‹ La guerre en ArtoisChapitre 10 sur 121 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

de rendre le dernier soupir : Pour Dieu, pour l'Eglise, pour la France!

Non! ce n'est pas présomption de notre part de conapter sur les préférences divines; et elle Nous paraît absolument justifiée, la confiance avec laquelle, dans toutes nos églises et ciiapelles, les foules chrétiennes répètent, sans se lasser, la supplication liturgique : Ut cuncto populo christiano pacem et unitatem largiri digneris, Te rogamus, audi nos. Accordez, Seigneur, au peuple chrétien la paix et l'unité.

i6. Gardons-nous bien de séparer ces deux mots : la paix, l'unité, chacun d'eux n'ayant de valeur que par son alliance avec l'autre.

Nous demandons d'abord la paix; une paix sérieuse, ferme, et non une trêve de quelques années. On l'a bien dît : « Il n'est pas un seul Français digne de ce nom, qui ne comprenne le péril en même temps que la honte qu'entraînerait pour nous une paix hâtive consentie par la lassitude. Ce ne serait pas seulement déserter la cause de la justice humaine dont nous avons la charge, ce serait encore signer par avance notre arrêt de mort, en permettant à l'adversaire implacable qui nous a manques, cette fois, de préparer à loisir un nouvel et plus dangereux guet-apens. Lorsqu'un homme a été assailli à l'improviste et qu'il a pu parer le coup, il ne lâche point son agresseur qu'il ne lui ait arraché le couteau. »

Encore faut-il que le succès final ne tourne pas contre le bien des âmes, en semblant consacrer de sa gloire les tenants d'une politique antireligieuse. Si, en effet, ceuxci devaient s'en prévaloir, pour s'applaudir de leur conduite passée, pour s'affermir dans leurs premiers desseins et continuer plus hartliment que jamais une méthode où la religion était persécutée, la liberté des consciences opprimée, si la guerre extérieure, qui a son côté grandiose et sa noblesse, ne devait cesser que pour faire place à une guerre intestine où il n'y a rien que de tyrannique et d'odieux, comment la paix serait-elle souhaitable, et comment pourrait-on la demander à Dieu ?

XX I^TRODUCTIO\

Celle qui est l'objet de nos vœux et de nos prières est la paix dans la justice et l'unité.

Qui, en effet, avec le plus magnifique élan, s'est précipité sur l'ennemi; qui, pour en triompher, a bravé la mort? Un parti quelconque? Non, mais la France entière. Qui donc vaincra et devra profiter de la victoire ? Un parti quelconque ? Non, mais la nation entière,

17. Et tout porte à croire quil en sera ainsi : a Les hommes que la défense de la patrie a rapprochés, fondus dans un même peuple de héros, une fois le but obtenu, au lieu de retourner à leurs partis et de réveiller, de reprendre les anciennes querelles, continueront la cohésion des efforts résultant de la conformité des esprits et de l'union des cœurs; ensemble ils travailleront au bien social, ils s'occuperont de relever les ruines et de faire revivre la prospérité dans l'honneur et la vertu. »

Allons plus loin, et citons ces paroles d'un écrivain autorisé : (( je pense, dit-il, que la guerre allemande nous suffira, sans qu'il faille avoir encore la guerre civile, la guerre religieuse, la guerre sociale. Nous reprendrons possession de notre bien vivant, et après avoir chassé de nos frontières les Allemands, nous ouvrirons ces mêmes frontières aux meilleurs des Français, afin qu'ils rentrent chez eux et apportent, à la patrie qu'ils défendent magnifiquement, le renfort de leur intelligence et de leur charité. »

Qu'il en soit ainsi, et vraiment l'œuvre de paix sera, chez nous, d'une beauté dépassant en éclat toutes les œuvres passées.

Pendant plusieurs semaines, dans une de nos plus chères églises, Notre-Dame des Ardents, on pouvait entendre résonnant à la fois, sans se confondre, deux voix, d'intention, de caractère, d'accent tout opposés : la voix frêle et douce de quelques jeunes filles récitant le chapelet et demandant au Ciel de sauver la France envahie; et la voix inarticulée, sonore et terrible des canons ennemis; l'une implorant la vie, l'autre annonçant la mort.

Et l'on se surprenait à dire : « Seigneur! à laquelle S€rcz-vous favorable ? laquelle des deux écouterez-vous de

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