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LE SAINT-SIÈGE ET L EGLISE D ARRAS

Si, en présence de tant de ruines, de tant de dévastations, auxquelles Votre belle cathédrale, un grand nombre d'églises, hélas! d'instituts florissants, de riches monuments n'ont pas échappé; si, à la vue surtout de la désolation, des souffrances et des deuils de Votre peuple chéri si cruellement éprouvé, Votre cœur de Pasteur et de Père se sent navré et déchiré, sachez quel douloureux retentisï^cment tous ces malheurs ont dans l'âme du Souverain Pontife, du Père commun des Pasteurs et des fidèles !

Sa Sainteté déplore avec Votre Grandeur tant de ruines, tant de maux, et Elle prend une part intime à Votre amertume et à Vos angoisses, à celles des prêtres et des fidèles confiés à Votre sollicitude pastorale.

Priant Dieu de répandre l'abondance des consolations et des bénédictions célestes sur Votre clergé et sur Votre peuple, et particulièrement sur Leur digne évêque qui a partagé si noblement le sort de ses ouailles en restant au milieu d'elles pour les réconforter et les soulager, et suppliant le Seigneur de hâter la fin de tant de maux, le Saint-Père Vous accorde avec effusion de cœur, pour Votre Grandeur et pour Ses diocésains, la bénédiction apostolique.

Avec l'assurance de ma religieuse et profonde sympathie, veuillez agréer, Monseigneur, l'hommage de mes sentiments tout dévoués en Notre-Seigneur.

P. Cardinal Gasparri.

secrétairi:rie d'état Du Vatican, 4 août 1915.

DE SA SAINTETÉ

Monseigneur, En réponse à Votre lettre du iZ juillet dernier, je veux dire avant tout à Votre Grandeur combien je suis peiné d'apprendre le triste état auquel Votre ville épiscopale a î été réduite par les horreurs de la guerre. Le Souverain I Pontife s'associe à Votre profonde douleur et à celle des I malheureux habitants d'Arras, dont II voudrait pouvoir ! soulager les maux incalculables. Dieu seul, par sa grâce, I peut donner consolation et courage en rapport avec l'immensité du désastre.

Je n'ai pu lire sans une vive émotion le récit navrant des soulîrances endurées par le curé de Billy-Montigny (i).

Au sujet du transfert provisoire, pour le temps de la guerre, de Votre résidence épiscopale dans une autre ville du diocèse, le Saint-Père laisse Votre Grandeur entièrement juge de ce qu'il convient de faire, eu égard aux circonstances; Sa Sainteté toutefois ne saurait taire la satisfaction qu'Elle éprouve, en pensant que Votre Grandeur n'a que l'embarras du choix entre Boulogne et Sainl- Omer, vu les excellentes dispositions des habitants et leur empressement à faire le nécessaire pour Vous procurer les locaux convenables. De l'exposé de Votre lettre, il semble résulter que, pour le bien général, ce serait Boulogne qui réclamerait la préférence.

Quoi qu'il en soit, c'est de tout cœur que le Souverain Pontife envoie à Votre Grandeur et à Ses diocésains, spécialement aux habitants de Saint-Omer et de Boulogne, une affectueuse bénédiction apostolique.

Veuillez agréer, Monseigneur, avec l'assurance de toutes mes sympathies, l'expression de mes sentiments bien dévoués en Notre-Seigneur.

P. Cardinal Gasparri.

Le Chapitre cathédral sui^dt son Pasteur à Boulogne, dans la basilique Notre-Dame, mise généreusement à sa disposition par Mgr Lejeune, archiprêtre (2). Il fut autorisé aussi par cette lettre consolante :

SECRÉTAiRERiE D'ÉTAT Du Vatican, 11 novembre 1015.

DE SA SAINTETÉ

Monseigneur,

Le Saint-Père avait daigné agréer avec bienveillance les sentiments de soumission et de piété filiale, ainsi que les

(1) Ce récit, garanti par un témoin oculaire, se rapporte au douloureux exode de M. l'abbé J.-B. Sauvage, de sa paroisse vers l'exil, où il est mort en captivité, à Magdebourg. — Voir plus loin ce document, pp. 132-134.

