‹ La guerre et l'homme:Chapitre 5 sur 36 · La Guerre, p · texte numérisé non relu

La Guerre, p

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tiers: a Selon l^s temps, les lieux, la prédomi'* nance a appartenu tantôt à Tun, tantôt à Tautredes mobiles; ici lea-Jiammes.-sa sont ^ôrlés^à là guerre le plus souvent par cupidité, ailleurs par gloriole, ailleurs par,ayÇï*sion pour le voisin. » Sous un regard plus attentif, une sorte d'évolution vaguese dessine; et rôn~cfôîrîien apercevoir que si à leurs d ébuts les peuples sont le plus souvent poussés aux entreprises guerrières par r économiqu e, il n'en est plus de même à la fin, quand ils ont acquis une organisation plus complexe; alors le rôle de cause prédominante passe, ce semble, à Thono- . rifiqûe, ou, autrement dit, à l^î^JT^HIifiril^^ (orgueil, vanité nationale, gloriole, c'est tout un).

A une condition toutefois, c'est que le peuple — et ici par peuple j'entends les masses ou au moins des classes nombreuses, — que le peuple, dis-je, ait part au gouvernement ou qu'il soit en état de peser sur ses décisions, et c'est bien en définitive à mesure que cette condition se réalise plus pleinement qu'on voit l'amourpropre national l'emporter sur le mobile économique. Autrement dit, la victoire du mobile vaniteux sur le mobile intéressé s'accentue à mesure que le régime politique devient ce que nous appelons une démocratie.

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Fa on sVxplique très bien par la nature de ce régime Tespèce de changement qui s'opère : le ^rand nombre ne peut pas trouver dans la guerre un véritable profil et unomique,au moins un profit dîreet se présentant assez clairement à son esprit pour soUieiter sa volonté.

J'ajoute en haie que, dans le réff me dém orrntîtpie, ramour-prupre est toujours sec ondé par une aulrc cause qui ne le t*èdjej)as beajJcoup en eflicacité h la preiuicrc : c'est Tave rsion, ^ ce sont les antipaltiiescl haines internationales.

Ce n'est i)as à dire louleluis quePinTérét érononiique passe à l'état tle cause morle. Celle cause a encore son rôle, mais il faut bien voix' dans quelles lijuiles,

(^)uand un souverain décide seul de faire une guerre, ce tpii le meut, en général, c'osl ])ien Teavie d*agrandir son lerriloire, de nudU|dier ses sujets, et par là même ses contribuables, et cela est évidemment de Fintérét économique *- Mais, à rheurc actuelle, un souverain décîtlant seul est devenu chose rare, exceptionnelle* Le plus souvent la résolution guerrière émane d'un parlement entraîné par un premier ministre*

1, n so peuL bien aussi quelquefois que le souveraïu soit mû priacipjïlejDenl par Tenvîe âe la gloire, par 1g rêve d'avoir son effigie couronnL^o de Liiiriers sur les pièces do cent sous*

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Ce ministre allègue les intérêts de son pays lésés bu menacés par un voisin; et il donne ainsi à sa guerre l'apparence d'une entreprise déterminée par la cause économique.

Voyons ce qui en est. D'abord quant à luimême, ministre, en réalité il suit son propre intérêt: la guerre va le rendre nécessaire, l'ancrer au pouvoir, et, si elle est heureuse, l'y enraciner; du moins il l'espère, car il compte sur la gratitude de son pays. Donc, intérêt économique chez le ministre, mais intérêt d'ambition et de renommée aussi.

Parmi les membres du parlement, il se peut que quelques-uns aperçoivent dans cette guerre de l'argent à gagner, une affaire^ mais cela n'est donné qu'à quelques-uns ^ La majorité du parlement, les masses, le pays, croient bien entrevoir dans le lointain les intérêts dont on leur parle, mais, outre que ces intérêts n'apparaissent aux esprits communs ni avec netteté, ni avec certitude, ils ne sont pas de nature à les agiter puissamment. Aucun de ces intérêts généraux collectifs, que chacun aperçoit in gloho^ mais sans pouvoir calculer la part qui lui en reviendra, n'a jamais été un fort mobile. Qu'est-ce qui

1. En ce moment on prétend que la guerre anglaise contre les Boers a pour point de départ les spéculations d'une société financière.

