LA CROIX DU DRAPEAU
Dans la plaine d'Alsace et sous les noirs sapins Couvrant d'un sombre vert la montagne vosgienne; Sur notre front d'Artois, où la horde prussienne Apprit à redouter notre béret alpin;
Pour chasser du pays l'Allemand assassin, Depuis quinze longs mois il était à la peine. Tel jadis l'Etendard de la bonne Lorraine, Notre Drapeau devait être à l'honneur, enfin!
C'est fait : la croix de guerre à sa hampe s'accroche. O Barbot, preux soldat, « sans peur et sans reproche », Tu peux t'enorgueillir en ton simple tombeau :
Un chef digne de toi nous mène à la bataille Et ton cher régiment fut tel sous la mitraille Qu'on décore en ce jour son chef et son Drapeau.
(Le Grelu, n° 16.)
Enfin je ne puis résister au désir de vous communiquer ces lignes extraites d'un article intitulé : « Toussaint
Toussaint! Les cloches de France sonnent, au long des vallées, le glas de la Fête des Morts. Des cités comme des bourgades, suivant la coutume traditionnelle, en cortège muet, sous le ciel d'automne, voilé comme d'un crêpe léger, la foule monte vers les dernières demeures des défunts.
Si ceux que vous aimez dorment dans nos cimetières militaires à Ecoivres, Villers-au-Bois et Carency, si même ils reposent sur le champ de bataille, ils ne sont pas oubliés. Ceux auxquels les unirent les liens de la grande famille, resserrés par la communauté du péril, leurs camarades de combats se rappellent quel est, au 1" novembre, leur pieux devoir...
Oui, certes, ils connaissent leur pieux devoir envers leurs morts. Que de fois j'ai admiré le dévouement avec lequel tel petit soldat se livrait aux recherches les plus difficiles pour retrouver le lieu d'inhumation d'un camarade ou d'un pays. Hier encore je recevais la visite d'un de ces
braves enfants. Profilant d'un jour de repos, il venait déjà de faire i5 à 20 kilomètres pour pouvoir consulter mes listes et faire appel à mes souvenirs; et il allait poursuivre sa route, faire dans sa journée 5o kilomètres, pour donner à une famille amie la suprême consolation de savoir que, là-bas, au nom des chers absents, on avait prié sur la tombe chérie !
Avec quelle émotion encore, parcourant les immenses cimetières aux longues rangées de petites croix, on voit des soldats s'ingénier à orner les tombes, à les entourer, non sans goût, d'humbles branchages! Hier encore les larmes me vinrent aux yeux en m 'arrêtant devant un tertre, modelé dans la boue par une main pieuse qui avait tracé avec de petits cailloux blancs, ces mots si touchants : « Priez pour mon camarade ! »
Le culte des morts! Quel trait d'union entre les soldats et leurs aumôniers ! Ceux-ci, soigneusement, tiennent à jour toute une série de listes. J'ai en ce moment cinq gros carnets et plusieurs plans, contenant les noms de plus de 6.000 morts, inhumés en avant de tout cantonnement, soit dans les immenses nécropoles militaires, soit en plein champ de bataille. Hélas ! les demandes de renseignements abondent, et l'on ne peut pas toujours donner la réponse désirée : il reste des cadavres perdus; ils ont été inhumés hâtivement par des troupes qui sont parties; ils ont disparu sous la terre des parapets durant les travaux de nuit; ils ont été déchiquetés ou ensevelis par les obus. Alors c'est la recherche, les longues courses entre les anciennes tranchées d'attaque, l'examen minutieux des points successivement pris et reconquis; c'est l'exhumation de restes lamentables : travail pénible, mais combien consolant ! Quelle joie de soulager la peine de ceux qui, au foyer, pleurent leurs chers défunts ! Quel bonheur de sentir la profonde reconnaissance de ceux qui, prêts à mourir, comprennent mieux le culte des morts. Quelques jours après la prise de S..., me rendant à la cote ... par le boyau des Uhlans, j'aperçois, dans la terre à demi éboulée, un bout de capote. Me demandant s'il n'y avait pas là un cadavre, je donne quelques coups de pioche. Un vieil adjudant, à fortes moustaches, la t)oitrine couverte
de décorations, s'approche; il salue. Jo lui tends la main; il la prend cl la serre dans ses deux bonnes i)oignes; et tandis que de grosses larmes coulent sur ses joues brunies, il murmure : «. Ah! mon Aumônier, merci pour ceux de là-bas! merci pour nous! »
Merci au prêtre qui, à l'ambulance, vient leur apporter, avec le secours de ses prières, des conseils de patience et de confiance en l'avenir, qui, au poste de secours, assiste au premier examen de leurs blessures. Et comme ce merci se grave profondément dans notre cœur lorsque, en plein champ de bataille, il s'échappe des lèvres du soldat mourant : « Merci! A Dieu! »
Il est une scène d'une telle grandeur tragique c{u'il m'est impossible de ne pas la dépeindre en terminant.
