I.V OIEHRE
lUon. Y a-t-il longtemps qu'on a conJamné les es de monarchit^ universelle, de peupleroi, jo'on a substiliK' au prineipc niairai.snnl Hosrivaliti'-s de nalions IV-mulaliou et le cùncours réciproque à la richesse, à l'ennoblissement de l'humanité ; qu'on a entrevu l'idée, qu'on a pnmoncé le nom des Èlals-Unis de l'Eiirop/' ? Y a-t-il longtemps qu'on cesse do proposer aux enfants le guerrier, le conquérant comme le type de l'hommo fort, et de célétjrer la gloire des armes comme la plus digne d'envie?
Non, l'applicalion du priiuipe chrétien, de la ix proclamée par les anges de Bethléem, aux jueslious internationales est encore une nou- ^auté. Cette vérité n'a pas encore été servie par les apôtres assez nombreux ; elle est restée un Jeu d'esprit, une noble déclamation, elle ne s'est )as emparée de l'opinion publique, elle n'a pas )urilié le patriotisme de ses préjugés et de ses déiances, elle n'a pas forcé les hommes qui font de îa politique pratique à compter avec elle; ceux qui l'aiment, qui lui sont dévoués, doivent redoubler d'effort pour organiser une propagande plus efficace, pour résoudre les difficultés et les objections des adversaires; ce n'est pas une ba-
LA r.DERlIB
taille gagnée ; on avait pu le croire, aux applaudissonients qui l'avaient accueillif ; ruais elle n'était [tas entrée dans les conseils dos nations. Toutefois, il n'est pas permis de désespérer, car la germination des idées est lente, et les erreurs ne s'évanouissent pas, comme les nuées, au premier coup de tonnerre.
Du reste, les progrès accomplis, qu'il ne faut pas méconnaître, sont une promesse et un encouragement. Comparez la guerre antique, la guerre à l'état permanent, la guerre impitoyable comme celle de Chanaan, qui détruisait tout, villes, hommes et bestiaux, à la façon de l'interdit, qui réduisait le vaincu à l'esclavage, en faisait la propriété du vainqueur, qui massacrait les prisonniers ; môme la guerre du dernier siècle où tant de villes étaient livrées au pillage, où les femmes et les enfants n'étaient pas toujours épargnés, avec la guerre de ces dernières années, guerre courtoise et humaine, où la fureur des combattants fait place, après la bataille, à un échange de politesses et de prévenances, où les prisonniers sont bien traités, où les blessés sont soignés avec dévouem-cnt dans les difl'érentes ambulances ; et vous constaterez avec un vrai
LA liDERRE
soulagement que la b(Hc humaine a cependant [été muselée, et que si encore elle est trop soii- I vent déchaînée, la conscience [lubliquo en a honte et qu'on essaye de diminuer les horreurs de la guerre, en attendant qu'on la proscrive, qu'on la mette au han des nations, comme l'homiciile or- , gauisé. Ne nous laissons pas égarer par la aurrarise et la douleur que nous cause cette appai'i- Ition inattendue de la guerre: malgré l'écho répété j de toutes les fanfares, en dépit de toutes les couronnes et de tous les chants de Iriomplie, elle )rte au front le signe de la malédictiou, clia((uc jour elle perd du terrain, et sous les rayons de l'Evangile de paix et d'amour, elle descend k l'horizon pour disparaître et s'effacer dans les ténè- I) res de l'âge de fer !
Il y a dans l'histoire un petit peuple, souvent fçonquis, foulé aux pieds des nations, transporté [en exil, décimé, écrasé, et dont la littérature est lie plus hel enseignement de conslance et de l'i>i Idans les revers, que l'humanité ait jamais entendu I
3'i) La IJUEKKE
iJîuis riiumilialiûu ilc la diilaito, les fers aux mains, loin de la pairie, Israël n'a jamais désespéré ; du présent troublé, il en a appelé avec une persévérance liéruï<iuc à un avenir glorieux; et ses prupLètes, ses poètes ont toujours ranimé son courage, en lui peignant sous les couleurs les plus éclatantes une ère de grandeur, de juslice et de paix. C'est en vain que les vainqueurs l'ont raillé et soufllcté ; peuple idéaliste, il n'a jamais sacrifié son espérance à la réalité mauvaise ; et pour calmer les ennuis du captif, les ressentiments du vaincu, il a contemplé dans le lointain cet âge mesaianique , où chacun vivrait (faiiquidemetil sous sa vigne el son figtder, et où les épées seraient forgées en hoyaux. Utopie, chimère, attente toujours déçue ! mais du moins ils ont sauvé leur àme du marasme et de la honte du scepticisme: ils ont pu se relever de tous leurs désastres pour citiirir au-devant de l'avenir et le préparer.
