III. — Enseignement si périeur
Le 9 octobre dernier, Mgr l'évêque écrivait en ces termes à M. le chanoine H. Dutoit, vice-recteur des Facultés catholiques de Lille, mobilisé à Limoges après son retour de captivité en Allemagne :
J'ai reçu et lu avec ua vif i)laibir le premier numéro d'une publication que vous commencez et qui a pour titre : Bulletin de guerre des Facultés catholiques de Lille.
On ne peut qu'admirer un zèle que les dilficullcs n'arrêtent pas et qui vous fait entreprendre une œuvre nouvelle, à l'heure où d'autres du même genre ont dû cesser de paraître. Dieu la bénit dès ses premiers jours, puisqu'il vous a permis de l'inaugurer sous les auspices d'un de vos anciens maîtres les plus vénérés, Mgr Quilliet, évêque de Limoges.
Pourquoi Mgr l'archevêque de Cambrai et Mgr l'évêque de Lille n'ont-ils pas la liberté d'applaudir publiquement à vos nobles efforts ? Ils le feraient si volontiers! Du moins, leurs sentiments nous sont assez connus. En vous écrivant aujourd'hui, je suis sûr d'être leur fidèle interprète, et vous n'aurez pas de peine à reconnaître dans mes paroles, leurs paroles, et leurs encouragements dans les miens.
Parmi les désorganisations causées par le présent état di' guerre, en est-il beaucoup de plus déplorables que celle dont souffre particulièrement notre région du Nord ? De tout ce magnifique ensemble formé de tant de maîtres et d'élèves, de ce corps moral auquel le temps avait donné une si forte unité, une si belle vigueur, que reste-t-il, sinon des membres cpars ? En raison des multiples exigences do la défense nationale, ils sont appliqués à différents services et retenus bien loin les uns des autres. Ceux-ci combattent sur rjmmense ligne du front; ceux-là sont dans
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les hôpitaux, les camps de formation, ou circulent avec les trains sanitaires. Mais, en quelque endroit qu'ils se trouvent, ils n'ont plus le loisir de poursuivre à leur gré les chères études d'autrefois.
Il est vrai que les événements actuels se chargent de faire entendre à tous « de grandes et de terribles leçons ». Ce sont des maîtres ayant une force singulière pour fixer l'attention des plus distraits et faire entrer les vérités les plus graves au plus profond de notre esprit. Aucune discipline ne vaut la leur, s'il s'agit de hâter chez les jeunes la maturité de l'intelligence et la trempe du caractère.
Encore est-il bon que les disciples surtout ne se croient pas abandonnés, et qu'un isolement trop complet ne succède pas à l'ancienne et douce vie de famille si brusquement interrompue. Il faut qu'en dépit de la distance, des communications soient établies, unissant les âmes entre elles et les rattachant à un centre commun. Il faut que chacun se sache toujours connu, toujours aimé, et qu'au besoin il lui soit possible, ou de recevoir des consolations et des secours, ou d'en donner lui-même; il faut qu'on puisse applaudir aux glorieux faits d'armes des vivants et s'inspirer de leurs exemples; il faut enfin qu'on soit informé de ceux qui ont achevé leur sacrifice, afin d'honorer leur mémoire et de prier pour eux.
Et tout cela, si Dieu vous aide, sera obtenu par la publication de votre Bulletin.
Dois-je ajouter, pour en montrer encore l'utilité, qu'il préparera et rendra plus facile la restauration totale de notre chère Université ? Comment tous ne reviendraientils pas avec empressement à VAlma Mater, alors qu'ayant continué de se connaître et de s'aimer, il leur semblera ne s'être jamais quittés ?
A quel moment se fera la reconstitution espérée de la grande famille .!> Personne ne le sait; mais qu'elle doive avoir lieu un jour ou l'autre, personne n'en doute.
