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CHAPITRE V Victimes sacrées

Parmi les diverses instructions qui ont été envoyées au clergé par Mgr l'évêque, — pour faire conserver pieusement, dans les Annales paroissiales, la mémoire des faits qui se rapportent aux circonstances présentes, — figure celle qui concerne les victimes de la gu&rre. Dans chaque église, la liste doit être dressée sur un tableau provisoire, en attendant un monument digne de leur dévouement. « Ce tableau, qui s'ajoutera utilement à celui des prêtres décédés dans la paroisse au service de l'Eglise, honorera ceux qui ont donné leur vie au service de la patrie et surtout procurera des prières à leurs âmes. »

Une double pensée analogue nous guide, au moment où il nous faut rappeler les pertes éprouvées par le clergé et les communautés religieuses, depuis l'origine de la guerre : dans les villes, sur les champs de bataille, les ambulances et les tranchées bombardées, comme dans les hôpitaux où le soin des blessés peut devenir mortel, en pays envahi, parmi les prisonniers et les otages, que de victimes! Encore ne les connais-

sons-nous pas toutes! Et que d'autres dévouements, après la guerre, aboutiront à la mort, dernière étape d'infirmités et de maladies contractées au service de la patrie!

Leur rendre hommage, — au nom de la grande famille diocésaine, en union avec leur famille du sang et celle que leur a créée la vie religieuse, — c'est un devoir de sympathie qui s'impose, d'autant plus que souvent les circonstances de leur mort sont émouvantes et tragiques. Mais il convient aussi, et principalement, — c'est au sujet des héroïques Machabées que les Livres saints le rappellent, — d'ajouter et de susciter de pieux suffrages pour leur repos éternel et de compléter ainsi, devant leur Juge miséricordieux, la valeur méritoire de leur sacrifice personnel.

§ jer. — Prêtres du diocèse.

Le diocèse d'Arras a p^rdu, sur les champs de bataille ou des suites immédiates de la guerre, de nombreux prêtres. Nous donnons sur chacun d'eux quelques détails caractéristiques, dans la mesure où les risques de la guerre nous ont permis de les recueillir.

I. — M. Abel Wârenghem, né à Aire en 1888, prêtre en i9i3, professeur à l'institution Sainte-Marie d'Airesur-la-Lys, tué au champ d'honneur, en août i9i4.

C'est la première victime; ses sentiments sont admirablement résumés, dans la lettre qu'il écrivit, le i3 août i9i4, à M. l'abbé Delépine, à Wardrecques :

... Depuis dix jours, nous menons la vie de campagne, vie de privations et de fatigues continuelles; nous n'avons

pas encore vu d'Allemands, sauf des prisonniers. Mais l'heure solennelle et terrible du grand combat arrive : les troupes sont concentrées; nous sommes en Belgique depuis 3 ou 4 jours, et le choc ne saurait tarder. Il coïncidera avec les fêtes de l'Assomption et la neuvaine de Notre-Dame Panetière. Daigne cette bonne Mère nous garder et protéger la France !

J'ai accepté jusqu'ici joyeusement, et en union avec Marie, tous les sacrifices et toutes les privations de la vie de campagne. Je continuerai à le faire et à vivre de plus en plus en union avec Jésus et Marie. Je renouvellerai mon sacrifice avant le combat et m'offrirai avec Jésus par Marie. Priez l)eaucoup pour moi : offrez-moi à la sainte Messe; et à la grâce de Dieu, sub tutela Matris.

M. Vitel suit le régiment; quelle consolation pour nous! Il y a grand salut ici ce soir. Beaucoup se confessent et communient. Deo grattas et Mariœ! Demandez que, moi aussi, j'essaie de faire un peu de bien. Soutenons-nous l'un et l'autre et prions beaucoup pour la France.

Cette lettre est conservée pieusement par sa famille : elle avait, de si grand cœur, pari âgé avec l'Eglise la vie de ce fils bien-aimé!

Au foyer chrétien où il a vécu, comme dans son cher collège, sa mémoire est honorée : dans l'étude principale de l'institution Sainte-Marie, bien en vue, à la place d'honneur, son portrait continuera de dire à tous, comme une leçon vivante : Labora sicut bonus^ miles Christi !

2. — M. Jules Cléret, né à Saint-Martin-d'Hernicourt, en i883, prêtre en i9o7; missionnaire, vicaire à Lens, puis à Saint-Omer (Saint-Sépulcre), en i9i3; — sergent; mort au champ d'honneur, le 3o septembre i9i4.

