleuses allemandes. le lieutenant Monnier, commandant la 2€ section de mitrailleuses, a cherché à y installer ses deux machines, derrière un tas de wierres, dans l'intervalle entre les bataillons Blanc et Mercadier. L’essai ne réussit pas. Il coûte la vie à 4 mitrailleurs et une machine est mise hors de service. Le lieutenant reste là tout de même, tirant de son mieux, entièrement au jugé, d’ailleurs, pour soutenir le moral des nôtres.

Resté sur la chaîne des tirailleurs, le commandant Blanc cherchait vainement à se rendre un compte exact de la situation. Il put cependant constater que le plateau dénudé, où aurait dû se développer face au nord la manœuvre du 117, était balayé par des balles paraissant venir du nord, du nord-est et de Vest, et qu’en marchant sur Robelmont, on prêtait le flanc à len-

nemi. À midi, le commandant observait encore le terrain

à la jumelle quand une balle l’atteignit grièvement à labdomen. Son adjoint, le capitaine Forgemol de Bostquénard, en lisison à ce moment auprès du colonel Jullien, commandant le régiment, tout de suite prévenu, accourt prendre le commandement de ce bataillon immobilisé sous le feu.

Bataillon Treillard. — Le bataillon Treillard avait atteint, à 70 h. 15, le chemin de Saint-Mard à Houdrigny, en formazion échelonnée, la drcite en avant. Le franchissement de la crête de Beauregard a été salué par des obus de 77mm et de 105Mm, Grâce à des précautions de cheminement, on n’a pas subi de pertes, mais les compagnies sont arrivées un peu en désordre sur le chemin, où quelques minutes d’arrêt s'imposent.

A ce moment, des unités du 872, du 2€ corps, se portaient en avant, de Houdrigny vérs le nord-est. Pour ne pas se mélanger à ces troupes, il fallut obliquer nettement à droite, cependant que le 872 continuait d'avancer, réduisant d'autant la zone d’action du bataillon. Même, la compagnie Guillo Lohan (4), qui était à

gauche, dut, pour ne pas être coupée, obliquer pour son propre compte, au point de venir dans le sillage de la compagnie Collin ({re) à côté de la <onpiens Riondel (9e) du bataillon Blanc.

La compagnie Collin (1e) est déjà engagée, intervenue à un instant fort opportun derrière la compagnie Hugot (10€) du bataillon Blanc. Cette dernière, qui avait cherché à franchir la crête, vient de perdre son capitaine, grièvement blessé et le lieutenant Ruellan, tué. Ses sections de chaîne, décimées reflusient quand la compagnie Collin arrive, deux sections déployées. Avec un entrain admirable, tout le monde se reporte en avant et cette partie de la ligne atteint la crête, près du point culminant 280. Là, la pluie des projectiles est effroyable. Une nappe de plomb rase le sol; les obus se succèdent avec rapidité : 77mm dont le tir rectifié commence à faire des victimes, . 105mm et 150Mm qui creusent d’énormes cratères et . ébranlent l’air de leurs formidables explosions.

Sous cés rafales, le moral de nos jeunes soldats demeure splendide. La compagnie Mourgeon (2°) est venue prolonger à gauche la compagnie Collin, et en rampant Sur le ventre, les deux compagnies ont gagné quelques mètres, ce qui les a conduites à la droite d’une ligne du 9£e, du 2e corps, déployée face à l’est, où morts et blessés sont nombreux. On s’arrête; un soldat sur deux creuse le sol, tandis que son camarade tire... sans rien voir. Le feu de l'ennemi est tellement violent qu’on croit à un assaut très prochain et que l’on se prépare à le repousser, en attendant de pouvoir progresser de nouveau.

Les pertes sont graves. La compagnie Collin (1re) a une cinquantaine d'hommes hors de cembat, avec l’adjudant Laffargue; la compagnie Mourgeon (29) à peine en ligne, en a perdu une douzaine avec l’adjudant chef Gaudineau. Même les compagnies de deuxième ligne, encore à l’abri, sont éprouvées par l'artillerie lourde, et le capitaine Guillo Lohan (4€) qui s’est porté en avant pour s'orienter, a été frappé d’une balle.

