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A L'ARRIÈRE — FOI ET CHARITÉ

Comme Moïse soutenait de ses prières, sur la sainte Montagne, le peuple juif qui combattait dans la plaine, ainsi, depuis le commencement de la guerre, de toutes les parties du diocèse, se sont élevées vers Dieu les supplications d'une foi ardente et instante; de tous les côtés aussi, la charité a multiplié son action, partout où il y a eu un mal, physique ou moral, à guérir ou à atténuer (i).

Nous résumerons ces efforts surnaturels, en nous limitant à ceux que, en dehors de la vie normale des chrétiens, la guerre a suscités ou développés, soit panni nous, soit près de nous, parmi nos alliés (2).

(1) Pour un catholiaue, la foi et la charité sont comme les deux ailes qui soutiennent et exaltent le patriotisme : aussi les « appels de l'or », les invitations aux « souscriptions aux emprunts », — multipliés dans les notes épiscopales, — ont-ils trouvé un écho dans toutes les régions du diocèse. Tout récemment, la Banque a fait remettre, à cette occasion, une médaille grand module à Monsei^''neur l'évêque : « Notre nom y est gravé, dit Sa Grandeur, mais dès aujourd'hui Nous la léguons à Notre chère Eglise d'Arras. Cette médaille, Nous ne la méritons pas personnellement, elle appartient au diocèse. » (8 mni ntifi/)

(2) La Semaine religieuse du diocèse aj-ant été supprimée par suite du bombardement, la Croix du Pas-de-Calais, de Boulogne, publie depuis lors les communications de l'Evêché, que nous en extra^'^ons, çà et là. La Croix était dirigée, avec toutes les qualités d'un publiciste chrétien, par M. l'abbé Boulinguez; à la suite d'un accident mortel, M. l'abbé Delpierre, ancien directeur de la Semaine, l'a remplacé avec tout son dévouement.

CIL\PITRE PREMIER L'accroissement de la foi

Prières publiques.

Mgr l'évêque a saisi toutes les occasions pour provoquer, d'accord avec les cardinaux et les évêques de France, de solennelles supplications.

« Nous avons, dit-il, en prescrivant une Journée diocésaine (i), constaté ou appris avec édification que, soit pour adorer Notre- Seigneur dans son Eucharistie et son Sacré Cœur, soit pour honorer Marie et les saints nationaux, soit pour recommander à Dieu les armes des alliés et les âmes des victimes de la guerre, vous avez fait violence au ciel.

Nous vous recommandons, en conséquence, d'être, dans la prière publique et privée, tenaces et persévérants. Imitez devant les autels ce que font, au service de la patrie, les combattants, vos chers parents et amis. Appliquez-vous à réaliser la devise de l'un de nos plus illustres prédécesseurs, François Richardot : Durate, tenez bon, tenez ferme! Et Dieu fera le reste. »

(Il Lettre pastorale du 21 juillet 1915. — A l'occasion de l'anniversaire de la guerre.

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C'est « sous le manteau de Notre-Dame », devant Marie, invoquée dans les multiples sanctuaires du diocèse, qu'ont eu lieu les innombrables « suppliques )) du Rosaire quotidien, surtout en octobre, parfois même — comme à Notre-Dame Panetière (i), d'Aire-sur-la- Lys — les prières ininterrompues, durant toute la journée, depuis le commencement de la guerre.

A ces pieuses démarches des fidèles réunis, l'Eglise a ajouté, sans jamais lasser la ferveur des âmes pieuses, des Prières vraiment publiques, en l'iionneur de la sainte Vierge.

Telles sont celles de la solennité de l'Immaculée- Conception. En i9i4, le i3 décembre, un vicaire général (2) présidait à Boulogne les Prières nationales, et, devant les autorités civiles et militaires, exposait le double caractère de ces graves supplications, (( commandées par l'Eglise », et a unanimes )). A la procession du soir, Mgr Lejeune, archiprêtie, saluait en Marie la « Reine de la Paix », la u Reine de l'Eglise », et la (( Reine de la France chrétienne ».

