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CHAPITRE PREMIER

Les racines de la guerre

Vous demandez comment il se fait que rhomme ait été guerroyeur, en tous lieux, de tout temps.

J'ai tenté ailleurs * une analyse psychologique des besoins universels et constants qui nous sollicitent; ou, si Vous voulez, des mobiles qui nous font agir. Au livre dont je parle, j'ai appelé tout ce qui regarde les aises du corps du nom de mobile économique, et, plus brièv^ement, j'ai appelé cela V économique. J'ai nommé génésique la recherche de la femme. Le besoin d'être estimé des autres et de s'estimer soimême s'est appelé pour moi V honorifique. J'ai donné le nom de sympathique au besoin que

1, L'histoire considérée comme science.

luMLs avons d'éprouver tantôt des sentiments iliidection et tantôt des sentiments de haine.

Mon analyse ne s'arrêtait pas là : j'y comprenais les besoins intellectuels. Ces derniers n'ayant que faire da^«-mon sujet actuel, je les néglige ; mais il m'a paru que les autres besoins, tels que je les avais discernés, définis, pouvaLciit me servir à élucider la question que tout à l'heure j'énonçais.

L'homme est un Carnivore. Il a d'abord guerroyé la bote, parce qu'il avait faim. Or, pour lui, » vv début, l'être humain étranger à sa tribu U*cî^ï qu'un animal comme un autre, bon. à lUânger. D*ailleurs, là môme où l'on ne se mangeait pas, on se disputait le garde-manger, c'est

I u dire le territoire de chasse.

• Plus tard, quand ils ont possédé des animaux domestiques, des troupeaux, les hommes ont

I guerroyé pour se prendre la bêle domestique.

On s'est réciproquement mangé le troupeau, on n peu à peu cessé de manger le berger.

En revanche, on a pris l'habitude de se cap-

, tiirer, de se faire réciproquement esclave,

I chacun voulant avoir une ou plusieurs personnes

forcées d'accomplir, à sa place, les travaux

I nécessaires à la vie. U a été démontré par là que

n^-yW' ,*<^,-;'^jç^^fi.

rhomme craignait plus le travail assidu que li' danger de mort, qui n'a que des moments passagers.

Il est clair pour moi que la guerre entreprise pour les fins ci-dessus énoncées relève ^]i m o-

Est-il arrivé qu'une tribu ait attaqué une tril)y voisine pour se procurer des femmes, désirées simplement comme femelles? C'est possible; mais, en général, les ravisseurs voyaient et désiraient dans la femme tout autant la menagèCÊaJIfigclave doi^ la femelle. En

sorte que, si le mobile génésique a poussé à Ui guerre, il Ta presque toujours fait de com{iagnie avec le mobile économique.

La femme semble bien avoir été et être encore chez les tribus sauvages une cause fréquente de guerre; en réalité elle n'en est que l'occasion, comme on va le voir par un exemple. « \a\ vertu des femmes au Gabon, dit LetourneaiM, est d'une extrême fragilité. Aussi souvent qu'il leur est possible, elles nouent des intrigues illégitimes. Mais quand leurs aduUeres se découvrent, les amants sont exposés à hi vengeance du mari, » Ils s'enfuient alors dans une* tribu voisine. Celle-ci se fait un poIuL

lé Là guerre dans les diverses races, p. 65.

d'honneup de ne pas livrer le coupable à la tribu tlti mari qui réclame Textradition. « D'où diî^iussion, palabres, et souvent guerres. » On voit bien qu'ici le besoin sexuel de Tamant ou de la feniine n'est plus la véritable cause de la guerre; il a simplement amené les circonstances qui mettent enjeu un autre mobile, dont je vais parler.

Cette guerre que Thomme a faite d'abord pour prendre le bien d'autrui ou défendre le sien, ou pour disputer à autrui un bien vacant, la guerre économique en uii^mot a révélé l'existence de mobiles tout autres c|ue réconomiquë. iFest apparu que les hommes estimaient "vivement celui dViitre eux qui bravait vaillamment le danger guerrier; car ils ont prodigué à ce vaillant les marques de leur estime, lin suite de quoi le cœur du vaillant s'est gonflé et ballonné d'une grosse estime pour lui-môme. Bref, l'homme s'est découvert ce qu'il est, un animal très glorieux.

A y bien regarder, ce mobile, Yhonotj^uej^ a causé tout seul quantité de guerres. De plus, alors que ta guerre était suscitée d'abord par une autre cause, Thonorifique n'a jamais manqué d'accourir et de coopérer avec la cause primitive.

Dans ces mœurs du Gabon que je citais tout

»»^:^p^^"^P«^?l3k^^T^-W3ïin»^^

à rheure, pourquoi une tribu refuse-t-elle de livrer le coupable à l'autre tribu qui se plaint justement? Ce n'est pas, au fond, générosité; non ; cette tribu craint de paraître obéir à une sommation, à une menace de guerre, de paraître avoir peur. — Nous aurons assez l'occasion de revenir sur l'honorifique.

L'homme s'est aperçu encore qu'il avait besoin d'éprouver deux émotions qui sont contraires de nom, mais qui en réalité sont souvent d'accord, et même se marient ensemble: l'expérience lui a révélé qu'il aimait à détester les individus d'une autre tribu; qu'il aimait à se sentir en accord, en concert fervent avec ses compatriotes, et, notamment, quand il s'agissait de combattre le voisin ou même seulement de le détester. Ceci relève, selon mon vocabulaire, du sympathique.

Le mobile sympathique a certainement causé des guerres à Fui t'oïïl seul. Mais, je le répète, l'honorifique, au cours de ces guerres, n'a pas failli de venir à la rescousse.

En voilà assez pour qu'on se demande au con- ' traire comment il se fait que l'homme n'ait pas été toujours et partout un guerroyeur.

C'est une vérité cependant bien établie par les sociologues: il a existé, il existe des espèces d'hommes qui ne connaissent. pas la guerre. Ce

r^ sont, il faut le dire tout de suite, quelques

tribus bien rares, bien clairsemées sur la terre ; et encore sont-elles constituées chacune par un petit nombre d'individus. Spencer cite les Dhimals, les Lepchas, les Pueblos. Letourneau allègue des groupes d'Esquimaux rencontrés par Ross, qui n'avaient aucune arme, et à qui Ross ne put pas même faire entendre ce que c'était que la guerre ^

Ces hommes étant, à coup sûr, composés, comme les autres, des mobiles économique, génésique, honorifique et sympathique, il faut qu'une situation extérieure dûment prolongée ait causé leur exceptionnelle douceur.

J'imagine que leurs tribus ont dû vivre des siècles dans un état absolu d'isolement ou de faiblesse tel que toute pensée de dispute avec les voisins était inadmissible. Imposée au début, leur douceur est devenue à la longue coutumière et enfin instinctive.

Entre ces mobiles de la guerre, en est-il un qui généralement ait plus agi, plus influé, qui ait été, à tout prendre, dominant? Si on se bornait à un coup d'œil rapide, on répondrait voloiir

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