‹ La guerre en ArtoisChapitre 77 sur 121 · L. DÉ JARDIN · texte numérisé non relu

L. DÉ JARDIN

^3. — Victoires des alliés.

L — Vermelles

Vermelles comptai!, avant la guerre, environ /i.ooo âmes, réparties dans 600 maisons. Le canon a dispersé la population et détruit les habitations.

L'aspect de ce gros village, où les ruines se sont accumulées de façon effroyable, est impressionnant. La vieille église du seizième siècle (dont le portail de style roman était ime curiosité), branle sur ses bases^ seule, la nef principale et une partie du clocher ont ré^sté aux obus.

Les maisons sont trouées, éventrées, rasées; seules, trois ou quatre d'entre elles ont échappé, au sort commun.

C'est le mercredi i/i octobre que prirent position les troupes auxquelles incombait la tâche de prendre Vermelles. Ces troupes en relevèrent d'autres qui contenaient l'ennemi et ne reculaient que pied à pied. Les Allemands s'étaient installés dans Vermelles, d'où ils menaçaient, au sud, le hameau du Philosophe, à l'ouest, le village de Noyelles-lez- Vermelles.

Nos soldats arrivaient de Mazingarbe. Ils donnèrent tout de suite un premier assaut.

Cette attaque eut un résultat important, elle permit d'entourer Vermelles à l'ouest et au sud et de circonscrire l'avance des Allemands.

Le point d'accès le plus difficile vers les positions boches était la route qui va du village au Philosophe. Cette route traverse sur une longueur d'environ 600 mètres un terrain absolument plat et découvert, battu d'ailleurs par les mitrailleuses perchées dans le clocher de Vermelles. Aucun abri, une seule maison sur la droite, en allant vers Vermelles. Cette maison fut atteinte dès la première attaque. Elle fut solidement occupée et reliée, par un boyau parallèle à la route, aux constructions du Philosophe.

Ce même boyau fut prolongé dans la direction de l'avant quand, le 18 octobre, une autre attaque nous conduisit jusqu'aux abords immédiats du village, à la Maison verte. Cette maison, la première de Vermelles, est orientée vers le Philosophe. Nos soldats la nommèrent ainsi parce qu'elle a des volets verts. Elle ne perdra jamais son nom.

Ce fameux boyau, bien visible encore le long de la chaussée, fut pendant plus de six semaines la seule voie d'accès à Vermelles. C'est à travers cet étroit passage que circulaient combattants, blessés, ravitaillement, munitions.

La guerre de rues allait commencer. Chose curieuse, c'est le côté droit de la route (celui de l'Est, vers Lens) qui fut conquis d'abord par nos troupes. Le côté gauche, côté Ouest,

fut gagné ensuite, par des attaques de front et de flanc, dont on comprend l'orientation.

De chaque côté, l'avance se faisait maison par maison. Quand on avait progressé, on reliait les caves des deux habitations attenantes et l'on s'y installait.

Le commandant français eut une idée géniale. Il fit venir deux canons de montagne, du calibre 80, qu'on amena démontés par les boyaux. Ces pièces furent mises en batterie dans les maisons. On perça dans la façade une étroite meurtrière, juste de quoi laisser passer la bouche de l'engin et on envoya de la mitraille à sept ou huit mètres de distance. Quand les canons commencèrent à cracher, les Boches poussèrent des cris effrayants et nos a poilus » bondirent d'enthousiasme.

Le château était la citadelle de la résistance; il est, comme la brasserie voisine, la propriété de M. Maurice Wàttebled.

C'est une construction moderne, solidement faite. Les voûtes de ses caves sont en briques, entre fers à T. Les obus, arrivant à profusion dans l'immeuble, firent écrouler murs et toiture sur ces voûtes, les couvrant ainsi d'une couche de débris atteignant plusieurs mètres de hauteur. Les voûtes n'auraient pu supporter ce poids énorme, sans les étançons de bois que les Allemands disposèrent en très grand nombre dans les caves, les multipliant à mesure que s'accentuait la poussée. Les Boches relièrent ces caves, par des boyaux de plain-pied, aux lignes de tranchées qui sillonnaient le parc et se flattèrent d'occuper ainsi un réduit inexpugnable.

Ils comptaient sans nos « poilus ». Ceux-ci, ne pouvant les attaquer de face, résolument de les prendre par-dessous et de les faire sauter en l'air.

Quand la progression du côté droit de la route fut assez avancée, deux sapes souterraines furent entreprises, à soixante mètres environ du parc du château. Elles furent creusées durant tout le mois de novembre. Dans les galeries souterraines, nos soldats se passaient la terre de mains en mains dans de petits paniers semblables à ceux qu'on emploie pour enfourner le pain. Ce fut un travail considérable,

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<iu'i dura un mois, dans le plus grand secret et le plus profond silence. En fait, les Allemands ne se doutèrent jamais -de rien.

Le i®^ décembre, on était à pied d 'œuvre. Six cents kilos -de mélinite étaient amoncelés, en deux foyers. A lo heures du matin, on y mit le feu. L'explosion fut très sourde et produisit deux excavations énormes, recouvrant en outre de terre toutes les défenses allemandes.

Deux bataillons d'infanterie française, renforcés de spahis, s'élancèrent. En un clin d'œil, ils occupaient le château, le parc et les dépendances. Les Allemands, abasourdis et démoralisés, n'opposèrent qu'une faible résistance.

Les Boches se cramponnèrent pendant une semaine (i).

(1) Voici quelques autres détails tirés de la correspondance de témoins oculaires.