Coincé à droite par le bataillon Blanc, à gauche par le.

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87e et par le 91°, du 2€ corps, orientés face à l’est, le ba-

taillon Treillard ne peut plus progresser sans occasionner

un inextricable désordre.

En somme, dès midi, le 117€ est immobilisé, pêle-mêle avec des unités du 2° corps, sur la crête qui descend de 280 vers le sud-ouest, à hauteur de la naissance du ravin de la Patte d'Oie, au delà duquel quelques patrouilles ont été poussées.

L’artillerie. — Si notre infanterie est arrêtée devant les mitrailleuses allemandes, l'infanterie allemande aussi va être clouée au sol par nos canons. C’est que, depuis 10 heures, 8 batteries du 44€ régiment d'artillerie de corps sont intervenues dans la bataille, et que vers midi, 6 batteries du 31° régiment divisionnaire feront à leur tour entendre leur voix.

a) Le 44° régiment d'artillerie. — Dans notre récit de la bataille d’Ethe (1), nous avons montré le 44€ réciment d'artillerie de corps, parti de’ Torgny à 7 heures, immobilisé sur la route de Saint-Mard à Signeulx, sa tête au carrefour, à 1 kilomètre sud de Gomery, au moment où il allait prendre sa place dans la colonne de la 72 division. Nous avons dit qu’à 9 heures, le celonel Sabattier, commandant ce régiment, venait d’être sollicité d’intervenir vers Ethe, où l’on se battait, quand lui parvint

l'ordre de conduire son régiment vers le mamelon 280,

au sud-ouest de Saint-Mard. Il s'agissait de trouver sur cette hauteur une position d’où l’on pût fournir des feux vers le nord-est, pour interdire aux Allemands le couloir, large de 3 kilomètres, qui sépare Ethe de Virton.

Le colonel Sabattier a scindé son régiment : laissant dans la région d’Ethe le groupe Solente (42) et la batterie Thouverey (2°) du groupe Pinel de Grandchamp (1), il a prescrit au reste du ‘régiment de se porter vers le mamelon 280.

(*) La guerre en action : Le 22 août au 4° corps. Ethe, p. 49.

Tandis que les batteries exécutaient un demi-tour sur route, les commandants Pinel de Grandchamp (1), Tournaire (2°) et Ostermayer (3€) sont partis en reconnaissance et se sont arrêtés au point culminant du col qui sépare le mamelon 280 du mamelon du bois de la Côte. On ne sera évidemment nulle part mieux que là pour surveiller la direction du nord-ouest. Or, on y est fort mal. Le bois de la Côte avance en éperon et cache le couloir de la Basse Vire. Vers Ethe et vers Latour tapies dans des vallées et que l’on n’aperçoit pas, des mamelons et des bois gênent la vue. Vers le nord de Virton, au contraire, en se déplaçant un peu, on a un champ de tir magnifique. Du reste, à la jumelle, on ne voit rien : ni amis, ni ennemis, ni canons... c’est le vide

À 10 heures, les batteries arrivent. L’une après l’autre, celles du groupe Ostermayer (3€), qui est en tête, exécutent leur volte au trot et déposent leurs 12 pièces, la droite au chemin, face au nord-est où l’on aperçoit le plateau entre Latour et le bois des Loges. Le groupe Tournaire (2€) s’installe à sa gauche, face au nord-est, lui aussi, mais assez haut sur le mamelon 280 pour apercevoir la région de Bellevue et être attiré de ce côté, plus que du côté d’Ethe, où l’on ne voit rien.

Les batteries Portalis et Maréchal, du groupe de Grandchamp (1e) viennent, à leur tour, à gauche du groupe Tournaire (2°) et surveillent les lisières des bois, au nord du Ton, entre Virton et Ethe.

