XII INTRODUCTION
les biens des citoyens inoffensifs, les personnes désarmées et particulièrement ces deux faiblesses sacrées qui sont : la femme et l'enfant.
L'ennemi méconnaît ces lois; il les méconnaît volontairement, il les transgresse, non d'une façon purement accidentelle, mais d'après une méthode nettement arrêtée et fidèlement suivie.
Avouons-le : on comprendrait encore des actes individuels, des actes isolés de barbarie. La guerre a toujours été l'occasion de crimes plus ou moins nombreux, a Quand on racole des millions d'hommes et qu'on les pousse de force sur un champ de carnage, on est certain de trouver parmi eux un certain nombre d'individus prêts à des actes dont la nation aura honte, et dont le commandement ne voudra jamais prendre la responsabilité. »
Ce qui s'est passé, ce qui se passe encore dans nos provinces envahies montre tout autre chose que de simples accidents. Des rapports officiels parlent d'incendies, de massacres, d'atrocités de toute sorte; de plus, ils démontrent que ces actes n'ont pas seulement élé exécutés d'après un plan froidement prémédité, mais qu'ils sont approuvés en haut lieu et pleinement glorifiés.
5. On a dit : La guerre moderne est un art; la guerre ancienne n'était qu'un instinct; nous pouvons ajouter : la guerre présente est à la fois un art et un instinct : un art très raffiné, un instinct très féroce.
Si féroce, que Nous frémissons d'avance à la pensée du sp>ectacle que Nous aurons sous les yeux quand il Nous sera permis de visiter la portion particulièrement éprouvée de Notre diocèse. Là, que verrons-Nous.'' qu "entendrons- Nous ?
Que verrons-Nous là où il y avait des demeures intactes, des champs bien cultivés et partout le mouvement et la vie .^ Abattue, l'église; en ruines, le presbytère; en cendres, la plupart des autres maisons; abandonnés, les châteaux et les fermes.
Qu 'entendrons-Nous là où les habitants traitaient paisiblement de leurs intérêts, où une jeunesse enthousiaste et chrétienne s'encourageait au bien, où des fidèles nombreux et fervents chantaient et priaient devant les saints
INTRODUCTION XIH
autels? Est-ce que le silence n'est pas là où l'on a fait le désert ?
G. Et pourquoi parler tic ce qui est en dehors de Notre ville d'Arras, quand cette cité elle-même nous offre le plus lamentable amas de ruines qui se puisse imaginer ?
O Arras, ville infortunée qui as cessé d'être belle et n'as point cessé de Nous être chère ! Qui pleurera jamais assez tes sanctuaires dévastés, tes demeures détruites, la fuite éperdue d'un grand nombre de tes fils, les souffrances de ceux qui n'ont pas pu, ou pas voulu le (juitter ? Plus d'une fois, tu as été éprouvée dans le passé; l 'as-tu été aussi terriblement que de nos jours ? Tu as été saccagée par les Vandales et les Huns d'Attila au v« siècle, par les Normands au ix®, par Louis XI au x\"^; toujours tes évoques ont pu te relever; aurons-Nous le mémo bonheur ?
7. Ce qui Nous console, c'est que tant de souffrances auront leur terme et leur compensation, car nous n'oublierons pas de les supporter chrétiennement.
Personne de nous n'étant sans quelque faute, la peine subie peut être appelée un châtiment. Or, le châtiment est stérile, il ne sert qu'à torturer, si la victime succombe avec la résignation passive de l'être sans raison; le châtiment se double d'une faute quand l'homme atteint par lui se révolte, et blasphème la Providence qui le permet; mais le châtiment change de caractère et de nom pour devenir cette grande chose qu'on nomme : l'expiation, quand la souffrance est chrétiennement supportée.
Et elle l'est par un grand nombre d'âmes. Celles-ci reconnaissent avec Lacordaire que la peine toute seule n'expie rien, que ce qui expie, c'est la peine avec le repentir, et elles se repentent; bien mieux, quelques-unes adorent joyeusement la main qui laisse s'échapper tant de maux, parce que c'est la main d'un Père qui ne cesse pas d'aimer ceux qu'il éprouve; il en est qui, devant leur établissement en flammes, peuvent chanter le Te Deum, et Nous en savons qui, au milieu des ruines de leur demeure dévastée, le cœur pourtant déchiré par des sépara-