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entraîne doïir un pays sur les pas de son ministre et de son parlement ? Ce qui J'entraîne, je le répète, ceni d'abord la vanité nationale *, que ses f^uideï* savent exciter. Et c'est en second lieu raversion pour le voisin, la haine internalionalc qui toujours couve et qui est prompte k s'embraser.

S'il n'y avait pas cela, si le ministre et les quelques intéressés ne pouvaient pas exciter ces deux mobiles dans les masses, ils en seraient pour leurs frais d'ambition ou d'intérêt. Par bonheur pour eux, le taureau auquel ils ont aflairc est toujours un bon taureau.

Admettons que la visée d'intérêt national, qu'une pensée de concurrence économique par

i. Un fait pHa sur le vif. Cela date d'hier ou d'avant-hîcr (tli mars 1900). A Scarborougli, en Angleterre, à roccasion d'un meclîiig rn faveur de la paix avec les Boers, une foule hoslite BcH nniiissre autour du caf(^ où se tenait la réunion. Cett^' fuult? a d'abord fortement hue les meetingueurs à leur PTïLron* Puifl pUi? a attaque les vitres du café et ses appareils d*éclaimg-e* La réunion a dû se dissoudre; son président et sca ornleurs ont été malmenés h la sortie. Puis la foule a brisé à coups dn pierres les fenêtres du café et les devanluros de quelques boutiques avoisitiantes. La police insuffitiiintf? 3t du appeler à son aide une compagnie d'artillerie. Dans trille foule, combien y avait-il d'individus mus par un inlérèt pi^rsounel, par de l'argent à gagner dans cette guerre dn TrrtDsvàal ? Aucun, peut-être et même probablement. Alors, concilier: c'est le chauvinisme, l'amour-propre nationEil qui évidemment animait cette multitude.

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exemple, nette, précise, soit en quelques cas le mobile vraiment déterminant pour la masse elle-même, que cela la jette dans Tentreprise, croyez-vous que, la guerre tournant à mal, devenanl visiblement une mauvaise affaire, ce peuple va arrêter l'entreprise au point où ses intérêts sont compromis ? Pas du tout : Famour-propro national et la haine le maintiennent dans la voie ruineuse et l'y raidissent. Et c'est ce qui acht ve de manifester cette prépondérance du mobile vaniteux que j'ai affirmée.

Je dois faire observer en passant que dans nos sociétés modernes les hommes qui fonï la guerre en personne, soldats, capitaines, ne peuvent pas, à la façon dont la guerre est faile^ espérer d'avance qu'ils y trouveront du gain économique. Et d'ailleurs ce ne sont pas ceux qui font la guerre qui la décident.

A l'heure présente, le peuple qui passait pour savoir le mieux calculer ses intérêts s'obstino par amour-propre à la guerre contre les Boeis et encourt le risque évident de complications au bout desquelles il perdra peut-être le Cap, les Indes et l'Egypte. L'intérêt économique, s'il agissait seul ou principalement, dicterait inio autre conduite.

11 faut oiKilyser cet amour-propre national, que je liens actuellement pour la plus grosse ntrine de la guerre ; il faut voir vers quel objet, quelle qualité cet amour-propre dirige sa vi^^ée»

Il inc i^eutble évident que Tamour- propre liai jouai s'atltiche principalement àJLa.Jjti:a youre niilitiiire.

Si Ton prend les hommes un à un^ on trouvera sans doute que l'un veut avant tmit [ïasser pour beau, raiilrc pour intelligent, Taiitrc pour habile ou pour hnnuéle. Mais, en dépil de ces différences, ces hommes — en très grande majorité au moins — veulent avant tout, pour leur nation, une bonne réputation sous le rapport de la bravoure.

Tout peuple ambitionnerait de passer pour le plus brave ; luais il sait par expcM ience que cela lui sera contesté ; il se contente tlonc par force de penserj à part lui, ce que les autres ne lui concèdent pas, et extérieurement il réclame au inoins cl maintient tant qu'il peut le renom d\me bravoure égale à celle des autres. Je ne crois pas que cette opinion sur les peuples rencontre beaucoup de contradicteurs. 11 s en faut de tout qu'elle me soit particulière.

Tout peuple assurément serait marri de passer poiu' bote, ou malhonnête, ou méchant ; mais rien de tout cela ne rhunùlierait autant

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