Bagehot, Lois scientifiques du développement des nations
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titê d'autres avantages. Les peuples à gouvernement ont tué les peuples sans gouvernement ou à gouvernement faible ; et res survivants non seulement se sont trouves être les plus forts, mais, en réalité, ils étaient les meilleure; — ce qui est bien nnsni lopinion de Spenrer. J'ai là-dessus quelques oljservaïious h iirt^senter.
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Le gouvernement a trois parties eapitalesqui soTil bien discernables: le pouvoir mililairej le jadieiaire, Taduiinistratif. Ces deux derniers pouvoirs se montrent déjà dans la faunlle : toiil père, tout patriarche a souvent à juger des rontcstalions entre ses fils, pelils-lils, brus, gendres, serviteurs, et il édicté des règles, donne des ordres pour la chasse, ou la conduite des trou|>eaux, ou le travail des champs; il est juge, il esL administrateur, soit seul, soit avec lassislanre d'un conseil. Il se peut que ce patriarche fasse des expéditions guerrières contre quelque faïuille voisine, et alors il est chef militaire. .M;iis, est-ce, s'il vous plaît, le pouvoir militaire qui a suscité les autres pouvoirs, le judiciaire et l'administratif? Non ; évidemment ceux-ci ont précédé.
Quand la famille primitive, grâce à un climat,
à un sol favorable, ou encore à l'adoption de la pastoralité, de Tagricullure, a pu multiplier et nourrir ses rejetons, elle est devenu le clan, puis la tribu ; mais, au cours de ce développemenl, le rapport des trois parties du gouvernement est resté ce qu'il était au début ; c'est naturel et c'est forcé. Tout besoin constant est une fonction, et cette fonction se crée son organe. Or, le besoin de paix et d'accord dans la famille, le besoin de concert pour les occupations ali* nienlaires, existent, sans aucun doute, à part la guerre, et n'en dépendent pas.
Nous dire que le patriarche ou le chef de clan, de tribu, a été juge et administrateur parce qu'il a été auparavant militaire, c'est toinjuo si on nous disait que la guerre a fait inventer la pastoralité, ou l'agriculture, ou le comuierce. Carthage a été commerçante et guerliere; est-ce parce qu'elle était guerrière qu'elle a fait le commerce? N'a-t-elle pas fait plulôt des guerres parce que déjà elle commerçait?
L?. simple multiplication naturelle d'une même famille a certainement produit en divers lieux non une seule tribu, mais plusieurs.
Et je ne dis pas que la guerre n'ait pas parfois, souvent même, été la première cause de la réunion de plusieurs tribus, réunion contraintes au début; mais cetle réunion n'a pas
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inventé, qu'on me passe le mot, les fonctions de juge ou d'administrateur; celles-ci existaient auparavant: la réunion forcée a étendu simplement le pouvoir d'un juge ou administrateur déterminé sur un plus grand nombre d'individus qui^ sans cela, auraient obéi à un autre juge, à un autre administrateur.
Le côté brillant de la thèse Spencer-Bagehot, c'est que la guerre a fait évidemment de grandes monarchies, assemblé sous une même main gouvernante des populations très denses, et amené ainsi la création de cités populeuses. On ne voit, en effet, nulle part, que la multiplication naturelle, Talliance purement pacifique de tribus consanguines aient produit des agglomérations égales à ces grandes monarchies primitives, Assyrie, Egypte, Perse, Mexique, Pérou; il faut en convenir. Convenons encore que, sous ces gouvernements, Parchitecture, la sculpture, les métiers producteurs d'objets luxueux, meubles, bijoux, etc., débutent avec un certain éclat. Faut-il en rapporter le mérite à la guerre? La guerre détruit, elle ne crée pas; cela est évident. On dira : elle a agi indirectement en formant, avec des tribus qui seraient restées éparses, un grand corps de peuple', lequel a bâti des grandes villes, condition nécessaire pour avoir des classes riches et d'autres classes
façonnées aux métiers de luxe, aux beaux-arts. La guerre a agi encore en rendant arbitraires des princes qui ont alors pu commander tous ces édifices somptueux. — Ici la thèse devient séduisante . Il semble qu'elle s'appuie sur Texpérience. Et toutefois, c'est du pur empirisme. L'exemple du petit État et de la petite ville d'Athènes (petite relativement), celui de l'État étrusque, de Carthage, plus tard, l'exemple des républiques italiennes, de Florence notamment, prouvent d'abord qu'un monarque absolu n'est nullement indispensable à la floraison des beauxarts, et ensuite qu'il n'est pas besoin non plus d'une immense réunion d'hommes sous une même main, ni d'une bien grande agglomération dans les mêmes murs. Certes, il faut que ces deux conditions existent à quelque degré; mais, pour les réaliser au degré voulu ^ rien ne prouve que la guerre était le moyen unique.