Du II février au 25 mars i9i5, c'est vers Lourdes, à l'anniversaire des Apparitions, que se tournaient tous les cœurs, et particulièrement les cœurs des petits enfants, invités à des cérémonies eucharistiques et mariales.

(1) A ces prières ferventes et continues, se sont joints, à Boulogne, à Aire, à Etaples, etc., des vœux formulés solennellement, gue les paroissiens tiendront à honneur de réaliser après la guerre.

(2) M. le vicaire général Rambure avait été envoyé à Boulogne, à la fin d'octobre 1914, pour faciliter l'administration de la partie septentrionale du diocèse.

Ces mêmes cérémonies ont été renouvelées, avec la même piété, au triduum des 23-25 mars i9i6.

A l'époque traditionnelle, Mgr l'évêque, à peine sorti par nécessité de la fournaise d'Arras, faisait son pèlerinage personnel à Notre-Dame Panetière, à Aire, le i5 juillet, présidait celui de Notre-Dame des Miracles, à Saint-Omer, dans la seconde quinzaine du même mois, et, au mois d'août, le pèlerinage de Boulogne. C'est également sous sa présidence que se sont déroulées, au milieu de foules immenses et plus recueillies que jamais, avec le concours des autorités locales, la procession du i5 août, — qui reprit son ancien itinéraire symbolique sur les remparts de la Haute-Yille, — et la grande procession générale du 22 août.

Quelques semaines plus tard, les exhortations épiscopales donnaient un essor nouveau à la dévotion, déjà si populaire, du Rosaire; puis Monseigneur expliquait comment, pour la première fois, par suite de l'addition à VOrdo des trois Madones diocésaines, la fête de Notre- Dame de Boulogne allait, le 22 octobre, recevoir un nouvel éclat.

Quel étonnement joyeux ce fut d'abord i>our vos pr'res de voir aborder dans votre rade la douce image de la Viei-gc, alors que trop souvent, les hordes barbares étaient venues apporter la terreur et la dévastation!... Ils accueillirent avec empressement Celle qui se confiait à eux. Ils devinrent ses hôtes généreux, fidèles.

Elle devint leur richesse, leur gloire.

Jusqu'où n'alla pas la renommée de son extraordinaire pouvoir auprès de Dieu .^ Quels peuples n'amena-t-elle pas au pied de son autel ? Au sein des foules qui se succèdent \youT implorer son secours, on peut distinguer les plus hauts personnages de l'Etat et de l'Eglise.

Pour commencer par ceux-ci, voici les saints : aux pre-

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micrs temps, saint Eloi, saint Orner, saint Lugle et saint Luglien; au Moyen Age, saint Anselme et saint Bernard; à une époque plus rapprochée de nous, saint Jean- Baptiste de la Salle et saint Benoît-Joseph Labre. Voici les princesses, les princes, les héros. Mentionnons seulement sainte Ide recevant de son lils Godefroy de Bouillon, pour en faire hommage à Notre-Dame, cette relique du « Saint Sang » dont Boulogne est si justement fière, et la couronne offerte à Godefroy comme au premier roi chrétien de Jérusalem.

Voici les rois de France eux-mêmes. Ils ne passent jamais dans votre ville sans aller saluer Celle qui en est la Maîtresse et la gardienne. A la veille des combats, ils implorent son aide; après la victoire, ils la remercient de son assistance. L'un d'eux va jusqu'à la nomuicr Souveraine du pays et, autant que cela dépend de lui, il engage ses successeurs pour l'offrande d'un Cœur (! or au jour de leur couronnement.

Sans doute, à travers tant de siècles écoulés depuis son arrivée au milieu de vous, Notre-Dame de Boulogne n'a pas échappé aux vicissitudes dont souffre tout ce qui a pied sur notre terre. Quand un pays est secoué par des guerres incessantes, guerres avec l'étranger, guerres intestines, les ruines sont inévitables. Dieu ne veut pas soustraire au sort commun les institutions les plus vénérables, les plus saintes choses de son Eglise. Mais voyez où se montre sa puissance, où apparaît sa protection. Grâce à lui, ce qui est tombé se relève et se relève plus beau. Une chapelle est abattue, c'est une église qui la remplace; l'église tombe à son tour, c'est une cathédrale qu'on voit bientôt debout. Aux plus mauvais jours de 1798, l'antique statue de Notre-Dame est profanée sur la place Godefroy de Bouillon, et sur la même place, le 23 août i885, la nouvelle statue est couronnée par l'auguste représentant du Pape Léon XIII, et, montée sur un char, traverse la ville en triomphatrice.