Après avoir soigneusement scruté à la jumelle tous les replis du terrain vers Ethe, nos artilleurs n’ont rien découvert, mais c’est au nord de Virton, à l’ouest de la route d'Étalle que, dans les chaumes dorés par le soleil on signale des lignes d'infanterie allant de l’est à l’ouest. Amis? Ennemis? On ne sait pas. Les lunettes de batterie sont insuffisantes pour le déterminer. On hésite longtemps, puis les batteries Portelis (17€) et Maréchal (39), du groupe de Grandchamp (12ï); Jacquet (5°) et Condé (6°), du groupe Tournaire, finissent par faire face à cet objectif et par tirer. Enveloppés d’un nuage blanc, les

" ” 24 Les.

Allemands — c'était le II° bataillon du 19 qui renforçait la ligne — se terrèrent et après un deuxième tir, vers 21 heures, ne bougèrent plus.

On crut voir que l'artillerie du 2° corps tirait de l’ouest sur Robelmont. Le commandant Tournaire dirigea sur ce village le feu de la batterie Jacquet (5°). Obus bien placés, mais sans conviction. Nos artilleurs seraient heureux de savoir où vont leurs projectiles. [ls ne le sauront jamais !

Un moment, les quatre mêmes batteries prennent pour objectif une ligne brune, à la lisière des bois, à cheval sur la route d’'Étalle et en particulier la batterie Condé ouvre le feu sur six masses disposées au sud-ouest de Robelmont et qui semblent être une batterie. Rien ne bouge; serait-ce une batterie simulée? Le capitaine Condé s’acharne et exécute un tir à démolir. Il venait de réduire au silence une batterie du 5° régiment d’artillerie allemande, poussée en avant pour mitrailler le 117€ dans le grand ravin. Pourtant à 21 h. 30, la longue ligne d'artillerie allemande, sentant sa supériorité, répondait à nos canons, sans les trouver, tout en écrasant notre infanterie de projectiles. Cette situation va se modifier.

b) Le 31e régiment d'artillerie divisionnaire. -— Au nord de l’Endroit où le général Boëlle venait d’établir son P. C., 1l y avait une croupe très large, orientée sudnord et offrant, avec un défilement convenable, des vues vers Bellevue et Robelmont. C'est là que, la reconnaissance des commandants de groupes et de batteries terminée, le colonel Wallut décida d'installer ses deux groupes.

Le général Parreau survenait avec son escorte et son fanion; il venait recommander la prudence et le défilement... Son arrivée fut saluée par un tir de 77"Mm trop haut et par une salve d’obusiers de 105% encadrant la crête. Aucune victime, mais évidemment, l'artillerie allemande veillait et la prudence s’imposait.

Le groupe Joly (3°), qui arrivait, s’installe face à Bel-

levue, ses échelons de batterie à 1 kilomètre en arrière; ses avant-trains groupés à 300 mètres seulement en arrière et à droite de la position de tir, pour faciliter le ravitaillement.

Impressionné par le tir de tout à l’heure, le groupe Bellier (2°) ne pousse pas jusque-là : 1l s’arrête derrière une crête, 300 mètres plus en arrière, aiignée sur 280 et sur Dompicourt. Ses échelons vont s’abriter dans le ravin boisé, au sud.

Ici comme au 44€, pas d’objectifs; c’est le vide. On n’est même pas bien certain que la ligne de canons que l’on croit apercevoir le long de la lisière des bois, ne soit pas une ligne simulée; on n’y perçoit aucun mouvement, aucune fumée, aucune flamme. Le feu est ouvert sur elle tout de même à 11 h. 45 et l'objectif est vite encadré mais tout de suite, une réaction se produit, et la crête occupée par le groupe Joly (32) est arrosée de projectiles de gros calibre. Ce sont d’abord deux coups courts, puis deux coups longs, qui tombent malheureusement au milieu des avant-trains, y tuent ou blessent de nombreux chevaux. La plupart des animaux, blessés ou non, aflolés, rompent leurs traits et s’enfuient; on ne les capturera que dans le ravin. On s'attendait à plus de pertes, car lennemi tenait évidemment sa fourchette. Mais 1l continua son tir en l’allongeant encore et après cinq minutes, pris dans les rafales du 44€ et du 31e, il V’arrêta.