Cette scène, elle s'est passée un peu partout, n'ayant pour variantes que le lieu, le décor, le nombre de personnages, mais c'était presque au même jour et à la même heure, à la veille ou au moment précis de nos grandes luttes d'Artois.
Devant ces hommes que le devoir allait jeter dans un instant hors des tranchées, sous l'ouragan de mitraille, à travers les sifflantes rafales de balles meurtrières; devant ces soldats qui allaient courir au danger et sans doute à la mort, un homme s'est montré. Couvert du blanc surplis, ou bien vêtu de noir; ou, plus simplement encore, chargé, sur sa capote, d'un équipement de combat, le prêtre s'est avancé, le crucifix à la main. A ces hommes qui vont mourir, il vient montrer la mort en face, pour qu'ils la craignent moins; à ces soldats, il vient montrer la mort dans sa sublime beauté de pur et noble sacrifice; à ces chrétiens, il vient montrer la mort, avec ses promesses d'éternelle récompense. Aux nobles et saintes âmes qui veulent à la fois servir Dieu et la France, il montre le divin Crucifié dans l'immortelle splendeur de son martyre. C'est l'heure de l'absolution générale!
Tandis que le crucifix s'élève sur les braves fils de
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France, leurs genoux se ploient jusqu'à terre, leurs tête s'inclinent, leurs cœurs s'ouvrent au repentir. La main du prêtre trace un grand signe de croix, ses lèvres émues prononcent les paroles sacramentelles et le pardon divin, en purifiant les âmes, y répand, avec la grâce surnaturelle, des trésors de forces surhumaines.
Alors des voix s'élèvent, douces et suppliantes, mais fermes et énergiques; sans un soupir de regret, elles redisent :
Seigneur, mon Dieu, de bon cœur et de plein gré, j'accepte dès maijilenant, de votre main, avec toutes ses angoisses, ses peines et ses douleurs, le genre de mort qu'il Vous plaira de m' envoyer...
Le « genre de mort » ! Qu'importe maintenant, pour ces hommes qui, dans le calme et la force de leur volonté, ont fait religieusement le sacrifice de leur vie ?
Avec un des survivants des terribles luttes d'Arras et de la région, qui mourut héroïquement sur les ruines de S..., tous diraient volontiers :
Je reiids nia vie à Dieu et je meurs pour que... vive la France.
Nos aumôniers militaires, dans leurs saintes et vaillantes fonctions, trouvent encore le temps d'écrire pour obtenir des prières en faveur de leurs chers soldats. Les lignes suivantes viennent de deux aumôniers aussi connus qu'estimés dans notre région.
M. C. y..., auquel son évêque a offert, après sa blessure, le camail de chanoine honoraire, — qu'il doit porter rarement, — écrit le lo avril i9i5 :
Le brave B... vient de me remettre votre aimable carte. Après la chute de dix grosses marmites dans le voisinage, elle avait une saveur toute particulière. Il est très agréable en effet, dans notre bois fangeux où nos troupiers s'eiifoncent jusqu'aux genoux, de recevoir des nouvelles de
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notre Artois. Pour quelques instants, l'Est et le Nord se rejoignent, les distances sont supprimées, les fatigues oubliées.
