‹ La guerre et l'homme:Chapitre 28 sur 36 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

La guerre et le reste *

La guerre, selon quelfiuos-uus, aurait élé promotrice de progrès. En quel genre, s^il vous plaît ? Est-ce qu'elle nous a avancés en humanité, en douceur? Si on arrivail à le démoutrer, ce serait curieux; maïs on Tie is'est pas encore avisé de la tentative. La guerre a-t-elle appris à mieux respecter le bien d^atilrui ? On ne prétend pas cela. Est-ce qu'elle aurait modéré la brutalité génésique du màle^ lui aurait révélé le charme de la pudicité ? On ne le croit pas davantage. Et alors ? — « La guer'i'e a donné à rhomme l'habitude de l'énergie. » — N'ullà! un convient que la guerre ne rend ni plun humain, ni plus équitable, ni plus probe, ni plus chaste, bref plus

1. Quelques rapports seulcm<:nt de la guerre avec le reste. Ce chapitre appartient à la sociologie plutôt qu'à h psychologie; il ne contient que quelques traits d'une esquisse qui, complète, formerait assuréniciit un gro* ouvrage.

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moral en aucune faron ; mais, ne nous plaignons pas, ne réclamons pas, car elle rend plus énergique. Est-ce que cela ne trahit pas bien ce culte dominant du courage, dont j'ai déjà tant parlé ?

La guerre a-t-elle été créatrice de richesse ? Nul encore n'a été assez osé pour le dire. Est-ce la guerre qui a libéré Thomme de ces fatalités naturelles, la pesanteur, Tespace, le temps, les saisons, les climats, qui d'abord le garottèrent si étroitement? En réalité, ce double ouvrage a été accompli par les inventions mécaniques^, et quelles inventions doit-on à la guerre ? Est-ce le feu ? le bateau ? la roue ? la charrue ? la lampe ? l'écriture ? le chiffre ? la note ? la vapeur ? l'électricité? La guerre n'a pas même inventé la poudre. Soyons juste pour tous : elle l'a perfectionnée. La belle compensation à côté de ce qu'elle n'a pas fait et surtout de ce qu'elle a vraisemblablement empêché qu'on ne fît !

La guerre a formé de vastes Etals, c'est vrai ; mais a-t-elle là de quoi se vanter ? Si elle a fait des Etats, elle en a défait tout autant. Elle a souvent assemblé, en les écrasant plus ou moins, des éléments hérétogènes qui se sont

1. Voir une petite 'revue de ces inventions et de leurs effets complexes dans V Histoire considérée comme science, chap, VI.

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séparés dès qu'ils Tonl pu ; souvent aussi, ce qui est pire, la guerre a empêché la réunion d'éléments qui étaient faits pour s'assembler. Je mcltrai notamment à sa charge la désunion tk's peuples grecs, si regrettable, si dommageable aux intérêts de Thumanité.

La guerre a paralysé partout des causes naturelles (jui auraient fait de meilleure besogne qu^ellc* Supposez la guerre totalement absente, les anînîtés de race, de langue, de religion, auraient librement agi. Les relations d'échange auraient agi, car Thomme, de bonne heure, est commerçant presque autant que guerrier. Evi- (loïiinient, ces causes auraient réuni les populations pal' des liens moins serrés, plus lâches, plus sou|>les. Je ne crois pas que cela eut été un désavantage, au contraire. Ces étroites et dures agglutinations qu'a faites la guerre, a cjuoi étaient-elles bonnes ? Elles n'étaient lionnes, — nécessaires même, si vous voulez, — qu'en vue de la guerre. La guerre ôtée, les prétendus services de la guerre n'ont plus de sens.

Spencer dit : la guerre a donné la victoire et la survie au meilleur, donc opéré une sélection fovorable. Au meilleur, dans quel genre? Là est le point. Le meilleur pour la guerre est-il nécessairement le meilleur» pour la. paix?

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Spencer ne le démontre pas. Comme la guerre est le rebours absolu de la paix, il est ])lvitat vraisemblable, a priori^ que les conditions bonnes pour la guerre sont mauvaises pour \\\ paix ; que ce qui est qualité pour Tune est défaut pour Tautre. Expérimentalement, on pourrait s'en tenir, je crois, à un ou deux exemples, Sparte était évidemment pour la guerre imnlleure qu'Athènes, puisque, finalement, elle Fa vaincue. Où en serait cependant Thumanîté, si tous les peuples grecs eussent été modelés sur le patron de Sparte? La Grèce a été vaincue et conquise par Rome, meilleure pour la guerre évidemment, et toutefois, il n'y a, n'est-ce pas, nulle comparaison à faire de ce que la Grèce nous a légué avec ce que nous tenons de Rome — qui ne fut pas la meilleure pour tous les arts de la paix.

Spencer affirme, en particulier, que nous devons à la guerre l'institution du gouvernement, « temporaire là où la guerre n'a été que temporaire ; permanente, stable, là où la guerre fut permanente* ». Et, selon M. Bagehot", avoir un gouvernement a été le grand avantage, la grande supériorité, d'où découlaient c[n:ni-

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