1° La surprise du château :

« Ma compagnie, la 2% était à gauche. En une demi-heure, se faufilant à travers les corons, le revolver au poing, les « arbis », qui, pour la circonstance, avaient troqué burnous, bottes, éperons contre les bourgerons bleus et des culottes de velours, ont réussi à surprendre les Boches à l'heure de la soupe, dans les caves du château.

L'affaire de ces messieurs fut rapidement réglée. Sur 50 qu'ils étaient à se goberger, on fit 20 prisonniers, dont cinq officiers.

Les femmes des mineurs, les gosses aux cheveux jaunes ébouriffés, couraient après eux en vociférant, en tendant les poings vers ces gens qui, depuis deux mois, ont tout dévasté chez eux. »

3" Le pillage :

« On rencontre des traces nombreuses de l'installation des envahisseurs. Des armes brisées, des effets d'équipement, des linges tachés de sang, des bouteilles et des verres, quelques-uns encore pleins, des boites de cigares, des bicyclettes en grande quantité et dans un état lamentable... Ces bicyclettes ont été volées dans le bassin houiller; sur l'une, on a relevé le nom d'un habitant de Carvin. Çà et là gisent des écrins, vides de leur contenu d'argenterie. Cuillers et fourchettes ont depuis longtemps pris la route de l'Allemagne.

Et au dehors, ce sont surtout des tombes allemandes. Il y en a une quantité, un peu partout. D'autres cadavres pourrissent dans la plaine. On a même retrouvé, déjà putréfiés, les corps de deux officiers allemands, percés de balles allemandes, le cou scié en outre avec un acharnement inouï de cruauté. Ah! ils sont bien aimés de leurs hommes!

Près de la fosse numéro 4 des mines de Béthune, les Boches ont même transformé un jardin potager en cimetière. Les petites croix de bois blanc s'y pressent en rangs serrés. Les tertres sont entourés de culs de bouteilles correctement alignés. Et les tombes sont

Puis brusquement, le dimanche 6 décembre, ils plièrent bagage, abandonnant la brasserie, l'église et toute l'importante agglomération de Vermelles.

Les cinquante-deux jours du « siège » ne nous coûtèrent pas deux cents hommes en tout. Quant aux Allemands, ils éprouvèrent des pertes beaucoup plus sensibles, si l'on en juge par le nombre des petites croix qui ont poussé le long des routes et dans les jardins...

On peut le dire, la prise de Vermelles est l'un des plus magnifiques épisodes de la guerre des tranchées (i).

Une correspondance nous tient au courant des services spirituels que les aumôniers rendirent pendant le siège de Vermelles (2) :

« Que font nos prêtres ? Ils sont trop occupés tout d'abord pour songer à faire autre chose que leur métier de soldat. Mais, hélas ! les circonstances les obligent à venir au secours spirituel de leurs camarades qui ont ainsi la consolation pieuse de recevoir une absolution à l'heure suprême.

L'un d'eux reste sur le terrain, l'abbé Laforgue, soldat, au ...®, en donnant l'assaut dans les rangs de sa compagnie. Deux autres tombent aussi, l'un mortellement blessé. Ceux qui restent, à mesure que le secteur se calme, cherchent le moyen d'organiser le service religieux, et après trois semaines de séjour, le culte est rétabli dans la petite église du PJiilosophe.

Les grandes fêtes de la Toussaint et des morts se sont passées sans solennité; seuls quelques privilégiés ont eu la joie d'aller à la messe au village voisin. Aussi, dès la nouvelle connue, vient-on nombreux et assidus aux offices tout inilitaires de la fin de novembre. L'église a été bombardée, le froid pénètre par les trous de la voûte et les fentes des vitraux; on procède avec rapidité, d'autant plus que la

couvertes de couronnes de perles, enlevées aux cimetières des villages avoisinants. Curieux spécimen de la « Kultur » germanique: >»

(1) Patriote du Pas-de-Calais, 2S mars 1915, sous la signature d'Henri David.

(2) Voir l'excellente revue A nos soldats, janvier 1916, p. 16: les numéros suivants continuent de renseigner sur les épisodes de la guerre en cette région.

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première ligne est à moins d'un kilomètre. La messe est célébrée sans sermon, et sans chants, mais combien réconfortante quand même !

Peu à peu l'ennemi recule et, la sécurité grandissant, un cantique résonne et nos prêtres nous parlent. Le curé de la paroisse revient et prend la direction des cérémonies, les sœurs de Saint-Vincent de Paul rentrent à leur tour et la vie renaît totalement quand Vermelles est délivré de l'occupation allemande. »

IL — Neuve-Chapelle

Neuve-Chapelle est à la limite du pays de l'Alleu, dans une contrée marécageuse, sur la route de La Bassée à Laventie. Une autre route, en ce pays d'accès difficile, conduit au bois du Biez, à l'est, et à Piètre, hameau du bourg d'Aubers, qui est séparé de Neuve- Chapelle par le ruisseau des Layes.

Ce sont c-es positions que l'armée anglaise, après avoir préparé l'offensive par le feu de 35o canons, a attaquées et prises, du lo au 12 mars i9i5, enlevant ces trois lignes de tranchées ennemies sur une profondeur de 2.5oo mètres, en avant de Neuve-Chapelle. La cavalerie anglaise fit la poursuite sans rencontrer de cavalerie adverse. Plusieurs milliers de prisonniers furent faits en trois jours, et le communiqué anglais évalue les pertes allemandes à 17 ou 18.000 hommes.

L'honneur de ces brillants combats revient au IV® corps anglais, et surtout aux contingents indiens, qui firent preuve d'une bravoure héroïque, en se ruant à l'assaut des positions. Les Gurkhas firent un terrible liiravail ^t semèrent la panique parmi les Allemands (i).

(1) Les opérations militaires, vers La Bassée, n'étant pas achevées, 11 est prudent de les omettre totalement.

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