‹ La guerre en action, VirtonChapitre 73 sur 98 · X. — Les hommes ont soif sur le champ de bataille · texte numérisé non relu

X. — Les hommes ont soif sur le champ de bataille

même si la lutte ne dure qu’un jour, et la soif, plus que la

faim, amollit les énergies. Quand une action est probable,

prendre à tout prix le temps de faire remplir les bidons, au

même titre que l’on distribue les cartouches des voitures.

XI. — L’artillerie a été gênée, tout le cours de la journée, par l’insuffisance de ses jumelles, de ses lunettes de batterie et de ses mégaphones. Elle a perdu ainsi de magni-

fiques occasions de tir et n’a évité de tirer sur nos troupes

que grâce à son extrême prudence; elle a dû prendre position sur dés hauteurs, les capitaines ne pouvant autrement à la fois voir et se faire entendré de leurs chefs de section. Pour apprécier son action à toute sa valeur, il faut tenir compte de la faiblesse de ses moyens. Elle est mieux dotée aujourd’hui.

XII. — On ne familiarisera jamais assez, en temps de paix, les troupes et leurs cadres avec le phénomène du claquement de la balle. L’offensive des régiments du 2e corps et celle du 117€ ont été gênées et même paralysées

par l’impression nette que tout le monde avait, d’être

fusillé dans le dos par des troupes amies.

Le schéma ci-contre fera comprendre ce qui se passait.

Soit en O, un ennemi tirant suivant O X vers ie point de jonction du 117€ et des régiments du 2€ corps. Le soldat M, du 2€ corps, quand l’onde de claquement de la balle

arrivait à sa hauteur entendait le bruit du claquement

comme s’il fût émané de C et accusait les camarades du 117e de tirer sur lui. De même le soldat N, du 1172, au passage de la même onde de claquement, entendait aussi

le bruit en C et accusait les camarades du 2€ corps. Le

soldat N, du 117€, au passage de l’onde de claquement d’une balle tirée suivant O Y, entendait le claquement

vers C; et accusait les camarades placés derrière sa droite, vers Virton. Dans le vacarme des éclatements d’obus, des claquements et des détonations, personne n’entendait le départ des coups en O et on s’abritait de C et de C, plus volontiers que de O. C’est ce qui est arrivé au capitaine Brémard, du 87e, blessé deux fois aux jambes, alors qu’il se croyait à l’abri. Il est fort possible aussi que le claquement des balles O Z, entendu de M comme si le tireur ennemi

eût été en C,, ait fortement contribué à l’arrêt de l’offensive du détachement Deffontaines contre Robelmont.

Le claquement des balles, plus bref et plus strident que les détonations de départ qui sont plutôt sourdes, couvre ces dernières et donne au soldat du rang l’impression qu'il est au milieu d’un cercle de feux. Il rend par surcroît fort difficile au combattant la détermination du point d’origine d’un tir dont il a particulièrement à souffrir.

La parfaite connaissance de ces phénomènes est indispensable pour l'utiliser au besoin dans la défensive, et aussi prévenir des mouvements de panique, en faisant comprendre aux soldats que le danger n’est pas partout où ils entendent des détonations, mais qu’il peut fort bien

être où on ne le soupçonne pas.

Conclusion. — En somme, une liaison plus étroite entre

a CU

les 2€ et 4° corps, un commandement unique sur le champ de bataille, qui eût combiné, soudé et dirigé l'offensive .

du 1282 contre Robelmont et l’assaut de 19 heures, eussent fait de Virton une belle victoire. une victoire sans lendemain, cependant, puisque, débordé à droite, dès 16 heures, var Tellancourt, le 4€ corps fatigué ne pouvait plus se regrouper que derrière la Chiers, et que, tourné par Charleroi, notre dispositif général devait être amené tôt ou tard à chercher des positions plus en arrière. Cette journée

aurait été un épisode victorieux, cependant, au lieu de la

lutte indécise qu’elle fut.

La surprise tactique du matin, dans le brouillard, résultante directe à la fois de la surprise stratégique et de trop de fougue, avait été complète. Pourtant, on savait ce

qu'il fallait faire pour ne pas se laisser surprendre, stra- :

tégiquement et tactiquement. Les fautes commises 1ci, depuis 1870, quarante générations d'officiers distingués et travailleurs les avaient-caractérisées, cataloguées, défi-

nitivement condamnées... C’est que la surprise ne fut pas.

d'ordre technique, mais psychologique. Les Gaulois aimaient l’impression du danger; nous, leurs fils, nous ne croyons réellement au danger que quand nous en avons durement pâti. Alors, le réveil est magnifique : ce sera la Marne après la bataille des frontières. Une leçon de plus

changera-t-elle cela? C’est douteux. En tout cas, celle-ci

vaut qu’on la médite. L'étude et la maïtrise de soi peuvent arriver à discipliner le tempérament. |

Ajoutons enfin qu’une impression puissamment récon- -fortante se dégage du récit des terribles journées d’Ethe et de Virton. Sur les deux champs de bataille, en dépit de la surprise et de l’infériorité des moyens en artillerie lourde et en mitrailleuses, le soir du choc, l’ascendant moral nous restait.

L’ennemi, ou bien se tenait coi dans ses tranchées, ou bien s'était réfugié dans les bois, et les habitants d’Étalle peuvent dire que les voitures des parcs et des convois du Ve corps étaient attelées, le 22 août, à la tombée de la nuit, attendant avec impatience l’ordre de se replier.

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