Dieu a déjà suffisamment prouvé qu'il avait à cœur le salut de notre pays. 11 veut que nous gardions notre
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place d'honneur au rang des nations civilisées, et qu'au lieu de subir une déchéance, l'Eglise de France entre dans une ère nouvelle, une ère de prospérité mieux assurée cl de plus féconde activité. Or, pourrait-elle espérer cet heureux avenir, si elle ne retrouvait les principaux organismes par lesquels une société spirituelle manifeste sa vie et remplit sa mission ? Et telles sont bien nos Universités en général, telle est bien, en particulier, notre Université du Nord.
A ce Bulletin, dont la documentation précise et abondante permet aux amis de l'Université catholique de Lille d'être renseignés sur ce qui se passe en pays envahi, s'ajoute un Annuaire de guerre, qui s'ouvre par cette statistique, en mars i9i6 :
Le nombre des étudiants morts ou disparus sur les champs de bataille s'élève à loo, ainsi répartis :
Facultés de Théologie, des Lettres et des Sciences.... ii
Faculté de Droit 54
Faculté de Médecine et de Pharmacie g
Ecole des Hautes Etudes industrielles et commerciales. 26
L'Université catholique a fourni aux cadres de l'armée : 10 aumôniers titulaires ou volontaires, 20 capitaines,
^!3 lieutenants ou sous-lieutenants, 27 aspirants ou adjudants.
Au service de santé :
4 médecins-majors de i'® classe, I pharmacien-major de i''^ classe, i5 médecins-majors de 2® classe, i3o médecins ou pharmaciens aides-majors de i'"^ ou de
2® classe, 76 médecins auxiliaires.
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Aux divers services administratifs :
9 officiers d'administration,
6 officiers d'intendance.
Les distinctions enregistrées dans le Bulletin se résument comme il suit :
i4 croix de la Légion d'honneur,
8 médailles militaires, io8 croix de guerre.
Nous trouvons dans ces chiffres, éloquents malgré leur sécheresse, une preuve imprévue et très importante des services que rend à la France l'institution de notre grande Université régionale, non seulement ea temps normal, mais en ces jours particulièrement graves et tragiques : la patrie a besoin, outre le nombre, de spécialistes entendus et dévoués. Les cinq Facultés catholiques et les Ecoles annexes, vivant et se développant depuis un âge d'homme, peuvent être fières d'avoir, sur le front, dans les hôpitaux et les ambulances, dans les services administratifs et scientifiques les plus divers, fourni une élite de professeurs, d'étudiants et anciens étudiants qui se dépensent, sans compter, de la façon la plus efficace.
Si la discrétion, encore nécessaire jusqu'à la fin des opérations militaires, nous empêche de préciser comme nous le désirerions, il nous est cependant permis, — et avec quel bonheur nous le faisons! — de citer les noms, officiellement proclamés, de ceux qui, rattachés à l'Artois par leur origine, leur habitation ou leurs fonctions actuelles, illustrent VAlma mater autant qu'euxmêmes.
Chevaliers de la Légion dlionneur : MM. le profes-
seur GuERMONPREz; lieutenant Eug. de Prat; sousintendant Eug. DE Prat (i); docteur Desoutter.
Croix de guerre : MM. le professeur Henri Boulangé, lieutenant; l'abbé Aug. Evr.\rd; Eug. Trigart; abbé De vos; sous-lieutenant M. Faucon; lieutenant Paul de Clerck; André Roches; lieutenant Henri Gand; docteur Fr. GuiLLUY, deux citations; docteur F. Cadart; lieutenant Benoît Duquesne; docteur V. Desbonnets; docteur Fourdinter.