C'était un prêtre discret et dévoué, modeste et intérieur; il aimait à rendre service, sans se mettre en

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;'.\ai\t; ses instructions, dans les œuvres, avaient toujours un cachet pieux et surnaturel. Il était fort estimé de ceux qui ont pu le bien connaître.

.';}. — M. Louis Obaton, né à Boisdinghem en i885, prêtre en i9i3, vicaire à la paroisse Notre-Dame de Calais; mort le 24 septembre i9i4, à l'hôpital militaire de Reims, après avoir renouvelé le sacrifice de sa vie pour la France et pour les âmes qui lui étaient confiées.

Collaborateur fidèle de son archiprêtre, il lui écrivait, du théâtre de la guerre, avec une édifiante abnégation. Sa mémoire reste en vénération dans la paroisse Notre-Dame de Calais, où son passage fut pourtant bien court.

4. — M. Gabriel Capron, né à Samer en 1880, prêtre en i9o6; licencié es lettres, professeur à Saint- Joseph d'Arras et à Sainte-Marie d'Aire, vicaire à Lillers en i9ii; sous-lieutenant, tué au champ d'honneur, le iG mars i9i5.

Plein d'entrain et de courage au régiment, distingué par ses chefs, il avait, peu de temps avant sa fin glorieuse, fait ses adieux à M. le doyen de Lillers, dans des sentiments empreints d'abnégation et d'élévation surnaturelle.

5. — M. Paul Vallière, né à Aubin-Saint-Vaast en 1881, prêtre en i9o7; — après avoir généreusement répondu à l'appel de Dieu en quittant une situation honorable dans le notariat, — vicaire à Saint-Nicolas-en- Cité et aumônier des hôpitaux, à Arras; — tué pendant le bombardement, le 29 novembre i9i4.

Mgr l'évêque (i), en présidant ses funérailles et en y

(1) Voir plus haut, pp. 27-29.

prenant la parole, a montré en quelle haute estime il tenait ce prêtre excellent.

6. — M. Louis Caridroit, né à Hamblain-les-Prés en 1877, prêtre en i9o2, professeur à Saint- Joseph d'Arras, vicaire à Frévent en i9ii, mort après avoir soigné les contagieux, à l'hôpital du Kursaal, à Boulogne-sur-Mer, le Jeudi Saint, 9 avril i9i5.

A ses funérailles, la présence — malgré les difficultés matérielles — de M. le doyen de Frévent et l'allocution de M. le chanoine Lecocq, son ancien confrère, ont témoigné des regrets universels causés par cette mort foudroyante, qui fut adoucie la veille par la visite et la bénédiction de Monseigneur.

7. — M. Albert Habart, né à Marquise, en 1882, prêtre en i9o7; vicaire à Boulogne, puis \Saint-Yenant, en i9ii.

Infirmier militaire, il fut tué au champ d'honneur, le i3 juin i9i5, au moment où il venait d'achever la sainte Messe, a II n'a jamais, écrit un de ses amis, depuis le jour de son départ, négligé la méditation; dans ses moments libres il se retirait à l'écart et se recueillait; il était prêtre dans toute l'acception du mot; il avait fait le sacrifice de sa vie, pour l'expiation de ses péchés, ceux des nations et en particulier de la France. » Le bureau de recrutement fit, après sa mort, remettre à sa famille les livres qu'il avait emportés avec lui : les Evangiles, un Novum-, l'Imitation de Jésus-Christ, un rituel.

8. — M. Auguste Evrard, né à Boubers-sur-Canche, en 1882; prêtre en i9o7; licencié es lettres, professeur à l'institution Haffreingue; aumônier au collège Mariette de Boulogne en i9ii; — brancardier et aumônier

Nolontaire aux zouaves, tué au champ d'honneur, le ■a') septembre i9i5, en (-hampagne.