(2) A la fête de saint Vaast, patron du diocèse, Monseigneur levêque, à titre de gratitude, a nommé Mgr Lejeune vicaire général lionoraire.

LE SAINT-SIÈGE ET L 'ÉGLISE d'aRRAS Î>

vœux que Vous exprimiez à roccasion du premier anniversaire de l'élection de Sa Sainteté, dans Vos lettres du 28 août dernier. Ces lettres ont été croisées par celle que j'avais l'honneur de Vous adresser à la même date. Il Vous a donc été possible de faire part aux membres vénérables du Chapitre cathédral de la haute satisfaction qu'a éprouvée Sa Sainteté, en apprenant leur installation provisoire à Boulogne. Le témoignage qu'ils ont donné ainsi de leur dévouement et de leur abnégation aura été certainement ime grande consolation pour Votre Grandeur.

Par rapport à la double question des églises, le Saint- Siège ne peut que louer la sagesse et la prudence avec lesquelles Votre Grandeur a agi conformément à la doctrine de l'Eglise et aux principes de la théologie. C'est toujours avec la plus grande sollicitude que le Saint- Père prend part à Vos douloureuses épreuves; et de grand cœur Sa Sainteté Vous accorde à Vous-même, au vénérable Chapitre, au clergé et aux fidèles de Votre diocèse, la faveur de la bénédiction apostolique.

Je Vous prie d'agréer. Monseigneur, l'assurance de mes sentiments bien dévoués en Notre-Seigneur.

P. Cardinal Gasparri.

§3. — Don de Benoît XV à une œuvre calaisienne.

Mgr Debout, archiprêtre de Calais, de son côté, reçut la lettre suivante, lors d'un bombardement local :

Monseigneur,

Sa Sainteté n'a pu apprendre sans peine la nouvelle de la destruction partielle du dispensaire Devaux à Calais, qui a été transformé en hôpital à la suite des douloureux événements actuels. Désirant, dans sa sollicitude, soulager les souffrances de ses fils spirituels, contribuer à la restau-

lO LA GUERRE EN ARTOIS

ration de cet établissement de bienfaisance qui a rendu tant de services aux pauvres de Calais, le Saint-Père a daigné destiner à cette œuvre la somme de înille francs, regrettant que les pénibles conditions du Saint-Siège ne lui ixîrmettenl pas de faire davantage.

Nul doute que cet acte de charité et de tendresse compatissante du Souverain Pontife ne soit justement apprécié par les habitants et vos chers paroissiens de Calais.

Il m'est agréable de vous envoyer sous ce pli l'auguste offrande de Sa Sainteté et de saisir cette occasion pour vous renouveler, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments dévoués en Notre-Seigneur.

P. Cardinal GASPARni.

§4. — Lettre autographe du Saint-Père, en réponse aux Vœux de i\oël 1915.

Le Souverain Pontife a accru encore, dans sa réponse récente aux vœux de Noël, Ses encouragements personnels à Mgr Lobbedey, par une lettre autographe :

Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

Nous vous remercions cordialement des vœux que vous avez eu la filiale pensée de Nous offrir, vénérable Frère, en votre nom et au nom de vos chers diocésains, à l'occasion des touchantes solennités de la Nativité de Notre divin Sauveur Jésus-Christ. Nous aurions ardemment désiré Nous-même pouvoir vous adresser, en retour, Nos meilleurs souhaits en des circonstances moins douloureuses ! Dans Ses impénétrables desseins, le Seigneur n'a pas daigné encore nous accorder cette consolation.

Nous avons tenu, au moins, à vous assurer, maintes fois, de la part bien grande que Nous avons prise à vos angoisses de pasteur et de père, à celles de votre clergé

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et de votre peuple si éprouvés, et Nous voulons, au seuil de la nouvelle année, vous réitérer cette douce assurance. Le désir que vous auriez de venir, si les circonstances le permettaient. Nous exprimer de vive voix les sentiments qui vous animent à l'égard de Notre personne, ne saurait être plus ardent que celui que Nous éprouverions Nousmême de vous voir. Nous souvenant des anciennes relations qui Nous unissaient à vous, au cours de Nos études ecclésiastiques.