D'après les renseignements du Bulletin, nous pouvons saluer de loin quelques-uns de nos compatriotes, restés à Lille, au poste du devoir professionnel : M. le chanoine Bayard a repris son enseignement à la Faculté des Lettres, à l'Enseignement supérieur des jeunes filles et dans des cours publics heureusement restaurés; M. le docteur Delépine participe à l'enseignement Scientifique des étudiants du P. C. N. (2); M. le docteur Faucon, — dont nous avons admiré le sang-froid, en apprenant qu'il continuait d'urgentes opérations chirurgicales, à l'école Saint- Joseph, sous les obus, pendant le bombardement de Lille, — continue de se dévouer à ses malades et à ses blessés, avec un zèle particulièrement méritoire. Le Bulletin a bien raison de l'appeler le (( grand héros de la souffrance et du
(1) Le père et le fils ont reçu à Boulogne la croix de la Légion d'honneur, en des promotions différentes, mais sur le même champ -d'honneur. Partageant la même gloire, qu'ils partagent également les félicitations de leurs amis.
(2) M. le professeur Henri Boulangé, blessé, est à peine convalescent à Lyon qu'il a la sollicitude de son cher laboratoire d'Ambleteuse.
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Iravail », et nous nous unissons de tout cœur à ses paroles émues :
Ses deux fils sont tombés au champ d'honneur (i) et au mois d'octobre dernier, le bon Dieu lui demandait encore le sacrifice de sa plus jeune fille, Geneviève. JVous savons quelles nobles paroles de résignation se mêlèrent à sa douleur paternelle et dans quelle héroïque soumission à la volonté divine il se rencontra avec M™® Faucon et ses dignes enfants. iN'ous voudrions pouvoir retracer en détail des scènes qui n'ont leurs pareilles que dans la vie des saints; mais, malgré le grand exemple qu'ils renferment, nous devons une discrétion pleine de respect à des mérites qui n'ont désiré être connus que de Dieu seul, et nous en avons dit assez, pour qu'à cette famille si douloureusement meurtrie et si saintement résignée, tous nos lecteurs se sentent pressés d'apporter, par de ferventes prières, l'unique consolation qu'elle souhaite.
Hélas! Il n'est pas le seul, parmi les professeurs de l'Université, qui ait payé sa très large dette à la patrie : les noms des de Vareilles, des Selosse, des Arthaud, des Gand, des Baltus ajoutent une gloire sanglante à tant d'autres antérieures...
Pour nous limiter aux noms artésiens, nous avons déjà relevé, parmi les morts, — gloire commune des séminaires ou collèges libres qui les ont préparés aux études supérieures et des Facultés catholiques où
(1) L'un d'eux était à Arras au moment de la mobilisation; nous avons gardé un souvenir édifié de son entrain, de son courage et de la piété avec laquelle, à l'une des grandes supplications présidées par Mgr l'évêque, il vint à Notre-Dame des Ardents pour se mettre en règle avec Dieu et se placer sous la protection ae la sainte Vierge.
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ils sont allés, logiquement et fidèlement, s'initier à leur carrière :
Trois prêtres et un séminariste du diocèse d'Arras : MM. les abbés Gabriel Capron et Aug. Evrard, licenciés es lettres; M. l'abbé Mariu§ Bouchez, étudiant en lettres; M. l'abbé Charles Herrengt, étudiant en théologie.
Puis d'anciens étudiants ou étudiants excellents, qui avaient déjà fait leurs preuves, par leur science et leur dévouement aux œuvres : MM. Jean Debout, docteur en droit, d'Arras; André Roches, licencié en droit, d'Arras; Edouard Delétoille, étudiant à l'école des Hautes Etudes industrielles, d'Arras; Jules Maillard, licencié es sciences, ingénieur F. C. L. , d'Auchy-les-Hesdin; Victor Landry, docteur en médecine à Lille.
Ajoutons-y les noms, également honorés, de MM. : Gaston NoUet, étudiant en droit, de Liévin; André Pillain, étudiant en droit, de Carvin; Robert Hollart, étudiant en droit, d'Arras; Marcel Bonnaire, licencié en droit, de Saint-Omer: Eric de Richoufitz, ancien étudiant de l'école des Hautes Etudes industrielles.