A l'obit solennel qui fut chanté en l'église Saint- Michel de Boulogne, le i8 décembre i9i5, M. le vicaire général Guillemant prononça son oraison funèbre. Il a l<uié en ces termes son vaillant apostolat parmi les /ouaves :

(( Au total, écrivait-il quinze jours avant sa mort, je crois nvoir suivi la route qui m'était intérieurement tracée. (Croyez bien que j'ai eu à combattre de vives appréhensions. J avais aussi, j'ai encore la sensation des souffrances des miens. Mais eux sont chrétiens : cette croix servira à leur ])urification et à leur sanctification. »

Après trois mois d'instances, il fut enfin envoyé vers les tranchées désirées. L'accueil fut assez froid. Il s'y atten-

lait. Certains officiers se défiaient. La plupart des hommes ol)servaient du coin de l'œil ce nouveau venu, ce « curé », qui, on ne sait pourquoi, avait quitté spontanément, pour \pnir à eux, le service de santé.

A la première messe qu'il célébra, devant son bataillon, il eut une minute d'angoisse. Il se demanda si, sous l'influence de quelques esprits forts, le vide absolu n'allait ])as se faire autour de lui. Mais deux ou trois sergents s approchèrent bravement : d'autres suivirent, et l'auditoire fut bientôt gagné par cette parole nette et vive, qui allait droit au but.

En rapports quotidiens avec les sous-officiers, dont il ])artagea les repas, et qui passaient pour fort intelligents rt débrouillards, il se fit accepter d'eux, non en camarade, mais en prétrè. Il avait profité de quelques jours de repos pour organiser, le soir, des réunions, dans une église de village. La première fois, par politesse, ses compagnons de table l'accompagnèrent jusqu'à la porte. Puis quelquesuns se risquèrent à l'intérieur. La plupart finirent par s'y rendre assidûment, et d'aucuns ont fait, depuis lors, un sincère retour à Dieu.

« C'est rude, mais c'est bon, écrivait-il au mois de juin, en parlant des débuts de son apostolat. La mort plane; et

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avec une parole érjergique, une attitude de soldat, un prêtre fait de la Lonne besogne, surtout auprès des jeunes qui, sur le front, « ne font plus les zouaves. » Chez eux, la tenue morale est débraillée, mais surtout en paroles; ils croient ainsi a faire l'ancien ». Il faut percer l'écorce; mais pour cela il n'y a que deux moyens : vivre avec eux, être aidé par les prières de ceux qui ne peuvent venir jusqu'ici. Au premier regard, la grâce de Dieu tombe à l 'improviste. En réalité, elle ne touche que des âmes de bonne volonté, ou déjà rachetées par des sacrifices anonymes. Cette vieille croyance n'a fait que s'augmenter en moi depuis la mobilisation...

« A certains moments, le découragement voudrait bien s'emparer de moi. Alors je songe au Christ, aux Juifs qui, eux, n'avaient même pas à son égard la cordialité dont m'entourent maintenant ces grands enfants, si ignorants de la religion pour la plupart. »

L'intrépide aumônier prenait soin, lui, d'alimenter sa vie spirituelle. Dans son sac, il portait, avec l'Evangile, les discours de son cher Fleury (i) que M. Lévesque lui avait envoyés. Il avait emprunté Pascal à un confrère. Il récitait l'office des Morts, qu'il trouvait « d'un merveilleux à la fois amer et fortifiant. »

Il se tenait prêt à tout. « J'ai voulu participer de près à la guerre, écrivait-il dès le 3i mai. Peut-être y trouverai-je la mort. Mais, pour nous, la mort est le commencement de la vie. »

Dans les premiers jours, sous la pluie des obus, malgré lui, il tremblait... physiquement. « Il est vrai, disait-il en souriant, que les chevaux, avi bout d'une heure d'une pareille tornade, sont blancs d'écume. Je suppose qu'on ne peut dire qu'ils ont peur. »

Bientôt il se familiarisa même avec ce danger : a Je n'ai plus besoin maintenant, confiait-il à un ami, de cacher mon impression sous un sourire, ou une plaisanterie, ou un nuage de fumée. Un obus ronronne ou siffle; on s'aplatit par terre instinctivement, et puis on continue

(1) M. l'abbé Evrarrl arbevait la préparation de son doctorat es lettres, par une thèse sur le cardinal Fleury.

sa route. Encore un peu, et comme ceux qui m'entourent j'aurai à faire effort pour être prudent. »

Les jours qui précédèrent le 26 septembre se passèrent dans un ministère très actif, au fond des tranchées. Que de consciences furent purifiées ainsi, sous la mitraille, à quelques centaines de mètres de l'ennemi, à deux pas des camarades ! Car on y va sans façon, en pareil moment, et personne n'est tenté de sourire. A cet apostolat individuel, le plus profond, le plus sérieux de tous, s'ajoute, quelques heures avant l'assaut, dans les conditions déterminées par Rome, l'absolution générale. La plupart font le signe de la croix; d'autres se découvrent; bien rares sont ceux dont la a chéchia » se détourne ou s'agite; et celui qui s'aviserait d'être goguenard à pareille heure passerait un mauvais quart d'heure!