Ils se sont trompés sur l'heure, sur la forme du royaume messianique ; mais ils ont eu l'honneur de promettre à l'humanité un royaume, un ordre de choses dont la beauté a dépassé tous les tableaux qu'avait ti'acés l'imagination orientale.
LA CUERRE
lissons-nous transporter par cet exemple ; reje- !>ns de notre sein celle philosopliie dL'solt'O qui, )ns prL'texle de tout oxpliijuei', do rendre compte le tout, justifie tout, légiLtmo tout ce qui est. Ion, j'en atteste la conscience humaine qui ne But mourir, sur le théâtre de l'histoire ce qui ït n'est pas ce qui doit Mre, ce qui doit durer ; jut au contraire, c'est ce qui doil cesser d'être, ce |ui doil se transformer, pour laisser apparaître ms sa divine heauté un ordre supérieur, un procès vers l'idéal !
Dans cet élan vers l'avenir, dans cette foi infincible au progrès, ce qui soutint IsraOl à travers jutes les péripéties de sa lamanluhle histoire, 'est l'idée grandissante qu'Israël n'est pas le peuple unique de Jéhovah, que la sollicitude et lia protection de rÉlcrnel s'étendent sur ces nahions mêmes que rorgu<!il juif avait longtemps rouées à la malédiction implacable du Tout-Puisfeant. Le m&me souflle qui porte le prophète aulessus des ténèbres et du chaos du présent, balaye les derniers restes du particularisme aveugle ; et la même foi qui n'accepte pas comme définitive la défaite du juste, du bien, embrasse tons les peuples dans une étreinte de fraternité.
■Sfe
LA C.UERRE
Les paroles de mon texte à ce point de vue sont
admirables dlntuitiou et de justesse.
Le paganisme a favorisé la permanence de la guerre en dispersant sur diverses divinités l'adoration et le culte des hommes ; les jalousies et les haines nationales ont été fomentées par les jalousies et les disputes des dieux, pur leurs compétitions au gouvernement suprême. A mesure que le polythéisme s'est dissipé sous le regard indiscret de ta science, des études critiques et philologiques, l'antagonisme des races et dos peuples s'est refroidi, et la victoire du monothéisme assure la reconnaissance de l'unité des hommes et clés peuples au milieu de la diversité des cos- -t limes et des langues. Le christianisme n'a fait iju'accélérer ce mouvement d"uuilc et de pacifica tien en débarrassant la religion de toutes sesétroitesses, en plaçant le sanctuaire, oii Dieu se révèle, dans le cœur pur. Plus l'homme pratiquera le christianisme, plus il lui conservera son caractère spirituel et moral, plus ce christianisme sincèx'e rapprochera les hommes, plus il rendra la g-uerre impossiJjIo. Quand on a adoré en esprit et on vri'ilé le nième Dieu, quand on a répété la xiièiiie prière, k J^olrc Père qui es aux ciciix... »
tA OCBRSB
Et si notre culte est sérieux, il fera passer dans nos âmos la volont(5 et la force de Dieu, et nous pourrons reiaire le rt^ve d'Isaïe ; nous ne cesserons d'altonilre, de souhaiter Tèro de paix où tes épées seront forgées en socs de charme, où une nation ne tirera plus l'épée contre une autre nation, où l'on n'apprendra plus la guerre !
Nous proolamerons que la paix est le but constant des efibrts do riionime, la condition durable des sociétés humaines. Jlalgré les triomphes de la force* nous affirmerons que les établissements fondes sur la violence ne durent pas, qu'ils s'effondrent un jour avec un bruit de tempôte ; nous soutiendrons que la force ne prime pas le droit, et qiie la libre persuasion, le consentement volontaire, sont les seules colonnes des édifices solides. Patients comme Dieu, qui a l'éternité pour réaliser ses desseins, nous nous plairons à répéter avec le grand naïf de Nazareth, comme pour nous venger des insultes et des revers du présent : " Heureux ceux qui sont doux, parce r/ir ils posséderont la terre! »
Chaicauroai. — Typ. el Stér. A. MELLorrkK.