Qu'il nous soit permis d'y joindre M. Henri Gand, de Lille, ingénieur F. (]. L., qui, depuis peu de temps, occupait à Desvres, dans l'industrie, une situation importante et dont les qualités et les mérites, si appréciés de tous, ont été l'occasion d'un deuil public, à la nouvelle de sa mort.
Nous devons une mention très respectueuse à trois personnalités qui ont des titres tout particuliers aux hommages de l'Artois.
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M. Paul de Glerck, licencié en droit, membre du conseil d'administration des Facultés catholiques, était parfois prêté à Lille par Arras; mais le centre de son admirable activité, pour les œuvres de charité et de piété, était toujours la ville d'Arras; mayeur de la grande confrérie de Notre-Dame des Ardents, président du conseil particulier des conférences de Saint- Vincent de Paul d'Arras, émule de ses parents pour la façon simple et empressée avec laquelle il se donnait tout entier au bien, — par sa personne et sa fortune, — il gardait à peine le temps nécessaire pour jouir, au château de Bretencourt-en-Rivière, des joies pures auxquelles avait droit l'admirable père de famille qu'il fut toujours.
Ce qu'il fut comme officier, c'est un officier qui le redira, avec autant d'émotion que de compétence, son ancien professeur, M. le capitaine Eugène Duthoit :
La déclaration de guerre trouvait Paul de Clerck dans sa propriété de Bretencourt. En quelques heures, il mettait ordre à ses affaires, bénissait ses six enfants (le plus Jeune avait deux mois), disait adieu à sa femme et partait prendre, comme lieutenant, le commandement d'une compagnie au ... d'infanterie.
Attaché à la région de Verdun, le régiment ne tarda pas à prendre contact avec l'ennemi et mena pendant plusieurs semaines la vie la plus rude. Le lieutenant de Clerck prit bien vite sur les hommes le plus heureux ascendant.
(( Nous sommes trois bons camarades, écrivait-il, parlant des deux autres officiers de sa compagnie et de lui-même, tous bons chrétiens, pensant à l'unisson, vivant courageusement la même vie. Nous essayons de prêcher d'exemple. » Ses hommes l'avaient surnommé le « lieutenant brave-tout ». Dans cet éloge si expressif, Paul de Clerck voyait un hommage rendu à sa foi : « Ils constatent, di-
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sait-il, qu'un bon catholique est un bon soldat; peut-être comprendront-ils un jour qu'un catholique est un meilleiu: soldat. ))
« De Clerck, écrivait son colonel, était au régiment adoré de tout le monde; c'était un caractère, un homme qui imposait le respect. II avait à maintes reprises fait preuve d'un courage héroïque. »
La journée du i6 septembre igid lui permit de donner toute sa mesure. Les officiers supérieurs de son régiment avaient été mis hors de combat. Paul de Clerck reçut en pleine action le commandement de son bataillon et le mena victorieusement à l'attaque de Brabant avec son audace accoutumée.
Le ... prit alors quelques jours de repos bien mérité. C'est le moment pour Paul de Clerck de revivre par la correspondance un peu de vie familiale, a J'ai laissé à Bretencourt, écrit -il, mon cœur d'époux et de père et n'ai emporté que mon cœur de soldat. » Ce fut le moment aussi de préparer son âme à de nouveaux combats. On le vit chaque matin à la Table sainte et, le soir, il entraînait l'assistance qui se pressait autour de lui dans l'église au chant des cantiques.
Le 3 octobre, son colonel l'appela pour lui confier l'attaque d'une position allemande. La tâche était rude. Paul de Clerck jugea aussitôt le danger de l'entreprise et, bourrant sa pipe : « C'est la dernière », dit-il à un camarade; puis il partit en souriant. Accueillie par une intense fusillade, sa petite troupe hésita; alors, saisissant un fusil, il s'élança au cri de : « En avant! » et tomba aussitôt, atteint d'une balle au cœur.
