‹ La guerre en ArtoisChapitre 83 sur 121 · I. Leçon bien retenue · texte numérisé non relu

I. Leçon bien retenue

La petite, longeant le bord de la rigole,

Avec les pieds dans l'eau, revenait de l'école...

Le maître avait causé tout paternellement :

<( Songez que vous vivez au chaud, tranquillement,

SUR I.E FRONT d'.VRTOIS 389

Pendant que les soldats, pour défendre la France, Mes chers petits enfants, n'ont jamais cette chance De pouvoir se sécher, se reposer, trouver Un bon logis, le soir, afin de se chauffer, Une douce maman qui vous fait des tartines Et, bien vite, vous dit : « Tiens ! change de bottines ! » — Songez qu'ils sont partis, depuis bientôt deux ans, En laissant au pays leurs biens et leurs enfants. Et que d'un gros chagrin vous seriez une cause. Si vous ne vouliez pas bien comprendre la chose!...

— Et puis, il faut aussi penser aux malheureux Qui sont là-bas, si loin, prisonniers, à tous ceux Dont la vie est encor plus terrible qu'en France, Ceux dont nous ignorons la lugubre souffrance

Et qui, peut-être, hélas! ne nous reviendront pas!...

— Mes chers petits enfants... songez à vos papas!... »

Et la petite fille avait quitté l'école Et, pensive, marchait le long de la rigole. Où, sans le remarquer, ses deux mignons souliers Prenaient la boue et l'eau, mouillant ses petits pieds. Elle arrive au logis; la maman la questionne : « Qu'a-t-on fait .^^ Qu'a-t-on dit? Donne tes souliers...

[donne !

•(( Mais ils sont tout mouillés!... Où donc as-tu passé?... « Et ton jupon de boue est tout éclaboussé ! <( A quoi pensais-tu donc.*^... »

AJors, sous l'œil sévère, L'enfant, pour attendrir le regard de sa mère. Dit simplement ces mots que son cœur lui dicta : « Ma petite maman, je pensais à papal... »

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