‹ La guerre en action, VirtonChapitre 71 sur 98 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Nous avons essayé d’exposer les faits en les plaçant dans leur cadre. Chacun d’eux comporte des enseignements et un volume entier serait nécessaire pour les résumer tous. On pourra les dégager, en suivant l’action, en se mettant à chaque instant dans la situation matérielle et

morale où étaient les combattants, avec les moyens dont. ils disposaient, et en cherchant à comprendre pourquoi

ils ont agi comme ils l’ont faut.

Il nous a cependant semblé utile d'appeler plus spécia-

lement l’attention sur quelques points particulièrement intéressants.

I. — Le 4° corps était le corps de gauche de la 3° armée; le 2€ corps, le corps de droite de la 4e. L’ordre n° 18 du 4e corps d’armée avait prévu la liaison avec le 2e corps sur la transversale Tintigny—Étalle—Chatillon. On n’atteignit pas ces points et de toute la journée du 22 août, ‘la liaison ne put s'établir entre les deux grandes unités; elle ne s'établit pas non plus entre les 3€ et 8° divisions engagées côte à’ côte. Chacun des deux corps d'armée a combattu sans s'occuper du voisin, et poursuivant sa

mission, qui était : pour le 2€ corps, de continuer sa route |

vers le nord; pour le 4€ corps, d’assurer le flanc droit et les derrières du 22 corps. A l’est d’Ethe, à la même heure, une situation identique se produisait du côté allemand.

Le XIIIe corps wurtembergeois avait Longwy pour

objectif, droit au sud, et après les sanglants épisodes de Gévimont et de Bleid (1), le général von Fabeck, commandant ce corps d'armée, évidemment mal relié avec le géné-

(1) Voir Ethe (p. 75.et 97).

ral von Strantz, commandant le VE corps, n’eut aucunemèênt l’idée de pousser la brigade Moser (53€) vers l’ouest, sur Gomery, où cette brigade eût assuré l’enveloppement de notre brigade Felineau, enfermée dans Ethe.

Liaison insuffisante entre deux armées, entre deux corps d'armée voisins, et même entre deux divisions d’un même corps d’armée; commandement mal assuré aux points de jonction, tels sont les inconvénients mis en évidence par la double bataille d’Ethe-Virton.

Parce que la droite de son armée avait une avance d’une étape sur la gauche de la 3, le général de Langle de Cary, commandant la 4° armée, pour assurer la garde de son flanc droit, avait placé l’une derrière l’autre, au lieu de les laisser accolées, les deux divisions du 2€ corps, son corps de droite. Cette circonstance rendit disponible la 3€ division et Jui permit d'intervenir sur le champ de bataille de Virton. Par là, nous nous trouvâmes avoir le nombre, au point de jonction des 32 et 42 armées, et sans cette circonstance heureuse, la 8e division, après sa surprise du matin, aurait été probablement bousculée. Un commandement unique sur le champ de bataille n’en fit pas moins défaut à Virton, du côté français, comme à Ethe, du côté allemand, et cela parce que, quand une bataille est engagée, le commandement local ne peut guère plus, sous la pression des événements, que consacrer toutes ses facultés et toutes ses forces à l’accomplissement de sa mission. Il y à là une situation de fait, aux points de jonction de toutes les grandes unités, qui n’appellera jamais assez les réflexions du commandement à tous les degrés et l’attention constante des exécutants.

II. — La journée du 21 août comporte quelques enseignements au point de vue de la liaison des armes. Ces hésitations dans la marche, ces changements d'itinéraire qui font qu’un moment la colonne ne suit pas le même chemin que son avant-garde: ces déploiements continuels des bataillons de l’avant-garde; ces mises en batterie contre un ennemi imaginaire, tout ce temps perdu qui. se

totalisera finalement le soir par quinze heures de fatigues

employées uniquement à couvrir une étape de 25 kilomètres... sont les résultats d’un service de sûreté immédiate trop

rapproché et d’une liaison imparfaite entre l'infanterie et

la cavalerie. Nos cavaliers auraient dû escadronner déjà ?

dans la région Ruette, Latour, Ethe et Gomery, au nord des bois de Ruette, et un détachement léger tenir le plateau de la Malmaison quand le gros de la 7€ division se présenta pour franchir la Chiers. On aurait marché alors, sans à-coups, l’esprit tranquille, et on serait arrivé au

gite vers midi, au lieu d’y arriver entre 8 et 9 heures du

Soir.

On aurait eu le temps d'installer convenablement les avant-postes; on aurait tenu la ligne du Ton; on aurait

pu pousser des reconnaissances vers Étalle.. où l’on.

aurait peut-être découvert l'ennemi, de sorte que la surprise du lendemain n’aurait pas été possible.

Par surcroît, on eût. marché moins vite et plus prudemment le lendemain, paie que si on poussa de l’avant dans le brouillard, c’est qu’on avait sur le cœur les piétinements inutiles de la veille. |

III. — Il est inutile d’insister sur l'installation défectueuse des postes de commandement en 1914. Ici, ils n’avaient pas été prévus, puisqu'on allait « cantonner à Étalle »; ils furent pris au hasard de la surprise et se trouvèrent, toute la journée, sans moyens de communication ni avec les troupes ni entre eux. Il fallut employer les officiers d’état-major à peu près uniquement à porter des ordres. L’outillage nécessaire manquait, à cette époques pour faire mieux.

La surprise du matin fut surtout le résultat de la volonté ferme de pousser en avant, en exécution d’ordres du commandement, et cela, en dépit du brouillard et des bois, qui rendaient aveugles avions et cavaliers; en dépit des

avertissements formels des habitants, trop formels, jus-

tement et trop en contradiction avec les Bulletins de renseignements de l’armée. On ne croyait pas marcher à la

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