‹ La guerre et l'homme:Chapitre 26 sur 36 · BéûitB d'un soldat, p · texte numérisé non relu

BéûitB d'un soldat, p

relie avec mes compagnons d'infnrfimc et nous

fùmeâ dirigés de Raab sur Vienne l*assr

Pappa, plus de chirurgiens, plus de pansemenlî^. Ma jambe, enflammée et grosse coiiniie mon corps, me faisait horriblemenl soiifirir.,.., A la merci des paysans hongrois qui nous trans])oi"taient, nous étions enlevés brutalement le malin par eux du lieu ou nous avions passé la nuit. Entassés sur leurs charrettes, souvent san?^ vivres ou n'en recevant que de la eharilé publique et traînés douloureu:^ement au gîle nouveau, en essuyant encore parfois les Injures de nos conducteurs. A l'arrivée, le soir, on déchnigeait les voitures avec autant de brutalité qu*on les avait chargées le matin, et nous étions jetés dans une écurie, grange, ou autre lieu semblable ayant déjà servi à cet usage, souvent infect et rempli d'ordures et de vermine, )j A Œclombourg on l'abandonne seul sur la place à onze lieures du soir. Malgré tout, plus heureux que beaucoup de ses coiupagnon^, il parvient jusqu'à Vienne, mais dans quel état! k la ebemise pleine de vermine^ » la jambe si désespérée, que l'amputation est en perspective. A Vienne, les premiers soins enrayent le maL Mais voici qu'une bataille se livre aux environs; les chirurgiens sont jïour la plupart rappelés à l'armée. Le peu qui reste ne peut suf-

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fire aux pansements de 7 à 8.000 blessés entassés dans ce lieu. Et on y meurt épouvanlablement. Routier se soigne lui-même, fait de la charpie avec ses draps; mais il manque d'argent et par suite de bien des choses nécessaires. Les chirurgiens reviennent; on le guérit à demi. Après quarante jours il sort de Thôpital sur deux béquilles.

Des milliers, des millions de soldats sont passés par ces épreuves ; la parole n'en peut donner qu'une idée très faible. Mais le soldat qui les a connues ne s'en souvient qu'en frissonnant. Au point que dans le combat, plus tard, la peur d'être blessé domine toute autre peur; à être blessé de nouveau il préférerait d'être tué raide K

Puisqu'une armée perd toujours quatre à cinq fois plus de monde par les maladies que par le feu ou le fer (et même jusqu'à dix fois), un homme qui va à la guerre, s'il se sent en veine

1. Cela se passe en pays étranger ; et Routier est confié aux mains de paysans hongrois, remarquera-t-on ; mais n'arrive-t-il pas souvent que le blessé soit ramassé par l'ennemi ? J'aurais bien voulu parler des misères du prisonnier de guerre, blessé ou non, mais j'ai dû, ou en tout cas j'ai voulu me borner. Que de choses j'ai éliminées !

d^appréhensions, devrait donc se dire, non pas; (c Je recevrai une balle dans la tète ou un roiip de sabre dans le venire », niais : « Je mourrai du typhus, ou du choléra, ou de la petite vérole, ou du scorbut. » La mort du héros, la plus commune, la plus probable, n^est donc pas celte belle mort que le publii' imagine, au grand im, sur un vaste théâtre, [Kirnii les cris de guerre ou de triomphe, dans le tintHinarre grandiose de la canonnade, sous Vimmense et superbe fumèe^ de la poudre montant au soleiL Après une agonie assez longue, parA^enu à un degré de consomption assez aflreux, le héros expire sur un lit d'hôpital en fer^ dans une salle blanchie à la chaux, au milieu d'une atmosphère cmpealée par sanies, les gangrènes, les déjections, entre les bras d'un infirmier. Telle est la mort contre laquelle le soldat doit se prévenir et se prémunir. Il n'est donné qu'à un bien petit nouibre de ceux-là même que les balles ont atteints, de rendre leur dernier souille aux pieds de leurs compagnons, sur le cliauip de bataille.

Après lecture du livre de Desgenettes

Moi. — Voyons, pour vous, M. le ehirurgienj qu'est-ce que la guerre !

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