A ce même effet aurait suffi des réunions de peuples que nous voyons s'opérer par des moyens autres : alliances politiques, ligues, communauté de langue, de culte ; et même le simple échange des produits, le commerce, y aurait pu suffire ; exemple : Thèbes, Sparte, Athènes ont échangé entre elles des maîtres, des modèles, des types de sculpture, et par cette communication ont progressé dans cet
art, et elles n'obéissaient pas au même gouvernement, et ce n'étaient pas de bien grandes villes, Sparte surtout.
Remarquez bien que ces causes paisibles de réunion ou du moins de commerce intellectuel et économique, qui ont beaucoup fait quand on y regarde, n'ont pourtant pas, et de bien s'en faut, déployé toute leur bienfaisante énergie. Justement la guerre les a bornées; sans la guerre, elles auraient opéré avec une efficacité bien plus grande. J'imagine à toutes ces petites cités grecques une destinée de cinq à six siècles absolument pacifique; la diversion des guerres et les destructions réciproques qui dans la réalité historique occupèrent tant de place el dépensèrent tant de forces, manquent à cette histoire idéale et bénigne ; or, je ne crois pas faire un rêve illogique en me représentant dans cette Grèce, toute au travail et au bon voisinage, encore plus d'art, de lettres, et d^habile métier qu'il n'y en a eu dans la Grèce guerrière.
Supposez aussi petit que vous voudrez le progrès qu'aurait opéré un rég^ime pacifique régnant sur les hommes, on conviendra que, ce progrès, la paix ne l'eût pas détruit, et il faut avouer que, si la guerre a fait le" progrès, en tout cas il lui est arrivé aussi fort souvent de le
défaire. Toutes ces grandes monarchies qu'on allègue ont été abattues par la guerre; elles n'ont point fini d'elles-mêmes ; la plus grande puissance militaire que le monde ait vue, Rome, a péri par l'épée, dont elle s'était tant servi.
Notre civilisation occidentale se trouve être le prolongement d'une ligne qui a été brisée en plusieurs endroits, qui a été tronçonnée, à notre grand dommage, car sans cela nous serions probablement beaucoup plus avancés, et c'est la guerre qui a fait ces déplorables coupures. Je ne signale que la plus grande, celle qui, finissant l'antiquité gréco-latine, a nécessité ce recommencement qui s'appelle le moyen âge.
Comptez les peuples divers dont la terre est peuplée. Que de sauvages et de barbares encore à rheure actuelle ! La civilisation apparaît comme une réussite peu commune. Un climat trop rude, une terre ingrate peuvent, en quelques cas, expliquer la barbarie séculaire; mais non en tous les cas, et tant s'en faut. Le grand empêchement a été la guerre.
Partez de la distinction, incontestée je crois, des trois parties ou pouvoirs du gouvernement. Suivez dans l'histoire générale la marche de chacun de ces pouvoirs, en observant les rapports réciproques les plus gros, les plus voyants.
Le pouvoir militaire tend tout de suite à devenir un pouvoir absolu, arbitraire, égoïste, au profit d'un homme ou de quelques-uns. Et plus la guerre prend de place quelque part, plus le pouvoir militaire réalise sa tendance naturelle. Voilà ce que la guerre, en fait de gouvernement, invente, développe et parachève.
Les pouvoirs administratifs et judiciaires, création de la paix et de ses besoins, s'exercent d'abord au profit de tous, ou au moins d'une majorité, et même toujours à quelque degré, sous le contrôle ou avec l'assistance des intéressés. A^oilà comment la paix façonne le gouvernement, en ce qui la concerne et dépend d'elle. Mais le pouvoir militaire, tant qu'il le peut, imprègne de son propre caractère et teint de ses couleurs les pouvoirs paisibles qu'il se subordonne, et par là les gâte.
