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bataille; on y tomba en colonne de route, généraux en tête, et le passage de la colonne de route à la formation de combat dut s'effectuer dans le brouillard, sous le feu de l’ennemi déjà lancé à l’assaut.
Notre Service de renseignements, qui devait se déveloplopper et réaliser des merveilles pendant la guerre, était réduit, à cette époque, à des moyens qu’une trop stricte économie avait rendus insuffisants. Les Allemands étaient mieux dotés que nous à ce point de vue. En particulier, leurs espions pullulaient depuis plusieurs jours dans la région de Virton, et le soir de la bataille, l’état-major du général Boëlle put voir, à 22 heures, sur les hauteurs de Torgny, de grands feux marquant la limite arrière de nos cantonnements. Ceci prouve que ce n’est pas sur le Service des renseignements qu'il faut réaliser des économies dès le temps de paix.
IV. — Insuffisance de trois pelotons de cavalerie divisionnaire, même vigoureusement commandés, pour remplir leur mission d’éclaireurs dans des circonstances -difficiles. Cette cavalerie ne peut rien sans l’appui d’éléments de feu, de groupes cyclistes ou d’infanterie portée en voiture. Remarquons, au surplus, que c’étaient ici des cavaliers réservistes montant des chevaux de réquisition non habitués au rang. Nous avons dit que, de l’autre côté, les uhlans étaient accompagnés par des sections d’infanterie venues en voiture.
V. — Manque de liaison morale entre la cavalerie et l'infanterie. L’escadron de Boisrouvray passe, à Bellevue, à travers la 12€ compagnie du 115€ qui venait de se battre, et ne s’enquiert pas autrement de la situation. Il y avait pourtant des morts sur le bord de la route, mais, au lieu de l’inciter à la prudence, le danger pousse le Français en campagne à ne s'étonner de rien. Ceci se reproduira demain. On a vu, au surplus, que mis en route trop tard, les cavaliers étaient talonnés par l'infanterie. Le renseignement qu'ils auraient recueilli à Bellevue ne pouvait
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plus être d’une grande utilité à la colonne, dont la tête sortait déjà de Virton.
. VI. — Le hasard voulut que ce jour-là, il y eut à Pavant-. garde le 130€, très éprouvé à Mangiennes le 10 août et bourré de réservistes qui ne connaissaient pas leurs chefs et n’avaient pas encore pris l'habitude du rang. Que se passa-t-il dans le brouillard? On ne le sait, mais ce régiment, ayant perdu presque tous ses officiers, fut disloqué. Un document officiel du 154€ régiment allemand (1) a accusé nos soldats d’avoir mal tiré et de s'être rendus facilement. En réponse à cette insolente rodomontade, nous observerons que le brave 130€, placé dans une situation effroyable, a tout de même, avant de disparaître, arrêté la ruée du beau régiment de grenadiers d’Oscar de Prusse, appuyé par un bataillon du 154€. Mais, cet hommage rendu à des gens qui ont fait leur devoir, il faut bien reconnaître que ce régiment de réservistes ne pouvait pas être en forme, le 22 août 1914, pour supporter un pareil choc. Privé de ses officiers, il se désagrégea plus vite que ne l'aurait fait un autre, ayant plus de cohésion. Nous aurons demain, avec le service militaire réduit, des troupes encore moins instruites et moins habituées au rang que les réservistes du 130€. Il sera sage de ne pas leur demander, dès. les premiers jours de la campagne, l’exécution de mouvements offensifs vigoureux, tels que les exigeait le règlement de 1902. A Virton, si, au lieu de lancer le 130€ à l’attaque dans le brouillard, on l’eût terré dans des trous de tirail-. leurs, en attendant d’y voir clair, il aurait certainement tenu, arrêté à moins de frais la ruée allemande et permis au général de division de prendre les mesures nécessitées par les circonstances.
Ajoutons que c’est çe même règlement de 1902, passé dans les réflexes de nos jeunes soldats de deux et de trois -ans, qui permit le magnifique assaut du 117€, à la nuit tombante. C’est donc bien qu’il était adapté au tempéra-
(*) Der deutsche Krieg in Feldpostheften : Um Longwy und Verdun (4e vol.). Baptême du feu du IITe bataillon du 5° régiment de Basse-Silésie (I. R. n° 154).
ment de la race et on peut toujours compter qu'après les premiers chocs, une fois l’adaptation faite, il sera parfaitement possible d’obtenir des efforts et des sacrifices
extrêmes de nos miliciens de demain.
VII. — L’assaut de 19 heures appelle quelques réflexions. Il prouve d’abord, encore une fois, que quels que soient la magnifique vaillance et l’enthousiasme des troupes, un assaut ne réussit pas s’il n’a pas été préparé par le commandement; s’il n’est ni dirigé, ni appuyé. Déclenché au hasard, comme il l’a été ce soir-là, il s’arrête au gré d’un incident fortuit. d’un coup de clairon de l’ennemi.
L’expérience des guerres anciennes avait semblé prouver qu’une troupe ayant perdu le quart de ses effectifs devait être retirée du feu et ne pouvait plus servir qu’à des missions défensives. Or le 87€, le 91e et le 117€ avaient perdu le quart de leurs effectifs quand ils s’élancèrent à l’assaut, le soir du 22 août, après dix heures d’une lutte épuisante, et si cet assaut avait été préparé et conduit, la IXE division allemande était rejetée en, déroute dans les bois. |
VIII. — A remarquer l’absolue nécessité sur le champ de bataille d’un solide encadrement, même pour des troupes instruites. Ici, quand les officiers ont été mis hors de combat, les lignes de tirailleurs, immobilisées sous le feu, se sont vidées peu à peu et les unités se sont désagrégées.
Une armée insuffisamment pourvue de cadres instruits,
n’est pas apte à faire la guerre.
IX. — Difficulté extrême de la transmission des ordres sur la ligne de feu, dans la guerre de mouvement. Le colonel et les chefs de bataillon se déplacent, au gré du combat; il est difficile d'arriver jusqu'aux capitaines, qui sont dans le no man’s land, ét à peu près impossible de joindre les chefs de section, s’ils sont vivants. On n’accordera jamais assez d’attention aux moyens de liaison sur le champ de bataille : renforcement des agents de liaison
auprès des capitaines; usage généralisé des signaux et
de sifflets à modulations diverses; emploi à outrance d’un téléphone très léger, de télégraphie par le sol, etc.
Tout cela doit faire l’objet d’exercices minutieusement |
préparés et auxquels le temps ne soit pas marchandé.