Enfin, au retour de la fête de rimmaculée-Conceplion, en i9i5, Monseigneur présida, dans la cathédrale, les offices et la procession du soir; après l'éloquent

discours de Mgr l'arohiprêtre (1), Sa Grandeur annonça, au milieu de l'émotion générale, le nouveau bombardement de l'ambulance du Saint-Sacrement, et son départ pour Arras. — La Vierge l'a conduit et l'a ramené à Boulogne, quasi mater honorificata.

A cette couronne des manifestations populaires, qui supplée à celle qui se préparait pour Notre-Dame-des- Ardents à Arras, Monseigneur a ajouté la parure des indulgences, qui dépend de son pouvoir surnaturel : Sa Grandeur les applique volontiers aux prières mariâtes (2).

(1) Marie est reine des batailles : Territilis ut castrorum acies, et reine de la paix.

(2) Monseigneur accorde une indulgence de 50 jours à chacune des prières suivantes : I. — Regina pacis, ora pro nobis. — Reine de In paix, priez pour nous.

II. Ulttma rnortis in hora. 1 A l'heure de la mort. Filium pro nobis ora; En votre Fils j'espère; Bonam niortem impeira, ! Veillez sur notre sort, Virgo, Mater, Domina. \ O Vierge, O Reine, O Mère!

III. Tu Mater Dei; j O Mère du Seigneur, Tu Mater rei; O Mère du Pêcheur, Tu Mater JudiciS; ! Mère du Divin Juge,

Tu Mater exsulis, j Ma foi cherche un refuge

Ora pro nobis. J Dans Votre Cœur!

IV. — Laudetur R. M. V. tôt laudibus quot in cœlo stellae, in igné scintillse, in acre atomi, in mari guttae, in terra pulveres; quot vere fiores, sestate grana, autumno folia, hieme nives et grandines. —

Laudetur B. M. V. tôt laudibus, quot ullo opère txhiberi, quot are proferri, quot corde hominum excogitari unquam potuere vel possunt! — Que la bienheureuse Vierge Marie soit bénie autant de fois qu'il y a d'étoiles dans les cieux, d'étincelles dans les flammes, d'atomes dans les airs, de gouttes d'eau dans l'Océan, de grains de poussière sur la terre.

Que ses louanges soient innombrables comme les fleurs au printemps, les fruits en été, les feuilles en automne, les neiges et les frimas en hiver! Donnons-lui autant de louanges que la main a pu et peut en produire, la bouche en proférer et le cœur en concevoir!

Le texte français de cette prière a été mis en musique par M. l'abbé S. Varoqueaux, curé du Mée, par Châteaudun (Eure-et- J Loir) .

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En l'année i9i5, Monseigneur a recommandé de plus en plus vivement les dévotions populaires : au mois de mai, s'est ajoutée aux exercices du mois de Marie la neuvaine de la bienheureuse Jeanne d'Arc et des Saints nationaux. En juin, le Sacré Cœur a été adoré chaque jour, mais plus particulièrement le vendredi de la fête du II juin, et honoré (i) par la diffusion du projet

(1) « Ce ne sont pas seulement les personnes, ce sont aussi les familles et les foyers que Notre-Seigneur veut bénir et sanctifier par Sa présence : Lui-même l'a aussi déclaré et promis à la bienheureuse Marguerite-Marie : « Partout, dit-il, où l'image de mon cœur sera exposée pour y être singulièrement honorée, elle y attirera l'abondance de toutes sortes de bénédictions. »

