INTRODUCTION À L'ÉDITION FRANÇAISE
Bien des événements se sont accomplis depuis le jour où les pages enflammées qu'on va lire ont été, sous forme de discours, répandues à travers l'Amérique. Le plus grand de tous les événements s'est produit : l'Amérique est entrée dans la guerre. Elle y est entrée de tout son cœur et de toutes ses forces. Elle s'est rangée du côté du Droit, de la Justice, de la Civilisation. Elle a mis sa main sans tache de peuple libre dans la main sans tache des peuples inasservis, qui préfèrent la souffrance à la dégradation. Elle a jeté dans le plateau de la balance, d'un seul coup, sa puissance, son or, son sang. . . .
De cela, l'Histoire parlera éternellement. Et elle mettra au frontispice de son immortelle galerie, le magistrat honnête et digne, le chef d'Etat illustre et courageux, qui s'appelle Woodrow Wilson et qui, de son pas calme et ferme, a marché au devoir en faisant marcher son pays au canon.
Mais l'Histoire parlera aussi des ouvriers de la première heure qui ont jeté les fondements de la belle œuvre que salue aujourd'hui le monde. Elle dira qu'au moment précis où l'Europe jugeait l'Amérique froide, lointaine, indifférente, un petit
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groupe d'Américains livraient la plus noble et la plus généreuse bataille qui ait jamais été livrée sous le soleil, afin d'éveiller la conscience de la nation américaine, afin d'échauffer son cœur, afin de remuer son âme. Ce petit groupe d'hommes, l'Histoire en tracera les noms : Roosevelt, Hibben, Eliot, Choate, Bacon, Putnam, Miller, Parker, Manning — et Beck, l'auteur de ce livre.
James M. Beck est une grande conscience, un grand cœur et un grand talent.
Sa conscience, en présence des outrages allemands, a crié dès le premier jour, dès la première heure. Violation de la neutralité belge, assassinat de Miss Cavell, noyade du Lusitania, déportations des populations civiles, tous cela a fait hurler d'indignation le juriste, l'homme de droit et de droiture, l'ancien attorney- gênerai qu'il était.
Son cœur avait les detix vertus, trop rares aujourd'hui dans les cœurs d'homme: le courage et la résolution. Il résolut de tout remuer, de tout secouer jusqu'à ce que la conscience de la nation criât comme sa propre conscience. Car, à quoi bon voir le mal, le sentir, le réprouver, si on le laisse s'accomplir? . . . Beck eut tous les courages: celui de rompre avec la tranquillité d'une vie paisible, avec des amitiés précieuses et de se lancer dans la mêlée, au plus fort de la mêlée, afin d'amener cent millions d'Américains aux côtés des combattants européens du Droit et de la Liberté. Pour cela, il prit la plume, faisant des démonstrations lumineuses et admirables, comme le livre
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la Preuve. Pour cela, il prit la parole, parcourant les Etats du Nord au Sud, allant sur la plate-forme des réunions publiques, haranguant la foule, prononçant des discours comme ceux qu'on trouvera réunis dans le présent ouvrage et qui constituent les plus formidables réquisitoires de la pensée humaine contre la tyrannie allemande.
Son talent a permis à James M. Beck d'accomplir des merveilles et de remporter des victoires. Il faut avoir vu, face à la foule, cet homme aux traits pâles, où le regard brille d'une lueur intense; il faut avoir entendu cette voix aux inflexions prenantes, qui émeut les cœurs et remue les pensées; il faut avoir écouté cette dialectique froide et implacable pour comprendre ce qu'est un orateur, dans toute la force du terme, et quelle action il exerce sur la masse.
James M. Beck aujourd'hui a le droit d'être fier et d'être heureux. Le 3 février 191 7, les Etats-Unis ont rompu avec l'Allemagne; ils ont signifié, à la face du monde, qu'ils ne voulaient plus, eux, pays d'honneur et de dignité, continuer à s'asseoir à la même table avec un pays sans dignité et sans honneur. Le 2 avril 191 7, les Etats-Unis ont fait plus: ils ont jugé que ce n'était pas assez de rompre avec des sauvages mais que le devoir était de combattre at d'abattre la sauvagerie : et ils ont déclaré la guerre à l'Allemagne.
Ainsi James M. Beck est victorieux sur toute la ligne. L'Histoire dira un jour que cette guerre,
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éternel honneur des Etats-Unis qui la font, restera aussi l'éternel honneur de James M. Beck qui Ta demandée. Et ce que l'Historien de l'avenir dira plus tard, le chroniqueur du présent peut bien le dire de suite — en même temps qu'il peut crier au public français la reconnaissance et l'admiration que mérite l'auteur de Guerre et Humanité pour avoir servi la cause de l'Humanité en prêchant à son pays la guerre.
Stéphane Lauzanne.
Nbw York, juillet 19 17.