Ce soir-là, quand tout fut fini, l'un des capitaines, qui s'était tenu jusque-là sur la réserve, mais qui suivait avec une surprise mêlée de sympathie les progrès de cet apostolat, retint l'abbé Evrard et lui dit : « Au lieu de marcher derrière la troisième vague, demain, pour relever les blessés, comme la consigne vous le dit, voulez-vous être à mes côtés ? On ne sait pas ce qui peut arriver. »

L'abbé eut un mouvement de surprise, mais il promit et tint parole (i).

La ligne ennemie une fois franchie, on le vit se prodiguer auprès des blessés. Puis il fut atteint lui-même (2) de plusieurs balles à la j)oitrine et vit tomber son capitaine à ses côtés. Il eut la force de se traîner, à trois ou quatre cents mètres, jusqu'à la tranchée française où il souffrit toute la journée et toute la nuit, pour ne mourir que le lendemain matin.

Pendant ces longues heures, il dut renouveler et ratifier son sacrifice plusieurs fois méritoire. Car il n'était pas seulement tombé, comme beaucoup d'autres soldats, au

(1) Pour terminer cette veillée suprême, l'abbé Evrard reçut lui-môme la sainte Communion des mains de son aumônier divisionnaire. Les deux prêtres se quittèrent sur ces mots : « A la grâce de Dieu! » Ils avaient les mêmes pressentiments.

(2) Sur quatre aumôniers de bataillon, trois furent frappés à mort ce jour-là.

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poste fixé par l'obéissance. Pour être plus sûr d'exercer son ministère sacerdotal, pour disposer d'une influence plus grande au sortir de la guerre, si Dieu lui donnait d'y survivre, il avait ambitionné des fonctions dont il savait le péril. Ces fonctions, il les remplissait au moment précis où Dieu l'a rappelé à Lui. Et quand s'élança la colonne d'assaut, il était en tête, parce qu'un homme en danger avait fait appel à son cœur.

9, lo, II. — M. Paul Lenfant, né à Camblain-Châtelain, en i889, prêtre en i9i4 (i); blessé au flanc, à R... (Ardennes), le 2 septembre i9i4. — Il jouissait de l'affection générale, ce qui lui permit de donner l'absolution à bon nombre de soldats, avant et pendant la bataille; il expira bientôt dans la ferme où il fut transporté. C'était un jeune prêtre intelligent et laborieux, dévoué et délicat, qui donnait de belles espérances à l'Eglise.

— M. Marins Bouchez, né à Zutkerque, en 1888, prêtre en i9i3, étudiant à la Faculté catholique des Lettres de Lille.

D'une famille profondément chrétienne, de nature franche et droite, de caractère aimable et fin, il fut discerné par son curé et devint élève brillant à Boulogne par ses qualités d'intelligence ouverte et de volonté tenace; il en fut de même au Grand Séminaire; il y jouit, comme à Zutkerque, de la sympathie générale. Il faisait en Angleterre des éludes spéciales, en vue de la licence, quand la mobilisation le rappela comme sergent au ... de ligne.

(1) Un de ses amis du séminaire annonce sa mort en ces termes : « L'abbé Lenfant chargeait à la baïonnette, quand une balle le frappa mortellement; il eut encore la force de donner une dernière absolution, avant de mourir, aux pauvres agonisants qui gisaient avec lui. Quelle précieuse victime pour la France! Il était si heureux de dire quelquefois la messe avant d'aller au combat! »

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Il partit en Belgique, assista à la bataille de Gharleroi et fit la retraite jusqu'à la Marne. Mais il n'oublia pas qu'il était prêtre. Il demeura fidèle autant qu'il le pouvait à ses exercices de piété. Ses frères d'armes, qui l'aimaient à cause (lo sa bonté et de son abord facile, faisaient fréquemment appel à son ministère. Quelle joie pour lui d'écrire qu'il avait ramené à Dieu des compagnons depuis trop longtemps oublieux de leurs devoirs ! Quelle tristesse aussi de passer la Toussaint sans pouvoir dire la Messe ! Hélas ! la lettre qui apprenait ces nouvelles était suivie le lendemain d'une autre, d'un de ses compagnons. Celle-ci disait qu'il avait été tué à la tête d'une patrouille dans les environs de Gharonne.

