‹ La guerre en ArtoisChapitre 55 sur 121 · Tu n'ira rsonnes i · texte numérisé non relu

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(1) Récit de la Sœur C... et de M. l'aumônier.

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LE MARTYRE d'aRRAS a/jl

de la cliarilé qui la dirigent. Mais aux jours du péril, l'angoisse y fut double : d'un côté, soigner les blessés; ■d'autre part, veiller sur les malheureux, dépourvus d'un sens, et par là plus exposés à ne pouvoir se protéger, même contre les dangers les plus graves et les plus imminents! Le dévouement de tout le personnel et de M. l'aumônier Deschamps de Pas y pourvut.

Le deuxième jour du bombardement, un obus arriva sur un bâtiment (i) affecté aux garçons aveugles, faisant «crouler la façade extérieure, effondrer l'infirmerie, sans que les enfants, réunis au sous-sol avec une Sœur, reçussent une seule blessure.

Le troisième jour, un obus tomba sur le bâtiment des sourds-muets, occupé par les blessés; il ne causa que des dégâts matériels, ne touchant pas les deux Sœurs qui se trouvaient à quelques mètres de là. Vingt minutes après, une bombe incendiaire projetait à terre deux Sœurs, deux infirmiers, et éclatait à l'entrée de la salle des blessés. En une seconde, tous quatre furent relevés sans une égratignure; on avait retiré de ce même endroit, une lieure auparavant, cinq blessés I

La protection divine se manifesta plus sensiblement encore à la Salle des Concerts, local se trouvant sous la chapelle, et y abritant, depuis le bombardement, quatrevingts personnes. Une deuxième bombe incendiaire tomba à la porte vitrée de cette salle. Ce fut un instant d'effarement, en apercevant la traînée de flammes et en entendant la détonation qui l'accompagnait; dans un élan de confiance, toutes tombèrent à genoux, en récitant le Souvenez-vous et l'invocation à Notre-Dame du Perpétuel-Secours. Un cadre, renfermant l'image de la Vierge invoquée sous ce vocable, placé au-dessus de cette porte, une demiheure auparavant, se retourna de lui-même, face contre l'obus, comme pour lui dire : « Tu n'iras pas plus loin! » Aucune des quatre-vingts personnes n'avait été blessée et

(1) Récit de la Sœur C... et de M. l'aumônier.

n'avait reçu d'égratignure, même des éclats de vitres brisées. Avec quels sentiments d'amour et de reconnaissance les enfants, unies à nos sœurs, remercièrent la sainte Vierge !

Bientôt un autre fléau nous menaça : l'incendie. Des médailles miraculeuses furent jetées dans le foyer, rue de Lolliette, qui nous touchait de près. Avec d'autres personnes, les Sœurs, les enfants, sous la direction de notre aumônier, firent la chaîne et parvinrent à éteindre l'incendie en partie.

Des matelas furent descendus dans les sous-sols, et c'est là que, pendant trois semaines, Sœurs et enfants essayèrent de prendre un peu de repos; leur sommeil était troublé à chaque instant par les canons et les mitrailleuses, et on ramassait des balles ennemies jusque dans la cour.

Le 21 octobre, après la chute du beffroi, le bombardement reprit de 2 heures à 6 heures; nous croyions notre dernière heure venue. Les bras en croix, nous suppliâmes le bon Dieu d'avoir pitié de nous, lui offrant notre vie, s'il la désirait. A chaque obus, nous n'osions regarder ni à droite, ni à gauche, croyant voir nos bâtiments s'écrouler. Des bombes tombèrent sur nos toitures, dans les cours; nous ramassâmes des éclats d'obus pesant jusqu'à neuf kilos, n'ayant pas défoncé la terre; mais nous fûmes,tous et toutes, épargnés.

Près de l'institution des Sourds-Muets, se trouve r Hospice communal des Vieillards. Les bons vieux et les bonnes vieilles y sont sous la direction des Sœurs Augustines; M; l'aumônier de La Forest y entretint, pendant le premier bombardement qui les épargna, une confiance toute surnaturelle. Il n'y avait pas là de blessés, mais des malades et des infirmes, aussi dignes de pitié (i).

(1) Cette remarque s'applique à bien d'autres établissements religieux, — charitables ou contemplatifs, — que les Allemands, con-

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Une partie de l'établissement, les hommes plus valides, avait été évacuée à l'ancienne Chartreuse de Neuville, quand survint, le vendredi 3o octobre i9iZj, à 7 h. 1/2 du matin, la plus terrible catastrophe qui ait ensanglanté Arras.

M. le vicaire général Guillemant en a donné ce récit :

Une nouvelle détonation : c'est l'Hospice des Vieillards qui est atteint. Les pauvres vieilles, qui devaient quitter Arras prochainement, se trou^ aient réunies au premier étage. Elles sont projetées, avec le plancher, les meubles et les lits, au rez-de-chaussée, habité lui-même. C'est une conlusion inexprimable, un nuage de plâtre, des cris, du sang. Quand on peut se reconnaître dans ce chaos, il y a trente mortes et dix-sept blessées, méconnaissables. La Sœur Saint-Pierre, très maltraitée elle-même, blessée à la jambe et au bras, est emmenée à la maison-mère. L'aumônier, M. de la Forest, se prodigue avec une courageuse abnén-ation. Le spectacle est indescriptible (i).

Monseigneur ne peut laisser les victimes sans consolation. Dès qu'une accalmie se fait, il va, à travers les ruines, dans un silence de nécropole, porter un peu de réconfort aux Sœurs désemparées et organiser les premiers secours.

C'était le jour où, de toute l'année, la sortie fut le plus périlleuse. Deux obus éclatèrent à dix mètres de nous. Un instant, au début de la route, on faillit reculer; mais c'était un devoir; on alla jusqu'au bout.

naissant antérieurement la ville, et la survolant fréquemment par des taubes, n'ont pas épargnés parce qu'ils ne l'ont pas voulu : leur emplacement était connu, et leur surface considérable. Tels sont les orphelinats du P. Halluin, de Saint-Charles, de Sainte- Agnès (où périt une Sœur), et le Bon-Pasteur, qui fut criblé d'obus et où périt une « Madeleine ». Il en est de même pour les monastères des Clarisses, de la Providence, des Charlottes, des Augustines, etc.

(1) Les lettres de sympathie et de félicitations, adressées par ]Monseigneur à M. de la Forest et à la Supérieure générale des Augu?tines, donnent le récit navrant des funérailles, plus haut, pp. 23-24.

Monseigneur fut consolateur et père; mais, quand il sortit de l'hospice, dans la rue déserte, il éclata en sanglots. Il alla prier, de là, dans les décombres, au pied du Calvaire de la cathédrale :

0 Crux! Ave, Spes unica!...

Piis admige gratiam,

REISQUE DELE CRIMINA.

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