II. — Œuvres d'art
(Gravures, dessins et peintures)
Gravures. — Notre distingué concitoyen A. Mayeur, grand prix de Rome pour la gravure, a n'a cessé, comme il l'écrit, de consacrer tous ses instants à notre cher Artois )). Né à Bouvigny, il a gardé pour son pays d'origine, — qui touche à Lrorette, — un souvenir toujours fidèle et particulièrement ému. Il a employé, en son honneur, tous les procédés graphiques qu'il utilise avec tant de souplesse : l'eau-forte, noire et en couleurs, la lithographie et le bois.
Deux grandes oeuvres, se faisant suite, résument la lutte au nord d'Arras et surtout font comprendre sa portée. Il les intitule : « Aux vaillants défenseurs du
(1) Voir, sur le fonctionnement officiel de ce service. l'Illustration, n. 3782, page 228.
(2) On peut se rendre compte de l'intérêt que présentent des instantanés, comme ceux de V Illustration : n. 3767 (assaut du 15 avril 1915, à Lorette; scène de la reddition de prisonniers, à Lorette; 3770 (Un combat à Souciiez). — Une collection des édifices religieux qui ont été mutilés dans le diocèse serait utilement formée, avec le concours du clergé.
SUR LE FRONT d' ARTOIS 4l5
front d\irtois », et « Aux vainqueurs d'Artois; aux héros de Carency, Ahlain-Saint-Nazaire, Souchez et Neuville-Saint-Vaast ». Le motif principal de la première représente une batterie française, au pied des tours du mont Saint-Eloi, ruine de ruines; près d'elle, une Victoire s'élance, réminiscence de celle de Rude, à T Arcde-triomphe; à l'horizon, les villages du champ de bataille que voudrait écraser dans ses serres un aigle allemand perdant ses plumes au vent. — La seconde scène se passe sur le plateau de Lorette; la chapelle, déjà fort dévastée, forme le centre; l'horizon, de Saint-Eloy à Yimy, l'encadre; dans le ciel, s'enlève la France triomphante, portant en main un drapeau flottant, à la hampe duquel se cramponne l'aigle rageuse.
L'union de la réalité et de l'allégorie, loin de paraître démodée, donne ici à tout l'ensemble de ces deux belles estampes lithographiques, encore inédites, une vie saisissante.
C'est par le même procédé que le maître Mayeur a dessiné, sur pierre lithographique, la première série du Front d'Artois; il prépare la seconde. Ces estampes, de petit format, représentent le beffroi et la cathédrale d'Arras, et les monuments religieux de la région septentrionale éprouvée par la guerre : dans l'œuvre centrale, chaque monument se dresse intact et rappelle le passé; dans un coin, un cartouche dessine la ruine, ou une palme indique la destruction; à Loos, le léopard terrasse l'aigle. La douceur du dessin estompé donne à ces vues une tonalité mélancolique qui est de circonstance.
L'une des meilleures œuvres antérieures d'A. Mayeur était la grande collection de ses Beffrois, à l'eau-forte (i9o6). Il a repris, en l'adaptant aux circonstances, l'es-
4l6 LA GUERRE EN ARTOIS
tampe du beffroi d'Arras, pour la traiter, en un triple état : avant, pendant, après le premier bombardement. Avant le bombardement, nos monuments se dressent devant la place de l'actif marché, dans toute leur splendeur; les classiques pigeons ne sont pas oubliés; en bas, un médaillon montre les édifices ruinés, mais entourés de lauriers : a Aux défenseurs d'Arras, aux Artésiens! » — La seconde gravure, en largeur, représente l'incendie; en marge, les trois rats héraldiques, du blason de la cité d'Arras, poursuivent l'aigle blessé. — La troisième, eau-forte en couleurs, reproduit aussi, mais au naturel, l'incendie de la nuit du 7 octobre; les témoins de la catastrophe peuvent dire avec quelle exactitude est rappelé l'état du ciel embrasé, et combien l'usage de ce procédé donne de relief à l'ensemble de cette œuvre remarquable.
Dessins et peintures. — Les journaux illustrés publient volontiers des dessins de L. Jonas, de J. Simont, de G. Scott, de Broca, etc., etc., où l'imagination et la documentation ont leur part; ce sont des scènes de guerre, qui méritent d'être populaires (actes de dévouement, scènes de guerre ou d'intérieur, etc.), et qui pourraient se situer en Artois comme ailleurs.
Mais limitons-nous à ce qui, chez nous, a certaine-
(1) Une autre estampe lithographique, signée J. Gréber, reproduit aussi l'incendie du Beffroi; mais elle y ajoute une allégorie, qui rappelle celle du Rêve, de Détaille; il y a, dans le dessin du beffroi, un détail inexact : la couronne chancelle et s'écroule; or, le beffroi est resté intact, dans son sommet, jusqu'au second bombardement. — Nous n'avons connu qu'au dernier moment une magnifique eau-forte du beffroi, dans toute sa splendeur, du maître