— M. Maurice Pagniez, né à Croisilles, en i889, prêtre en i9i4.

Ces trois nouveaux prêtres, de grande distinction et de haute vertu, avaient reçu le sacerdoce en i9i3 ou i9i4; ils n'ont pu jouir de Dieu sur terre, par la célébration de la sainte Messe, qu'un an au plus avant que la guerre les saisît, cea turbo nascentes rosas!

Des faits de guerre, ou la captivité, avec toutes ses tristesses et son lent martyre, ont hâté la fin de plusieurs prêtres; nous connaissons, jusqu'ici, et nous pouvons annoncer, mais avec discrétion pour que ces notes ne nuisent à personne, les morts suivantes :

12. — M. Alfred Rault, né à Beuvrequen, en 1866; prêtre en i89i; quinze ans vicaire à Avion; curé de Noyelles-Godault en 1907.

Très actif à Avion et à Noy elles, il se refusa obstinément à quitter sa paroisse tant qu'il y resterait une seule des âmes dont il avait la charge. Une commu-

nication de la Croix-Rouge de Genève vint annoncer la nouvelle funèbre à sa vénérable mère par l'intermédiaire de M. lo curé de Beuvrequen, de la part de M. Langestein, aumônier militaire attaché au lazaret de campagne n° i:^, du XIV^ corps allemand, avec ces seuls détails : « Blessé dans la nuit du 27 au 28 novembre et pieusement décédé le 8 décembre, administré des Sacrements et particulièrement soumis à la volonté du bon Dieu. »

(( Blessé dans îa nuit »? M. Rault aura été appelé par son ministère près d'un paroissien ou d'un soldat; il est mort victime de son dévouement sacerdotal.

i3. — M. Jean-Baptiste Sauvage, né à Mercatel, en 1848; prêtre en 1872; vicaire à Wimille, curé de Simencourt, de Blairsille, de Rumaucourt, enfin de Billy- Montigny, «n i89o. Il est mort en captivité, à Magdelx)urg, d'épuisement général.

Cet épuisement d'un vieillard de soixante-sept ans, il n'est pas difficile d'en saisir les causes, à la lecture de ce grave document, émanant d'un témoin des affreuses étapes d'une véritable marche au Calvaire; ce document fut communiqué au Souverain Pontife (i), par Mgr l'évêque d'Arras.

M. Tailliez Claude, ouvrier à la fosse n^ 7 des mines de Courrières, demeurant à Courrières, avait été sollicité de descendre dans la fosse, afin de donner à manger aux chevaux qui étaient encore au fond. Il avait été muni d'un laissez-passer signé du commandant allemand et se croyait donc en règle. A sa grande surprise, il fut appréhendé, le 4 octobre 1914, par des soldats allemands, alors qu'il remontait du puits, et fut conduit à Harnes, sans avoir eu le temps de se laver; Il était donc en vêtements de mineur.

(1) Voir plus liant, p. 8.

Conduit de Harnes à Aiinay, il revint ensuite à Harnes avec d'autres prisonniers civils, et de là fut conduit à Angres-Lioin, le 6, où il lit la rencontre de M. l'abbé Sauvage, curé de Billy-Montigny, qu'il connaissait. Il réussit à approcher le prêtre et à le suivre le plus possible. Ces prisonniers furent conduits à Vitry-en-Artois, où ils passèrent la nuit dans une écurie dont la litière n avait pas été faite. Pour toute chose, un seau d'eau fut mis à leur disposition.

Le lendemain matin, la caravaiîe se mit en route pcuer Cambrai; ee cours de route, les prisonniers durent manger de la betterave, M. l'abbé Sauvage comme les autres. Tous étaient exténués de fatigue en arrivant.

En cours de route, rab])é Sauvage recevait les quolibets des soldats allemands, mais sans murmurer, ne faisant que réciter son chapelet.

