‹ La guerre en ArtoisChapitre 84 sur 121 · Lettre d'un papa vendéen à ses enfants · texte numérisé non relu

Lettre d'un papa vendéen à ses enfants

Mes chers petits enfants, du fond de la tranchée.

Où, depuis de longs mois, je suis enseveli.

Je songe bien souvent à ma chère nichée.

Qui, me sachant si loin, ne m'a point en oubli.

39o LA GUERRE EN ARTOIS

La mort est là tout près, par delà la barrière, Et, jusque dans la nuit, tonnent les noirs canons : Je dois, alors, changer mon sommeil en prière; Mais mon cœur se repK)se en murmurant vos noms.

Je vous appelle tous, aimable litanie, Qui calmez mes chagrins en ravivant ma foi : Car je sens que mon âme à votre âme est unie Bien plus fort, quand j'ai dit : « Mes fils, priez pour

[moi ! »

Je prie aussi pour vous : j'ai toujours dans ma poche, Don de votre maman, mon petit chapelet; Et lorsque, un peu trop près, quelque balle s'approche. Du ciel on doit lui dire : « A côté, s'il vous plaît! »

Je n'ai pas encore eu la moindre égratignure; Mais on n'est jamais sûr de vivre en ce milieu; Le plus sage est d'avoir toujours son âme pure. Pour monter, s'il le faut, tout droit chez le bon Dieu.

Je suis tout près d'Arras, et j'ai dans mon idée Que notre saint Evêque, étant de par ici. Le ciel a dû choisir les gars de la Vendée. Pour mieux garder l'Artois et lui dire : Merci !

Oh! s'il m'était donné d'aller pousser la porte Du jardin où Sa main d'enfant semait des fleurs, Comme j'en cueillerais un bouquet qu'on emporte, Et le Lui passerais, tout baigné de mes pleurs I

S'il fallait qu'en soldat votre père finisse Ses jours près du berceau qui vit poindre les Siens, Dites-Lui, chers petits, qu'il vienne et qu'il bénisse Ma tombe, quand auront fui, vaincus, les Prussiens.

Sous le tertre inconnu que voilerait la mousse Je dormirais, ce semble, aussi bien que chez nous; Et la terre d'Artois me paraîtrait plus douce, Si mon Evêque, un jour, y ployait les genoux.

Mais que si je reviens, je Lui parlerai d'elle. De ses beffrois croulants, de ses champs dévastés; Pour mieux L'en consoler, je serai plus fidèle, Çt me ferai gardien de nos fidélités.

SUR LE FROiXT d'arTOIS 39i

Nous reviendrons, mes fils, et bientôt, je l'espère : Je vous raconterai, très humble, mes exploits; Et, lorsque Monseigneur passera, votre père Sortira de son cœur quelques fleurs de l'Artois.

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