‹ La guerre en Picardie, 1914- 1918Chapitre 2 sur 22 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La Picardie, par sa situation géographique et son territoire composé de plateaux peu élevés ou de vastes plaines, a toujours eu a souffrir, au cours des siécles passés, des invasions étrangéres. Elle n’a pas été davantage épargnée durant la terrible guerre de 1914.

Placée & l’avant-garde des frontiéres francaises, cette province eut a subir de tout temps le choc des armées qui envahirent notre pays par le nord.

Au temps de la conquéte de la Gaule par Jules César, les farouches Nerviens, comme les appelle Michelet, et les Vero-

manduens,ontdéfendu intrépidementleur sol comme l’ont encore fait, en aout 1914, les territoriaux picards A la bataille de Bapaume et les mobilisés de la Somme au combat de Guise.

Plus tard, au v° siécle, lorsque les invasions barbares déferlerent dans le nord de la Gaule romaine, beaucoup de villes et ae villages détruits alors ne furent point reconstruits. Le bourg de Vermand, entre Péronne et Saint-Quentin, fut complétement anéanti par les Huns, et il en fut de méme du village de Lihons, que les Allemands, au début de la guerre, n’ont pas davantage respecte.

Les Normands, quelques siécles apres, renouvelérent les ravages des précédentes incursions dévastatrices.

Avec la guerre de Cent ans, le Santerre connut toutes les horreurs, toutes les miséres, toutes les atrocités qu’améne avec elle l’invasion.

La petite ville de Nesle a été saccagée

par Charles le Téméraire, qui entra a cheval dans l’église oti s’entassaient des monceaux de cadavres. En 1536, Péronne a brisé la ruée des armées de Charles- Quint vers Paris, et en 1874 elle supporta un nouveau siége et un furieux bombardement.

A Corbie, Louis XII et Richelieu, apres un terrible combat, culbuteérent les Impériaux. Dans une curieuse lettre du poéte amiénois Voiture, on peut lire ces lignes qui s’appliquent admirablement aux Allemands d’aujourd’hui: « Ces gens si déterminés qui devaient percer la France jusqu’aux Pyrénées, qui menacaient de bradler Paris nous laissent attaquer et prendre par force une place qui leur était importante ».

Pendant cette méme guerre de Trente ans, le cruel Jean de Woerth se livra en Picardie aux pires barbaries, en pillant, détruisant, incendiant sur son passage, depuis Amiens jusqu’a Ham et Saint-

Quentin, villes et villages sur une largeur de dix-huit lieues.

Durant les guerres que soutint la Convention, nos campagnes picardes furentde nouveau parcourues par les armées étrangeres et, aprés linvasion de 1814, des routes prirent le nom de Chemin des Cosaques en souvenir de litinéraire suivi par les armées coaliséescontre la France.

En 1870-71, les troupes francaises et allemandes se sont battues sur la route d’Amiens 4 Roye, la cité martyre d’aujourd’hui; elles se sont battues prés de ces villages du Quesnel, de Parvillers, d’Andechy, ov les nétres ont encore été aux prises avec les soldats de Guillaume.

Enfin, Lihons, Erleville, Foucaucourt, aujourd’hui dévastés, ravagés, presque anéantis par les hordes teutonnes, ont déja souffert d’elles pendant l’autre invasion ; comme aujourd’hui, elles y ont promené le carnage et!’incendie ; elles y ont

comme aujourd’hui tué des vieillards et des femmes.

Ah ! oui, le Santerre est bien la terre de sang: jamais elle n’a mieux mérité ce nom qu’a présent, mais jamais elle n’en a bu autant, répandu sur elle par Yennemi, par l’envahisseur, dont nos soldats dauphinois, savoyards, bretons et picards ont fait d’effroyables hécatombes.

Ce livre, s'il encourt le reproche d’étre a Vheure actuelle incomplet, a du moins le mérite d’étre sincére, car il a 6té écrit d’aprés des témoignages authentiques et les récits de personnes dignes de foi.

Man.

Malakoff, le 20 novembre 1918.

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