A midi, l'artillerie allemande se taisait. « Les Boches déjeunent » conclut le capitaine Lanoix, de l’état-major du général Boëlle, dont le P. C., installé au milieu des canons, recevait une large part des projectiles qui leur étaient destinés.

B) Au 2€ corps

Tandis que la 8 division voyait ses progrès au nord du Ton définitivement arrêtés et sa puissance offensive

très réduite, la division Regnault (3€) du 2° corps, surprise, elle aussi, en colonne de route, n’était pas en mesure d'agir vers l’est avec tous ses moyens. Encore vers 10 heures, d'ailleurs, 1l ne s’agissait pour elle que de

prendre les précautions indispensables sur son flanc droit,

pour continuer au plus vite sa marche vers le nord.

Mais à ce moment, voyant que l'ennemi, au lieu de céder, paraissait puissamment installé sur les hauteurs de Bellevue et de Robelmont, le général Regnault décide d'occuper solidement la ligne Houdrigny—Meix devant Virton.

L'action du 91°. — Le 912 est immobilisé. Les bataillons Barrard (3°) et Malmasson (17) sont déployés depuis le mamelon 280 jusqu’à la crête de Berchiwé et cloués au sol par la mitraille. Justement à 70 heures, il a fallu pousser le bataillon Beslay (2°) entre les deux,

pour lier leur action et ce, bataillon s’est élevé par le

ravin qui monte à moitié chemin entre Berchiwé et 280, avec 2 compagnies en première ligne et 2 compagnies en renfort.

A la crête, comme les autres, sa chaîne a été accueillie par des feux violents de mitrailleuses, d'infanterie et d'artillerie, et a dû se terrer. Elle n’a même pas déclenché un mouvement en avant de la ligne.

C'est un terrain nu, aux avoines coupées, où la vue s'étend au delà de la route d’'Étalle dont on aperçoit le rublan blanc barrant la nappe d’or des champs. Tout cela étincelle et miroite sous un soleil ardent qui darde ses rayons dans la figure de nos soldats. On tire peu, ne sachant quoi viser, mais le moral est excellent en dépit des pertes qui sont sérieuses, surtout parmi les officiers lesquels, désœuvrés, causent et fument, debout derrière leurs unités, comme aux manœuvres. Le commandant Barrard, blessé d’un éclat d’obus, a conservé son commandement, la tête emmaillotée dans un linge. Le capitaine Pétin (9) est blessé; blessé le capitaine Bergery (10€), mais il faut être grièvement atteint, pour se retirer.

Quelques sections, sous l'impulsion de jeunes officiers ardents essayèrent à plusieurs reprises de prendre pied sur le plateau; elles furent décimées et refluèrent. Nous avons vu, vers 11 heures, quelques-uns de ces éléments recueillis par le bataillon Blanc (3°), du 117€.

Dans ces conditions, le colonel Blondin, sachant qu'il ne peut attendre aucun renfort de sa brigade, engagée vers Bellefontaine, décide de ne pas mettre en ligne les deux dernières compagnies du bataillon Beslay et 1l rappelle même en arrière les trois sections non encore engagées de la compagnie Coulaux (11€) du bataillon Barrard. Ces unités, jointes aux débris du 1159 et du 130€ du capitaine Cousin constituent une réserve d’un bataillon qui, massée dès midi près de l’église d’Houdrigny, permettra de faire face à l’imprévu en attendant l’intervention de la division Regnault.

L'engagement du 87°. — A 10 h. 15, le général Regnault a prescrit verbalement au général Carré, commandant la 6° brigade, de pousser les deux bataillons du 87e plus en avant, sur les hauteurs à l’est d’Houdrigny. A 10 h. 30, en ligne de celonnes doubles, les bataillons Imard (2°) et Chardoillet (3€) franchissaient sous les obus le ravin d'Houdrigny. Ils avaient pour objectifs les mamelons situés au nord-est et au sud-est du village; pour mission de se lier : à droite, le bataillon Imard, avec les troupes du 4° corps; à gauche, le bataillon Chardoillet, avec le 91e.