En conséquence, Nous recommandons une pratique, déjà anciejine, maijs récemment encouragée par l'apostolat d'un zélé missionnaire, le R. P. Matteo Cowley, de la Congrégation des SS. Coeurs de Picpus; c'est celle de la consécration des familles, par l'Intronisation du Sacré-Cœur de Jésus dans les foyers. Un grand nombre de Nos frères dans l'épiscopat l'ont déjà autorisée; le Souverain Pontife, dans un bref du 27 avril, vient de l'approuver et de la louer formellement. — « Introniser, a dit très récemment un éminent théologien du Sacré Collège, c'est mettre à la place d'honneur de la maison l'image du Sacré-Cœur, en reconnaissance du droit souverain ûe Jésus sur toute la famille et sur chacun de ses membres; on fera chaque soir devant cette image la prière commune, en y renouvelant, chaque soir aussi, par la bouche du père ou de la mère, la consécration du premier jour; on sera fidèle à la Communion et, autant que possible, à l'heure sainte des premiers vendredis du mois; on s'inspirera des leçons et des exemples du divin Cœur; on recourra à cette source de toute grâce, dans les joies aussi bien que dans les deuils de la famille, dans les bons et les mauvais jours, dans les peines, dans les revers, dans les séparations, dans les larmes qui se versent sur les tombes, comme dans les sourires qui s'épanouissent sur les berceaux, enfin, dans les difficultés de la vie quotidienne, comme dans les accidents qui viennent en interrompre le cours normal et régulier. »

On ne saurait mieux dire l'opportunité et l'efficacité de la consécration des familles chrétiennes au Sacré-Cœur : à des besoins spéciaux correspondent aussi des mesures spéciales, dans l'état surnaturel comme dans la nature et dans l'histoire. » (Lettre pastorale du 23 mai 1915).

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de consécration des familles; — en août, le centenaire de l'ordination du bienheureux curé d'Ars rend son culte plus vivace dans le clergé, les séminaires et ceux qui s'intéressent à leur développement; — le mois de septembre se termine par le triduum de Saint-Michel. — Le mois de novembre commence par la jouissance de la nouvelle faveur accordée par le Souverain Pontife, la célébration des trois Messes du jour des Morts, que Monseigneur annonce et explique aux fidèles (i).

En outre, il n'est pas de paroisse, petite ou grande, où ne soit signalée (2) avec bonheur la multiplicité des pratiques chrétiennes, développées ou renouvelées, comme : la prière en famille, l'assistance à la Messe en semaine et aux saints, où les populations mêlent leurs chants à ceux des soldats, les messes et obits pour les combattants, et surtout la communion de plus en plus fréquente (3). Ajoutons-y, en des cas nombreux et touchants, des baptêmes tardifs, des unions réhabilités, des conversions de pécheurs et des abjurations d'hérétiques, etc.

Il ne s'est donc pour ainsi dire pas écoulé de mois,

(1) Lettre pastorale promulguant la constitution apostolique Incruentum altaris. — M. le vicaire général Guillemant a publié à ce sujet, avec les encouragements de Monseigneur, un excellent recueil : La prièi^e pour les morts dans la liturgie romaine (Tours, Mame, 1915).

(2) La Ligue patriotique des Françaises a vivement exhorté ses membres dans le sens de cette action surnaturelle.

(3) Il y a eu 230.000 communions, à Notre-Dame de Boulogne, depuis le commencement de la guerre jusqu'à la fin de l'année I9lô; pendant l'année 1915, 150.000 à Saint-Nicolas de Boulogne; 135.000 à Paris-Plage; un peu plus de 100.000 au Portel et à Berck-Plage pendant le même temps; à Wimereux, environ 100.000 par an; à Saint-Omer, depuis le commencement de la guerre, 400.000 pour les trois paroisses (160.000 à Notre-Dame; 131.500 à Saint-Sépulcre; 106.509 à Saint-Denis); à Calais, 102.000 à Notre-Dame, 71.000 au Sacré-Cœur, pour l'année 1915; 166.000 à Saint-Pierre depuis la guerre. — Proportionnellement, ces chiffres sont égalés dans les paroisses moins considérables.

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depuis le début de la guerre, sans que la prière du peuple, officielle et unanime, se soit jointe devant Dieu aux supplications de chacun : Clama, ne cesses!

Paroles et visites cpiscopales.

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