Conclusion : La guerre a créé le gouvernement le meilleur pour la guerre, et le pire pour la paix, laquelle constitue l'existence régulière, normale des peuples.
La guerre et la politique.
Sans doute, toute œuvre humaine est sujette à l'observation que voici : par delà les résultats
voulus, visés par l'ouvrier, il se produit des j
effets de plus en plus reculés et hors de la pré- f
vision, imprévus ; mais, certes, en ce genre d'ef- i
fets, aucun métier n'abonde comme celui du politique quand il opère au moyen de la guerre.
Et parmi ces effets imprévus il s'en trouve i
souvent qui vont à renverser par une guerre dernière ce même ouvrage qu'avaient produit une ou plusieurs guerres antérieures. Rien j
n assure et ne peut assurer l'ouvrier politique contre un de ces retours offensifs et destrucleurs, — pas même l'apparente consécration de plusieurs siècles.
Prenez par exemple l'Europe : sa carte, les linéaments de ses diverses parties, de ses compartiments, à les voir dans le cours de l'histoire, apparaissent comme flottants et ondoyants. Tous ces états, France, Autriche, Prusse, Angleterre, Espagne, etc., si vous les suivez de l'œil à travers les siècles, vous montrent leurs délinéations tantôt réfrécies, tantôt agrandies du fait de la guerre — (et, il faut le dire aussi, de l'héritage, autre cause fortuite, autre hasard.)
L'homme d'Etat, à grandes vues, qui lance ses concitoyens dans une guerre, n'a que dédain et ironie pour ces naïfs, ces benêts, les prêcheurs de paix; il est, lui, l'homme pratique. J'ai reconnu déjà qu'en effet il faisait un calcul
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assez sûr pour lui, pour ses intérêts ; mais c|uaiil aux intérêts de ses concitoyens, cVst autre chose; il ne sait pas du tout ce que le grain qu'il sème produira plus tard pour âon pays,
Bismarck, en 1870, conçoit et réalise rabaissement de la France. 11 compte élcvei- J'hiitant FAllemagne, et ne se trompe pas lout-à-lhil; mais il élève encore plus TAnglelcrrc* Depuis 1870, et grâce à cette guerre, rAngIcterrea carte hlanelie pour faire tout ce qui lui plait. Seul h coHcert des grandes puissances conliuoiKales pouvait intinïider son ambition. Ht lo concert est devenu impossible : la rancune naturelle Je la France et les craintes de rAUemagne aincnent d'abord la triplice, qui à son tour auirne la du[)lice, et, au lieu du concert de rRuro]>e, c'est la coupure en deux. Va donc, Angleterre, tu peux marcher maintenant; la discorde ci^t à la gendarmerie. Mais le profit dernier restera- Ml à TAngleterre ? Qui oserait raifmner? La Russie s'avance vers l'Orient ; rAlleinagne ne peut se retourner et demander compte à la Uussie de ses progrès, la France lui planlei'ait son épée dans le dos. L'Angleterre, saay l'aide de la France et de l'Allemagne, ne peut rien contre Ténorme puissance terrienne de la Russie. Marche donc, Russie, il semble bien que
c'est pour toi finalement que TAngleterre a tra- *
vaille ! L'heure où cela apparaîtra vient peut- j
être de sonner. |
En tout cas, lorsque les grandes routes trans- • ^
continentales seront faites, que les armées pour- i
ront se transporter en chemin de fer à travers TAsie, l'Afrique, plus rapidement que par le ;
moyen des flottes à travers les mers, la voie maritime qui, depuis le commencement de l'histoire, était ou la seule praticable ou la plus rapide, et par suite donnait la domination aux nations à marine supérieure, la voie nautique, dis-je, sera primée par la voie terrienne. Et alors ce n'est pas la marine supérieure, c'est l'armée supérieure qui fera la loi au monde.
L'ère de l'Angleterre sera close, celle de la Russie commencera. Et puis, et puis, plus loin
dans l'avenir impossible de voir avec la
moindre certitude.
MÉPiHSTO. — Tu ne vois pas, toi, ce spectacle qui me réjouit, qui me caresse jusqu'au fond des moelles. Tu ne vois pas dans l'avenir^ cette invasion des jaunes, nombreuse comme un débordement de rats ou comme, en Afrique, la marée des sauterelles : six millions, dix millions de sol-