À mi-pentes, où déferle un ouragan de fer venu du nord, les compagnies de tête, prises d’écharpe, se déploient et progressent par bonds. Elles entraînent en avant les débris de la compagnie Bergery (10€) du 91e, qui refluaient et elles refoulent des patrouilles du 7e grenadiers, accrochées au terrain, cependant que les compagnies de 2€ ligne sont retardées dans le ravin d’'Houdrigny par le passage du ruisseau. Des hauteurs de Vil- Lers-la-Loue, les groupes Defrance (1°T) et de Montlebert (3°), du 17€ régiment d’artillerie, accompagnent la pro-

gression de l'infanterie, en couvrant de projectiles le terrain en avant.

Mais la crête de 280 franchie, au prix de pertes sérieuses, une autre crête se révèle, au delà, flanquée par le nord et tenue par un ennemi invisible. Au bataillon Chardoillet, les capitaines Peuron (10€) et Marchal (12€) sont grièvernent blessés; au bataillon Imard le capitaine Leclercq et le lieutenant Veuvande, de la 5°, sont tués: le capitaine Brémard, de la 8€, blessé. Groupes mélangés des 87e et 91€ refluent et s'arrêtent derrière la crête 280, où sont arrivées les compagnies de renfort.

Il est midi. Sur ce point du champ de bataille, le désordre devient inextricable, car s’y trouvent mélangés sur la même ligne de feu de moins de 600 mètres de développement, entre la cote 280 et le ravin de la Patte d’Oie : le bataillon Blanc (3°) du 117€, le bataillon Imard (2e) du 87€, le bataillon Barrard (3°) du 91 et le bataillon Treillard (1°) du 1172. Une ligne s’est formée, tant bien que mal, dont les officiers se partagent le commandement ; elle est très dense et des compagnies demeurent massées en arrière, dans le fond du ravin. Le 87° se trouve ainsi immobilisé, et le colonel Rauscher rend compte de la nécessité qu'il y a de faire effort ailleurs pour appuyer son régiment. | |

L'engagement du 51°. — Dès 11 h. 30, avant l’arrivée de ce compte rendu, le général Regnault qui attendait, à la sortie de Villers-la-Loue, le résultat de l’action du 87e, a décidé de faire occuper Meix-devant-Virton par le 51e.

Les trois bataillons du 51€ doivent se trouver sur la

- route, entre Villers-la-Loue et Sommethonne. Il prescrit

de les rassembler au nord de Villers-la-Loue. Disposition préliminaire fort opportune, car Justement,

le 51€ n’était plus là. Le colonel Leroux, commandant

ce régiment, sentant qu’une bataille s’engageait vers

l’est, avait, pour n'être pas surpris par les événements,

prescrit, face au canon, un dispositif articulé, qui était

en voie de réalisation, quand il reçut l’ordre du général

de division. Le bataillon Berthon (2€) était, en colonne double ouverte, dans le ravin de la ferme Grahire, près du groupe de Montlebert. Le bataillon Mayer Sémuel (3°) était dans la même formation, derrière le masque du bois Gréhire. Seul, le bataillon Agel (1€), le dernier dans l’ordre de marche, était encore tout entier sur la route.

L’exécution de l’ordre du général n’éprouve cependant aucun retard. Le moral de ce beau régiment est splendide. I] semble que le fracas des obus de gros calibre qui creusent autour de lui d'énormes entonnoirs, sans d’ailleurs occasionner des pertes sérieuses, enivre ces Jeunes gens. C’est en chantant qu'ils traversent Villers-la-Loue, au milieu du fracas strident des explosions.

Le rassemblement prescrit n’était pas encore terminé que le colonel Leroux recevait l’ordre de s'engager. Il devait prendre pour objectif Meix-devant-Virton, avec deux bataillons, et laisser un bataillon au nord de Villers-la- Loue, à la disposition du général de division.

