I. — Au CLERGÉ
Lorsque, à Pâques i9i5, Mgr l'évêque fit une apparition à Boulogne, — sortant d'Arras en ruines afin de consacrer les saintes Huiles et de faire une ordination, honneur que Boulogne n'avait pas eu depuis un siècle, — le sentiment unanime de la plus sympathique et de la plus respectueuse affection se traduisit éloquemment par l'organe de son représentant autorisé, Mgr Lejeune, archiprêtre :
« Le clergé de Boulogne est heureux de remplir son devoir, en présentant ses hommages à Votre Grandeur.
Il tient à Vous dire l'union intime qui existe entre Votre Grandeur et lui, la part qu'il prend aux tristesses de Votre cœur. Le diocèse est une famille où tous sont frères. Nous qui, jusqu'ici, sous la protection de Notre-Dame, avons moins éprouvé les horreurs de la guerre, nous voulons Vous dire combien nous sommes affligés des ruines qui s'accumulent ailleurs, du sang qui coule, de la mort de nos frères dans le sacerdoce; — Vous déclarer aussi combien nous sentons douloureusement le sort de la ville épiscopale, oij est la Cathédrale, mère et maîtresse de toutes les églises du diocèse, Votre siège épiscopal, et qui à tous ces titres nous est chère; — Vous présenter également nos vœux pour que le fléau cesse, que les ruines se réparent, qu'un glorieux renouveau leur succède.
Nous tenons enfin à proclamer combien nous sommes
fiers de notre Evêque, d© son intrépidité et de sa vaillance, qui lui ont conquis l'admiration universelle. Affaiblir l'épiscopat avait été le rêve et le but poursuivis. A l'heure de l'épreuve, l'épiscopat a d'emblée repris sa place, la première, dans la cité. Tels étaient les vieux évêques d'autrefois, les Defensores civitatis : leurs héritiers d'aujourd'hui sont dignes d'eux. La vertu d 'En-Haut reste la même, la force de l'Esprit- Saint n'est pas diminuée. Elle a trouvé en Vous, Monseigneur, une coopération merveilleuse; permetteznous de Vous féliciter d'avoir, selon la belle parole de Mgr Berteaux, « noblement fait Votre noble métier d 'Evêque. » Aussi cette cité est-elle plus que jamais heureuse et fière de Vous accueillir. Après avoir eu l'honneur d'un siège épisoopal, elle a toujours conservé celui d'être la seconde vilîe diocésaine, après Thérouanne, puis après Ârras. Ses vieux remparts ont donné asile aux évêques de Thérouanne après les dévastations des Normands. Ils abritent en ce moment l'évêque d 'Arras, à l'heure des ravages causés par les modernes Barbares. Elle reverra avec allégresse ces grandioses cérémonies qui tant de fois se sont accomplies dans son Eglise. Mais elle n'a qu'un souhait : que Votre ville et Votre cathédrale, délivrées de l'étreinte des ennemis, réparent bientôt leurs ruines, et que Vous occupiez longtemps le siège illustre dont Vous rajeunissez et accroissez l'antique splendeur. »
A la fin de l'année i9i5, le chapitre cathédral étant reconstitué à Boulogne, le doyen, M. le vicaire général Delattre, offrit les vœux de tous en termes très élevés et très émoiivants. Sa Grandeur, après un regard sur le passé, — empreint de tristesse par rapport aux deuils d'AjTas et de la France, et d'admiration pour l'armée, — se tourna avec confiance vers les « imprévisibles » de i9i6 :
{( Parmi ces imprévisibles, je n'omets pas le secours divin sur lequel nous comptons absolument et où nous mettons une confiance inébranlable. Dans sa « Politique tirée de l'Ecriture sainte », Bossuet dit: « Une bonne cause ajoute
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aux autres avantages le courage et la confiance. L'indignation contre rinjustice augmente la force et fait que l'on combat d'une manière plus déterminée et plus hardie. On a même raison de présumer qu'on a Dieu pour soi puisqu'on a la justice dont il est le protecteur. »
Aussi, chers Messieurs, quand la France a levé vers le ciel son épée, ceUe de la justice et du devoir, je suis sûr que les épées des Charlemagne et de saint Louis, de Jeanne d'Arc et de l'archange saint Michel lui ont rendu le salut. C'est d'elles toutes, c'est de leurs éclairs réunis que nous attendons la victoire; disons mieux : une (c double » victoire, car la paix qui suivra la guerre ne serait pas complète, si en lil3érant la France d'une oppression qui la menaçait au dehors, elle ne la délivrait pas des fléaux qui la ravageaient au dedans.
C'est à nous surtout, Messieurs, qu'il appartient d'aider notre pays à reconquérir les positions morales qu'il a pu abandonner dans le passé. Nous y travaillerons avec une généreuse ardeur, puisqu'il s'agit d'une patrie que nous aimons passionnément; nous y travaillerons avec une patience persévérante, car, pour rappeler la fière parole d'un de nos combattants : a Si la fatigue est grande, le courage est plus grand, et l'âme française, à plus ferle raison l'âme sacerdotale, mène toujours les poitrines là où il faut.
11 en sera ainsi pour nous tous, si Dieu veut bien nous accorder ce que nos vœux réciproques implorent de sa bonté.
Que la Vierge de Boulogne, la Vierge tant aimée, exauce les vœux que mon cœur vous adresse, chers et nobles Fils. En Elle ayant mis tous mes espoirs, je ne veux, je ne puis porter la houlette devenue si pesante que si Elle la soutient^ quasi mater honorijicata.
Je compte sur votre dévouement, Messieurs, pour les futures résurrections. Comptez sur moi : je vous appartiens nd convivendum et ad commoriendum.