Il repose au cimetière de Chattancourt, au chevet de l'église, enseveli par la main pieuse de son successeur à la présidence de la Jeunesse catholique d'Arras. A son côté est inhumé son jeune sous-lieutenant, sorti tout récemment de Saint-Cyr, avec qui il récitait le chapelet dans les loisirs du soir : ils furent tués en même temps.
(( Jamais je n'oublierai, écrit l'aumônier du régiment, cette triste soirée d'automne, la douleur si sincère des soldats venus de l'avant pour les honneurs, les deux corps couchés sous le porche et couverts de fleurs, les larmes
du colonel, lorsqu'il prit la parole sur le bord des deux lombes. »
Une citation à l'ordre du jour de l'armée honore la mémoire du lieutenant Paul de Glerck. Les larmes et les prières des hommes qu'il avait commandés ne sont pas un moindre litre de gloire. De lui, on peut dire qu'il servit avec le même esprit de foi Jésus-Christ, donl il fui le disciple, la France, donl il fui le soldat, les humbles, dont il fut l'ami, et que ces trois amours n'en faisaient qu'un dans son cœur héroïque.
M. le chanoine Lecigne, s'il fut Lillois par la plus grande partie de sa vie intellectuelle, était resté Artésien, non seulement par son ordination, mais par la ferveur de son amour pour les collines, les plaines, les blés, les traditions d'Artois : il les chantait en vers, et il ne se lassait pas de les rappeler et de les louer en prose, poétiquement.
Nous l'avons déjà cité et honoré parmi les prêtres du diocèse tués à la guerre et par la guerre. N'oublions pas qu'il prit le temps, malgré son surmenage, de consacrer à l'Artois les deux plus belles œuvres de sa dernière année de vie intellectuelle : le discours historique du tricentenaire du collège d'Aire-sur-la-Lys, et la conférence qu'il donna à Boulogne-sur-Mer, sur Sainte- Beuve, à la Société catholique des Conférences littéraires, où sa parole, émule de celle des académiciens et des sommités parisiennes, fut autant admirée que goûtée.
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Au touchant Jubilé qui réunit à Lille l'épiscopat de la province de Cambrai, Mgr l'évêque offrit à Mgr Ed. Hautcœur le titre de chanoine d'honneur de la cathédrale d'Arras.
Hélas! c'était la dernière marque de respect et de reconnaissance que le diocèse pût offrir au fondateur, premier recteur et chancelier de l'Université!
Lui aussi fut, lentement, mais en toute vérité, une victime de la guerre. Il s'éteignit pieusement, à Lille, le 2 2 mai i9i5, avec la douleur de voir suspendue l'activité de sa grande oeuvre.
A la nouvelle — transmise par l'évêque de Limoges
- de son rappel à Dieu, Mgr Lobbedey la fit connaître à son diocèse en ces termes :
Nos bien chers Frères,
Il Nous arrive de Lille, indirectement et sans détails, une bien douloureuse nouvelle : celle du rappel à Dieu de Mgr Edouard Hautcœur, protonotaire apostolique, chancelier des Facultés catholiques de Lille.
Il y a un an environ, avec nos Frères dans l'épiscopat de la province ecclésiastique. Nous avions célébré ses noces d'or sacerdotales dans la nouvelle cathédrale de Lille, dans la basilique de Notre-Dame de la Treille, et ces mots suffisent à rappeler combien fut féconde la carrière ecclésiastique du vénérable octogénaire.
Mais au-dessus de ces souvenirs, — comme au-dessus de la mémoire de ses œuvres historiques de premier ordre, — il Nous faut relever la part capitale que prit Monseigneur Hautcœur, dans la préparation, la fondation, l'organisation matérielle et intellectuelle des Facultés catholiques de Lille. Il en fut le premier Recteur, jusqu'à ce que lui succédât le vénéré Mgr Baunard. Il en demeura
alors jusqu'à la fm l'éminent chancelier, représentant du Saint-Siège près de l'Université pontificale.