Après un mois passé dans les horribles tranchées de M...-les-H..., et quelques jours de repos, nous voici de nouveau sur le front, dans l'eau et la boue qui rappellent le bois de la G...; nos soldats endurent un vrai martyre. A tour de rôle, ils passent quarante-huit heures dans la plaine, étendus dans de vrais ruisseaux, exposés aux balles et aux obus, car il est impossible de faire des tranchées. Ils viennent ensuite dans le bois, arrosé par une pluie de fer et d'eau. Cette guerre est vraiment atroce!
Que ne sont-ils tous en état de grâce, nos chers soldats ! Quels mérites ils acquerraient ! Beaucoup se convertissent, mais certains résistent encore à la grâce de Dieu, malgré l'imminence du danger. Puissent vos prières aider le pauvre aumônier à bouter hors de ces chères âmes les démons retranchés dans ces forteresses que bat la grâce divine, sans succès trop souvent.
Veut-on savoir comment l'estiment ses « chers soldats », dans les trois régiments qui s'obstinent à demander pour lui la croix d'honneur (i).!^ Le voici :
M. l'abbé V..., a.umônier du .1.® d'infanterie, blessé, il y a quatre mois, au combat de S.-R., nous est revenu hier, h midi.
Tu dois savoir de quelle popularité ce prêtre jouissait auprès de tous les soldats, surtout depuis la bataille de Dinant. Tous, officiers et soldats, lui ont fait un accueil enthousiaste.
Hier soir, il montait en chaire, afin de reprendre de suite ses magnifiques fonctions. L'église était archi-comble.
Si tu avais entendu son discours ! Jamais aucun sermon ne m'a fait une impression aussi grande.
Je t'assure qu'il eût été impossible au plus abruti de
(1) Ils viennent de l'obtenir, après une nouvelle campagne à V. — Honneur au chanoine V..., chevalier de la Légion d'honneur {mars 1916)!
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l'assistance, de sommeiller une seconde. Tous dévoraient littéralement ses phrases.
J'aurais voulu avoir à mes côtés mon oncle P..., je suis sur qu'il aurait été enthousiasmé.
M. V... est un prêtre orateur. Tu ne peux te figurer] quel entrain et quelle énergie il possède !
Dans son discours, il nous a développé cette belle parole que le comte de Mun prononça quelques jours avant de mourir :
« Je les ai vus partir, le cœur plein d'idéal, la médaille sur la poitrine et l'hostie à la bouche. »
Hier soir, il nous développa le premier point; aujourd'hui, le deuxième, et demain nous devons entendre le troisième.
Tu vois conime je suis favorisé.
On m'aurait dit, avant la guerre, que, durant la campagne, j'aurais eu de ces moments de consolation, je n'aurais bientôt pas voulu le croire; et pourtant c'est réel.
Dans une autre lettre du 22 décembre, M. C. V... s'occupe de la situation spirituelle des prêtres-soldats autour de lui :
Les prêtres-brancardiers se réunissent, les uns chaque semaine, les autres chaque mois, pour prier en commun, s'édifier et même étudier quelques questions apologétiques et théologiques. J'ai eu l'honneur immérité de donner les instructions de deux récollections aux prêtres originaires d'Arras, de Cambrai et de Luçon. Plongés dans la vie matérielle, privés de loisirs suffisants pour assurer leurs exercices religieux, nos prêtres sont exposés au naturalisme. Ce danger, qu'accentue la longueur de la guerre, ne peut être efficacement combattu que par des réunions périodiques et très surnaturelles.
Voici ce qu'écrit, le 5 juillet i9i5, un autre aumônier militaire, le R. P. A. V..., o. p., prédicateur de Notre-Dame de Boulogne :
Je vous suis bien reconnaissant d'avoir pour moi un
si affectueux sou>enir aux pieds de Noire-Dame de Bouk»«^iie. Placez-moi, ainsi que mes chers soldats, sous sa iiialernelle protection. Qu'elle me garde, si telle est la Nolonté de Dieu, pour que je puisse encore l'aimer et la faire aimer davantage. Je ne pourrai cette année, comme je l'avais promis à Mgr Lcjeune, chanter ses louanges, mais ce n'est, je l'espère, que partie remise.