Implorant du divin Maître l'abondance des grâces et des consolations célestes sur vous, sur votre clergé et votre peuple, Nous vous accordons de tout Notre cœur, vénérable Frère, ainsi qu'à vos bien-aimés diocésains, la bénédiction aiK)stolique.

Rome, du Vatican, le 1" janvier 1916.

Benedictus p. p. XV.

Le Syllabus et la guerre allemande.

Pour stigmatiser le caractère de la guerre actuelle, Monseigneur n'a eu qu'à puiser dans le Syllabus les propositions si frappantes, sur l'Eglise protectrice et vengeresse du droit, dont il a envoyé le texte à un diocésain :

Cher Monsieur,

Vous souvient-il de notre conversation récente au jardin de l'Evêché, sous les bombes et au bruit du canon .i>

A l'occasion de la présente guerre, j'essayai de vous prouver l'utilité, l'opportunité, la force théologique et la lumineuse doctrine du Syllabus donné par Pie IX, à la Ville et au monde, en i864, il y a un demi-siècle.

Nous voici en igi^-igiS, heure de ténèbres, de mensonges, de préjugés étranges ou monstrueux, de thèses per-

fides OU fausses, de la part de nos ennemis. En face d'eux, aussi vaillamment que dans la lutte des armes matérielles, il est bon de publier l'enseignement de l'Eglise, dont profite, une fois de plus, sa « Fille aînée », la France.

Vous désirez connaître les propositions du Syllabus sur lesquelles j'appuyais mon raisonnement? Les voici :

1. L'Allemand se croit assez puissant pour édicter des lois en dehors de toute autre autorité que la sienne. Planant au-dessus et rampant au-dessous de tout et de tous, il ne se croit lié à personne. « Moi, Allemand, je fais des lois, comme je le veux, et dans toutes les sphères. )) — Prétentions exorbitantes et insoutenables !

Or, voici la proposition 56° du Syllabus, qui les reflète et les reproduit, et que Pie IX condamne :

Les lois morales n'ont pas besoin de la sanction divine, et il n'est nullement nécessaire que les lois humaines soient conformes au droit naturel, ni qu'elles reçoivent de Dieu leur force d'obligation.

2. L'Allemand trouve que son bras est tout-puissant, que sa force physique est immense, que la force prime et crée le droit. Pie IX condamne, dans le Syllabus, la Sg® proposition, écho de la théorie allemande, anarchique et révolutionnaire au premier chef :

Le droit consiste en un fait matériel; tous les devoirs des hommes ne sont qu'un mot vide de sens, et tous les faits humains ont force de droit.

3. Au Reichstag, le 4 août igi^, l'Allemagne n'a pas craint de dire : « Nécessité n'a pas de loi... on s'arrange comme on peut... Les traités sont des chiffons de papier. »

La proposition 64® du Syllabus semble avoir prévu l'effronterie teutonne, et Pie IX la condamne : Malheur à qui ose dire : La violation des serments les plus sacrés et toute action, même criminelle et scélérate et opposée à la loi éternelle, non seulement n'est pas blâmable, mais elle est tout à fait licite et digne des plus grands éloges, quand elle est inspirée par l'amour de la patrie.

C'est donc l'Eglise qui exprimait dans le Syllabus, —

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(( catalogue » d'erreurs vieilles et subtiles comme Satan, — la vérité totale et fondamentale en face d'aberrations qui, vous le voyez, n'ont pas même le mérite do l'originalité! — Plagiaires, faussaires, copistes médiocres d'erreurs nébuleuses et de théories cyniques, démasquées par l'Eglise, voilà nos ennemis d'aujourd'hui!

— Aurez-vous encore les mêmes défiances, à l'égard des Souverains Pontifes qui, plus clairvoyants que tant d'autres, ont affirmé, à tout prix, la vérité immortelle et éternelle dont nous sommes et resterons, devant Dieu et devant les hommes, les tenants, les garants et les apôtres i^

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