L'âge ne diminua en rien la sûreté doctrinale et la constante fermeté d'esprit de l'illustre prélat, dont le nom et l'œuvre resteront l'honneur de l'Eglise de France.
L'heure n'est pas aux oraisons funèbres, mais Nou« tenons à voir Notre diocèse, que tant de lien^ rattachent aux Facultés catholiques, unir dès maintenant ses prières à celles des églises de Cambrai et de Lille, de la famille universitaire et des parents du vénéré défunt. Nous exhortons en particulier tous ceux qui, parmi nous, ont tiré profit spirituel et intellectuel de l'enseignement supérieur catholique, depuis près de quarante ans, à en témoigner spécialement leur gratitude, en recommandant à Dieu l'âme de celui qui en fut l'inspirateur providentiel dans Notre région.
Fait à Montreuil, le 20 juin 191 5.
-|- Emile, évêque.
Il convient de conclure ces pages, humble monument érigé au clergé et aux membres des œuvres catholiques du diocèse, pour leur bravoure et leur dévouement à l'Eglise et à la France. Nous ne saurions le faire mieux qu'en leur appliquant ce résumé précis et ému de René Bazin (i) :
D'après les statistiques les plus sérieusement faites, le nombre des prêtres mobilisés est d'environ 25.000. Ils sont 011 la loi les a voulus, les uns dans les troupes combattantes, à titre de combattants, ce qui est contraire au caractère sacerdotal, les autres dans les formations sanitaires. Parmi ceux qui ont été versés dans les régiments et qui sont à peu près au nombre de i3.ooo, on comptait,
(1) Echo de Paris, 20 février 1916.
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à la fin de l'année dernière, i.iC5 morts pour la France. Dans l'ensemble, et à la même époque, 1.161 avaient été décorés de la Légion d'honneur, de la médaille militaire ou de la croix de guerre.
L'école des Beaux-Arts a perdu 119 élèves; l'école normale supérieure, 87. Toutes nos grandes écoles, enseignement d'Etat, enseignement libre, ont été décimées pour la patrie. Une bravoure naturelle, la volonté de donner l'exemple, ont haussé le cœur de cette jeunesse jusqu'à la joie de se sacrifier. Dans le BiiUelin de guerre des Facultés catholiques de Lille, que j'ai là, sur ma table, depuis quelques jours, j'ai compté 98 victimes. Paris n'est pas plus épargné, ni Angers, ni Lyon, ni Toulouse. Le chanoine Fonssagrives, l'aumônier si connu du Cercle catholique du Luxembourg, rencontré hier, me disait que parmi les étudiants inscrits à la CJonférence Ozanam, et qui devaient rentrer en novembre 191/i, plus de la moitié sont morts, et que le bureau est composé de blessés. Demandez à l'état-major de l'Association de la jeunesse catholique, combien des siens ne reviendront jamais prendre part à ces conseils, dans lesquels une seule question, toujours nouvelle, est agitée : a Comment élever l'esprit de nos amis et de nos frères du peuple de France vers le premier bien qui est la vérité.^ Comment l'aider, comment le défendre contre les profanateurs de sa noblesse et de sa vocation ? »
Nous n'avons plus le temps de nous quereller; nous n'avons pas le droit d'affaiblir notre puissance pour le salut commun, ou de permettre qu'elle soit affaiblie. Un Français m'écrit de Lausanne : « Il faut que l'on sache, chez nous, que nous avons affaire à i5o millions de Bonnets allemands, autrichiens, turcs, bulgares; que, pour ne pas mourir, il faut que toutes les âmes françaises se comportent en héros; il faut dire cela à toute la France, le lui dire le matin, le midi et le soir. »