Votre cher diocèse est toujours bien éprouvé. Puisse la toute bonne Providence écouler les prières de tant de ses (ils qui souffrent et haler l'heure de la délivrance! C'est ( r que je demande tous les jours au Saint Sacrifice de la Messe. Que le sang du Sauveur, uni au sang dont il est iiiosé, soit jjour lui la rédemption, la rénovation et la
Demandez à Sa Grandeur, dont le zèle fait l'admiration de tous, de vouloir bien me bénir ainsi que mes soldats.
Si le R. P. V... n'est guère reconnaissable sous le béret et le costume bleu horizon qui ont remplacé la tonsure et la robe monacales, son fidèle et dévoué compagnon d'armes, le major D..., de Tourcoing, déclare que sa parole, vivante et empoignante, a eu, dans les missions des tranchées, le même succès que dans les cathédrales d'Arras et de Boulogne, ou à Saint-Maurice de Lille; nous l'en croyons volontiers.
Sur le champ de bataille lui-même, l'aumônier se glisse et rampe, après l'action, pour chercher les blessés; voici un portrait, pris sur le vif, dans la région d'Arras, qui le montre à l'œuvre :
La nuit est enfin venue. L'aumônier — un missionnaire d'Afrique, muni d'une barbe qu'aurait enviée le cardinal Lavigerie — a repéré soigneusement les endroits d'où s'élevaient les plaintes. Il a demandé un a patrouil-
leur » de bonne volonté, et les voilà partis, pour cette chasse d'un nouveau genre.
Ils rampent dans l'herbe, sur le ventre. Soudain une fusée illumine tous les replis du terrain; c'est le moment de s'aplatir et de faire le mort. Enfin on arrive. Le prêtre s'étend près du blessé et dans le même sens que lui.
Puis, de deux choses l'une : ou bien le malheureux a encore l'usage de ses bras : il est alors invité à les passer délicatement au cou de son sauveur et à se hisser comme il peut sur son dos. Dès lors, le jiorteur et le porté ne font plus qu'un seul être qui se traîne, s'arrête, observe, essuie des coups de fusil... et ne se plaint pas. On met une demi-heure, trois quarts d'heure pour franchir cent cinquante mètres. On finit par atteindre les tranchées françaises. Et le spectacle recommence...
Mais, cette fois, c'est plus corsé. Le blessé a les mains ovi les bras en marmelade. Xotre aumônier n'est pas troublé pour si peu. Il a inventé un système de courroie pour lequel il prendra un brevet à la fin de la guerre, et grâce auquel il est moralement sûr de ne pas perdre en route son précieux fardeau. Quoi donc ? un cri aurait-il échappé au patient ? Voilà que cinq ou six marmites éclatent aux environs. Nos (( poilus )) suivent le drame avec angoisse. Et quand « la barbe » reparaît, ils sont bien tentés d'applaudir.
De temps en temps, il éprouve, quand même, une déception. L'autre jour, il était sûr d'avoir vu plusieurs blessés remuer, l'un près de l'autre. Il se glisse auprès d'eux et n'en trouve plus qu'un, tapi au fond d'un a entonnoir ». Dans le groupe, inconsciemment ou non, un bras s'était agité au-dessus du sol. Aussitôt une rafale de projectiles s'était abattue sur lui et avait achevé quelquesuns de ces infortunés.
C'est le 9 mai 191 5 que la bataille avait commencé. Dans la nuit du 12 au i3, on trouvait encore, entre les deux lignes, des blessés qui n'avaient reçu aucun secours... A partir du i3, ce fut le tour des morts. On les ramena comme on put, au bout d'une corde, afin de les mettre au moins en terre sainte et de leur rendre les derniers honneurs.
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Quand j'ai vu mon missionnaire, c'était le mardi i8. Il avait trente ou quarante voyages de ce genre à son actif; il venait de se reposer pour la première fois dans un lit, depuis le début de notre offensive.
Il souriait dans sa barbe noire et racontait ses expéditions nocturnes tout bonnement, comme une aventure banale ou un simple fait-divers. Il serait fort étonné qu'en dehors de son régiment, quelqu'un ait pu s'y intéresser,
Gh. GUILLEMANT.
N'est-ce pas à lui que se rapporte cet émouvant extrait du Carnet d'un aumônier, héros lui-même, M. le curé de Saint-Nicolas-les-Arras?