Les bataillons Berthon (2°) et Mayer Samuel (3€) se portent en avant, vers Meix, par le ravin de la Chavratte, l’un derrière l’autre, Berthon en tête, tous les deux en colonnes doubles largement ouvertes. Dans le bcis Lavaux, pour déborder Meix par l’ouest, le colonel Leroux fait obliquer à gauche le bataillon Mayer et les deux bataillons sé trouvent ainsi en échelons, la droite en avant. Mais exécuté dans une région difficile, avec un dispositif aussi large, ce mouvement occasionne du décousu. La compagnie Hanguillart (9€), dernière du bataillon Mayer Samuel, se perd même et ne rejoindra Meix-devant- Virton qu'après de dures fatigues.

A midi, on marchait encore et le général Regnault, venu au Colvaire, surveillait lui-même lexécution du mouvement.

Le général Gérard prépare une masse de manœuvre à la ferme du Hayon, — Vers 11 heures aussi, le le général Gérard, qui a installé son P. C. à Sommethonne, s’est rendu compte qu’un effort pouvait devenir néces-

saire pour dégager le flanc droit de son corps d'armée et empêcher l’ennemi de s’infiltrer dans les bois entre les 3e et 4 divisions. Même, il voit la situation encore plus compromise qu'elle ne l’est, car, comme le général Regnault d’ailleurs, il ignore la présence des trois bataillons du 91€ sur ce point du champ de bataille. Il décide donc de placer à la ferme du Hayon les trois bataillons du 128€ et deux groupes de l'artillerie de corps, à la disposition du général Regnault, pour agir sur Robelmont, quand l’occasion paraîtra favorable.

Le général Deffentaines, commandant la 5° brigade, vient d'arriver à Sommethonne avec la tête de colonne du 128°. C’est lui qui conduira à la ferme du Hayon le 128e et les 1er et 2e groupes du 29e d'artillerie.

Il est midi. En route depuis 4 heures du matin, les hommes se croyaient arrivés au cantonnement. Ils sont fatigués; 1ls ont faim et soif. Le soleil est implacable: Ce nouvel effort est jugé sans indulgence. Le chemin à suivre est mauvais. Il remonte la Tonne, après l’avoir franchie à gué et serpente le long d’une vallée profondément encaissée, à l’abri des obus, certes, mais où, sans un souffle d’air, la chaleur est étouffante. En outre, ce chemin est endombré. Il à semblé favorable aux voitures d’ambulance et aux blessés revenant de Bellefontaine où il paraît qu'on se bat, ainsi qu'aux misérables équipages des habitants qui fuient la bataille avec ce qu'ils ont pu emporter de leur pauvre mobilier.

On marche tout de même en grognant. La colonne Deffontaines arrivera vers 13 heures à la ferme du Hayon.

Situation générale à midi. — Au total, à midi :

Au sud de Virton, trois régiments de la 8° division ne sont plus en état de prendre l'offensive, mais l'artillerie de cette division et celle du 4° corps, en position sur les hauteurs sud de Saint-Mard, sont maîtresses du champ de bataille et interdisent à l’ennemi tout progrès vers Virton.

L’offensive du 117€ sur Robelmont est arrêtée, autant

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par la progression des 87€ et 91e, de la 32 division, orientés vers l’est, que par le feu de l’ennemi. De sorte que sur le mamelon 280, une ligne s’est formée de cinq bataillons mélangés appartenant à deux corps d'armée différents (3e du 912, 2° du 87e, 1er, 2e et 3€ du 117€), que prolongent vers le nord le 3€ bataillon du 878 et les 2€ et 17 bataillons du 91°, s'étendant jusqu'à la crête de Berchiwé, face à Robelment.

Derrière cette ligne qu’appuie le feu des trois groupes du 17€ régiment d’artillerie, de la 3€ division, deux batail- Jons du 51° se hâtent vers Meix-devant-Virton, et trois bataillons du 128, accompagnés de deux groupes du 29€ régiment d'artillerie du 2€ corps, vers la ferme du Hayon. ; | A Villers-la-Loue, le général Regnault a encore un bataillon du 51° et à Sommethonne, le général Gérard disposera dans une heure des treis bataillons du 728, dernier régiment de son corps d'armée, encore en route, ainsi que des deux derniers groupes de son artillerie de corps. À Bellefontaine, la 4€ division est engagée dans une bataille acharnée.

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