A 21 il. lo, les prisonniers durent monter dans des wagons à bestiaux qui n'avaient pas été nettoyés; ils passèrent par la Belgique. En route, les Allemands venaient chercher M. l'abbé Sauvage, qu'ils appelaient « pastor », le prenaient par le col de la soutane, le tiraient brutalement, lui disant kapout à chaque instant, et l'accusant faussement d'avoir jeté des bombes et achevé des blessés allemands. A un certain moment, il fut photographié, coiffé d'une barrette de mineur,; de chaque côté de sa figure, les Allemands avaient placé une baïonnette. Une fois, ayant obtenu de l'eau, au moment où le prêtre buvait, un soldat allemand donna un coup de .poing sur le gobelet, le faisant saigner aux dents; les autres prisonniers ayant rendu un peu 'd'eau à M. l'abbé Sauvage, lui second soldat allemand lui asséna un violent coup de poing sur la nuque, le faisant tomber à terre. A ce moment, un grand ,gailîard de cavalier lui donna un coup de talon de botte sur la figure.

Supportant toutes ces souffrances, M. le curé de BiUy- Montigny ne faisait que réciter son chapelet, sans jamais protester.

Les prisonniers remarquèrent, une autre fois, un prêtre montant dans le même wagon que le leur; il se mit à finner un cigare, releva sa soutane pour relacer ses bot-

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tines; mais des prisonniers remarquèrent qu'il portait de longues culottes paraissant avoir la couleur des pantalons des soldats allemands. Il n'adressa pas la parole à M. l'abbé Sauvage et descendit un pyeu plus tard de wagon.

E'nfin les prisonniers arrivèrent au camp de Zûstrow (grand-duché de Mecklembourg-Schwerin). Le ii octobre, vers 17 heures, M. Tailliez rencontra l'abbé Sauvage, dans une brouette poussée par un Allemand. L'abbé était exténué de fatigue : il ne pouvait plus se tenir debout; le patient ne reconnut même pas Tailliez. La nuit fut passée par tout le monde auprès d'une meule; on vint chercher M. l'abbé Sauvage vers 11 heures; dès ce moment-là, Tailliez n'a plus entendu parler de lui.

C'est avec indignation que Tailliez rapporte ces faits; il dit combien il était douloureusement impuissant, lui et ses amis, à pouvoir porter secours au prêtre, et loue la patience et la résignation dont il fit preuve, durant le temps qu'il lui fut donné de rester avec lui.

i4. — M. Edouard Magniez, né à Renty, en i859; prêtre en 1886, vicaire à Beuvry, curé de Tangry, de Chériennes, d'Habarcq, de Beugin, et enfin de Pelves, en i9i3.

Emmené en captivité à Douai, il y est mort récemment à l'hôpital, de la fièvre typhoïde; quelques prêtres du diocèse, ses compagnons d'infortune, — notamment M. Warendeuf, curé d'Ablain-Saint-Nazaire, — lui rendirent les derniers devoirs. Les détails précis font défaut.

i5. — M. le chanoine Constantin Lecigne, né à Pernes, en i864; prêtre en 1888; professeur à Aire, puis à la Faculté catholique des Lettres de Lille.

Déjà surmené, au moment de la déclaration de guerre, par la multiplicité de ses travaux, il éprouva la terrible secousse de l'exode tumultueux, fut arrêté par les Allemands parmi lesquels un officier, qui connais-

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sait ses ouvrages, le protégea et le Ut reconduire à Canteleu; nous sommes peu renseignés sur la date et les détails de sa fin douloureuse. Mgr Charost aurait présidé ses funérailles, et M. le chanoine Bayard y aurait pris la parole.

Qui ne connaît le haut mérite du professeur, du conférencier et de l'écrivain que perd en lui la science catholique.^

i6. — M. Louis Caron, né en i845, à Béthune; prêtre en i869, chanoine de Moulins, l'un des premiers maîtres de Mgr l'évêque, ancien supérieur de l'institution Saint- Joseph d'Arras, professeur et directeur au collège de Marcq-en-Barœul (Nord).

Après une vie sacerdotale toute consacrée à l'enseignement de la jeunesse, il est indirectement, mais réellement, victime de la guerre qui a violemment troublé sa sainte et paisible carrière.

§ 2. — Grands Séminaristes du diocèse.

Nous connaissons les noms de bon nombre de ces pieux lévites, mais pas toujours les circonstances de leur mort; ce qui est plus important, des extraits de leur correspondance, adressée à leur directeur, nous édifient, pour plusieurs, sur les sentiments dont ils étaient animés, et accroissent la douleur que leur irréparable perte fait éprouver à l'Eglise d'Arras, à leur famille, à leurs amis.

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