Je salue, mes chers confrères, M. Umbricht, qui ramena sur son dos plusieurs blessés et put ramener aussi le corps du commandant L... Honneur à mon cher abbésoldat, M. Poilvet, vicaire breton. Il avait, avant de venir chez nous, déjà mérité une citation à l'ordre du jour; une deuxième citation ne peut lui manquer; je l'ai discrètement sollicitée pour lui. Pendant toute la nuit (malgré la fatigue d'une longue journée de combat pendant laquelle il a manœuvré le fusil), il se fait infirmier volontaire. \ l'exemple de M. le capitaine de G..., il rampe vers les blessés et en ramène plusieurs dans nos rangs. Des mourants reçoivent de lui l'absolution et il ne prend de repos que quand ses jambes ne veulent plus le porter. L'abbé Hulin est digne de M. Poilvet. Lui aussi sait se dévouer. Les blessés relevés par lui sont nombreux et les soldats qui savent apprécier le dévouement font l'éloge du cher soldat-aumônier.
L'héroïsme de l'aumônier militaire, dans le combat même, peut le mener à la mort (i); nous le verrons
(1) A l'occasion de cet héroïsme, nous sommes heureux de citer ce fragment d'un récent discours patriotique sur la Survivance des âmes, de notre éminent compatriote, S. Gr. Mgr Quilliet,
pour l'abbé Auguste Evrard; en voici, entre bien d'autres, un autre exemple relaté par la Croix de Paris.
Nous venons de sortir d'une jolie fournaise dont je me souviendrai longtemps. C'est, en effet, notre division qui a, le 9 mai, fait la trouée dont il a été longuement question dans tous les journaux de ces jours derniers, et c'est mon bataillon qui a lutté les 9, 10 et 11 pour progresser jusqu'à Neuville-Saint-Yaast et s'y établir.
Comment suis-je encore debout après les rafales de mitrailleuses, les salves de 77 et autres marmites qui ont passé sur ma tête, Dieu seul le sait 1
Une scène touchante entre toutes.
Après avoir franchi les trois lignes allemandes, remplies de cadavres et de prisonniers gardés, nous étions arrivés à une crête traversée par la route de Béthune. lorsque j'eus la surprise d'apercevoir l'aumônier de la division, abbé Dubreuîl, qui sous une pluie de balles, courait de blessé en blessé, pansant l'un, absolvant l'autre, un crucifix en argent dans la main gauche, déjà blessé avi bras et les doigts ensanglantés. Sans que j'aie eu le
évêque de Limoges, qui entoure d'une si vive sollicitude nos prêtres, nos soldats, nos compatriotes :
« C'était le 25 septembre dernier, au front de mon pays d'Artois. L'heure de l'attaque va sonner bientôt. Un de mes prêtres se retourne vers les hommes de son bataillon, celui de tête : « Camarades, dit-il, c'est pour nous le moment du devoir. Il sera dur. 11 en est parmi nous qui ne reviendront pas. Qu'importe ? Dieu nous suit! Que ceux d'entre vous qui tiennent à recevoir sa force divine, se signent, je vais vous donner l'absolution générale. » Et l'on vit ce spectacle impoignant de ces centaines d'hommes, passant le fusil de droite à gauche et décrivant un beau signe de croix, tandis que mon petit vicaire prononçait les paroles sacramentelles. Us s'élancent. Un bataillon, un deuxième, un troisième, tout un régiment est bientôt engagé. Canons et obus, grenades et mitrailleuses, fusils et balles, tous les instruments t:e mort font rage et les pauvres soldats, officiers en tête, tombèrent nombreux. Avec la nuit, la grande voix des canons se tut, et dans le silence on entendait s'élever encore du champ de carnage et de mort, les cris des mourants : « Mon Dieu! Mon Dieu! Ma mère! Maman! »
« Ils appellent leur mère-, ils invoquent leur Dieu. »
temps (le lui faire signe de s'abriter dans un talus, il disparaissait sur la gauche et tombait quelques instants après sous les feux des mitrailleuses allemandes; il agita en vain ses bras pour montrer le brassard de la Croix- Rouge et môme son mouchoir blanc; malgré sa soutane, il reçut plusieurs balles qui le tuèrent net.