BÉNARD
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ment inspiré les artistes : c'est surtout, on le comprend, le Beffroi et V Hôtel de Ville d'Arras; un dessin dramatique, de P. Leven et Lemonier (i), les représente dévorés par les flammes, qui sortent par toutes les ouvertures et leur font un cadre de feu; une aquarelle de DuvExNT, datée du 12 août i9i5, représente, avec l'avantage du coloris, un sujet analogue : a Ruines blanches de plâtras et rouges de briques à nu, sur un ciel tragique (2) )).
Sous le titre : Croquis de guerre, Fr. Flameng, membre de l'Institut, exécute sur le front, avec une mission officielle, des aquarelles et sépias qu'il destine au Musée de l'Armée et que l'Illustration a été autorisée à publier; un certain nombre sont consacrées aux « Batailles de l'Artois m : la Rentrée du ballon, le Poste de secours à Mont-Saint-Eloi, deux vues de Carency, trois d'Ablain, Souciiez et Lorette (3), quatre vues d'Arras (beffroi, cathédrale, maison particulière, panorama de l'incendie nocturne àes 5-6 juillet.) De la dernière on peut dire avec Robert de la Sizeranne (4) : « Si M. Flameng a pu oublier le sens humain du drame qui se jouait devant lui, c'est d'une des plus belles heures de sa vie d^artiste que cette aquarelle pourra témoigner. » De toutes, on peut ajouter avec le mêm^e critique : « Ce qui frappe dans ces aquarelles, c'est leur allure de procès-verbal. On sent fort bien que l'auteur n'a nullement cherché à se monter la tête. Quand le motif d'honneur se présente dans
(1) lUustration, n. 3738, p. 311.
(2) lUustration, numéro de Noël 1915. — Nous n'avons pas trouvé, dans les deux exemplaires que nous avons eus en main, cette aquarelle que Robert de la Sizeranne présente, avec celle de Flameng, dans un magistral article sur les « Ruines ».
v3) lUustration, n. 3786.
(4) Ibid., n. de Noël 1915.
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la vie, il ne s'agit pas de l'accentuer, ni de l'enrichir d'une technique imprévue. Il suffît de le rendre. »
Flameng a saisi, sincèrement et en dehors de toute convention, ces caractéristiques de la guerre présente : la violence des incendies et des destructions, l'usage fréquent de l'artillerie et des mines sur les bois et les terres, le bouleversement des tranchées; quel terrain d'études pouvait mieux l'inspirer que notre malheureux Artois ?
C'est aussi aux contrastes et aux nouveautés de cette guerre que se sont attachés d'autres peintres, comme A. Dew^ambez {Indiens sikhs au cantonnent ent) (i); P. Jouve (Spahis devant un vieux Manoir) (2); Géo Michel (Tranchées de Noulette (3), curieux effet de nuit, peint en bleu-verdâtre) ; G. Scott (deux vues de Mont- Saint-Eloi (4) : la chasse au taube, sur azur, et le combat pendant l'orage, aux tonalités violentes et sombres). — Jusqu'ici, la peinture religieuse n'a tenté qu'un artiste, P. Jouve, avec un bel effet de clair-obscur. L'Eglise ouverte, intérieur de l'église de Marœuil après la chute d'un obus (5).
La peinture militaire, proprement dite, avec le réalisme et l'exactitude qui la caractérisent maintenant, n'a jusqu'ici, à notre connaissance, fourni qu'un seul sujet sur l'Artois en i9i4 : c'est VAssaut de Vermelles, de Georges Scott (6) : entre une tranchée et une maison en ruines, des soldats français enlèvent, d'un irrésistible élan, une barricade faite de chariots culbutés, de
(1) lUustr., n. de Noël 1915.
(2) Id., ibid.
(3) lUustr., n. 377'., cinq aquarelles.
(4) lUustration, n. 3780.
(5) lUustration, n. 3774.
(6) lUustration, n. 3761.
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tonneaux et de sacs de terre. Cette aquarelle, sans nul doute, deviendra plus tard un tableau, à la gloire du régiment qui s'est distingué à Vermelles.
Nous ne pouvons clore sans émotion cette liste des oeuvres d'art, concernant la guerre d'Artois : il faut y inscrire le nom d'une victime de cette guerre : Francis Tattegrain. Il aurait représenté l'Artois, avec la Picardie, comme l'Audomarois de Neuville et l'Artésien Boutigny, en 1 870-1 871, parmi les peintres qui consacrent leur pinceau à honorer la patrie dans le présent, après l'avoir célébrée dans son passé (i).
Tattegrain vint travailler sur la Petite-Place d'Arras, devant nos monuments ruinés, et composa un certain nombre d'esquisses, en vue d'un tableau définitif sur le bombardement; il fut, en plein labeur, frappé d'une embolie mortelle, le i^*" janvier i9i5. Et ces esquisses, qui ont été l'objet d'une étude dans les Annales politiques et littéraires (2), sont aujourd'hui conservées, comme une relique d'art, dans son atelier, dont sa famille fit les honneurs à Mgr l'évêque, lors d'un récent voyage à Berck. Pendent opéra interrupta.