ST DE SA CAUSE ÉCONOMIQUE
Nous avons à établir, par de nombreux et solides exemples, que les faits sont partout d'accord avec cette vue supérieure, qui assigne èi, la guerre pour cause première le paupérisme. Tout le monde sait que les inyasions des barbares, du quatrième au dixième siècle de notre ère, furent causées par la famine ; qu'avant Jésus-Christ les guerres interminables des Romains avaient été provoquées par Texploitation du patriciat, Mais cette triste cause de la guerre n'est pas toujours aussi apparente : la politique la dissimule; il faut la dégager de la multitude des prétextes qui la couvrent, ce qui parfois ne semble pas facile. Le vulgaire s'en tient à la superficie des choses : il répugne à s'occuper des causes premières, des principes premiers, des phénomènes initiaux, de la recherche des idées simples et de la décomposition des éléments. £in fait de causes surtout, il s'attache à ce qu'il y a de plus immédiat ; ce qui' fait qu'il ne comprend à peu près rien du train du monde
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et de sa propre vie. L'histoire en particulier est pour lui lettre close.
Montrons d'abord que dans les commencements la cause première de la guerre et ses motifs politiques se confondent : nous saisirons mieux la raison qui à la longue fait distinguer ces derniers^ et les conséquences à tirer de cette distinction.
Quand les pasteurs du désert se jetèrent sur TÉgypte, qu'ils gardèrent comme une métairie pendant plusieurs siècles, ils étaient poussés par une incurable famine : le souvenir en a été conservé dans la Genèse. Et quand, vers le temps de Sésostris, les Égyptiens, après avoir chassé ces pillards, s'indemnisèrent en rendant au loin les hordes tributaires, ils obéirent à la même cause. Croit-on maintenant que ces bandes faméliques manquassent les unes et les autres de motifs politiques? — « Vous avez travaillé, pouvaient dire aux enfants d'Osiris les ancêtres des Bédouins; vous avez aménagé le sol, creusé des canaux, construit des villes ;' c'est à merveille. Mais qui vous a donné la propriété? Où sont vos titres? Pourquoi à vous la vallée féconde, à nous le désert? Quand vous nous payeriez une redevance, ce ne serait qu'une juste compensation... » Ce que les uns demandent, les autres le refusent : abstraction faite des injures réciproques, que nous ne connaissons plus, il n'y a pas d'autre raison aux combats. Chose singulière, la propriété, qui dans tout État est une des colonnes du droit civil, n'a jamais été complètement reconnue entre nations, et ne peut pas l'être. Guerre, fille de famine, en- * gendre donc rapine: aussi dans les commencements les héros n'en font pas mystère. Le brigandage, jusque bien avant dans Tépoque historique, est la pure expression du droit de la guerre et jouit de ses honneurs, confondu qu'il est avec l'exercice du droit seigneurial, du droit de la force.
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Ainsi se comportent tous les fondateurs d'empires, Égyptiens, Assyriens, Mèdes, Perses. Faire des courses, exiger le tribut, à peine d'incendie et de massacre, c'est toute leur politique. Le tribut, voilà pour un sultan de Niniye, de Babylone, de Persépolis, d'Ecbatane, ce qui constitue la souveraineté. Chaque nom de peuple devient, pour ses voisins, synonyme de pirates, corsaires, brigands ou forbans. C'est ainsi que celui des Chaldéens, Kasdim, est employé dans la Bible. Le droit de la force est à peine affirmé qu'il se déshonore; son infamie ne s'effacera plus.
Ainsi firent à leur tour les Phéniciens et les Grecs, adonnés à la navigation, fondateurs de colonies, et dont les importations provenaient en grande partie de razzias; — plus tard, les Gaulois, Cimbres, Teutons, Goths, Francs, et toute la fourmilière des hordes germaniques ; puis les Huns, les Alains, les Avares, les Arabes, les Mongols, les Turcs, les Bulgares, les Hongrois, les Normands, Gog et Magog, tout ce que vomirent, à des époques diverses, les plaines de Scythie, les profondeurs de l'Asie, les flancs de l'Oural, des Karpathes, du Caucase et de l'Altaï. Une nation se lève comme un homme, se porte en masse sur des contrées plus riches, demandant des terres ou du moins le passage, et, tout en négociant et passant, exerçant le droit de guerre, le pillage. Là où l'on s'arrêtera, si l'on s'arrête; là ou Ton parviendra à dompter l'indigène et à le soumettre au tribut, si Ton n'est pas soi-même exterminé, là sera fondé un empire^ et la cohue des rhéteurs, poètes et historiographes célébrera ensuite la gloire du fondateur.
Ce qui prouve cependant que l'idée du droit n'était pas j entièrement absente de l'esprit de tous ces ravageurs, c'est qu'ils y procédaient avec un sérieux solennel et une religion sincère. L'histoire de Jephté nous a conservé à cet égard le plus précieux document.
Jephté est un bâtard, que ses frères légitimes ont cx-
puisé de la maison paternelle, et qui, pour échapper à la misère, forcé de se faire guerrier, pugnator, est devenu chef de brigands, à la façon de Romulus. Congregati sunt ad eum vin inopes et latrocinantes, et quasi principem sequelantur. Comme aux condottieri du moyen âge, il lui arrivait aussi, parfois, d'entreprendre des expéditions pour le compte de populations paisibles, insultées parleurs voisins. Chargé par les habitants de Galaad de combattre les Ammonites, avec promesse de lajudicature sur tout Israël s'il réussissait, Jephté commence par envoyer une députation au roi des BeniAmmon. Il faut lire ce monument de la diplomatie héroïque, pour comprendre à fond la guerre, et son droit, et ses misères.
•« Qu'ai-je à faire avec toi, roi d'Ammon, dit Jephté, « pour que tu m'attaques et que tu ravages mon terri- « toire? »
« A quoi le roi d'Ammon répondit: « Ce territoire m'apa partient; Israël me l'a enlevé lorsqu'il monta de l'É- * gypte, depuis les confins d'Arnon jusqu'au Jourdain. M Maintenant rends-moi ma propriété et vivons en paix. >»
Le fait allégué par les Beni-Ammon était vrai : la portiop du territoire en litige était une dépendance de leur État ; ils en poursuivaient, quoiqu'un peu tard, la revendication. A cela que réplique Jephté?
« Non, il n'est pas vrai qu'Israël se soit emparé de la « terre de Moab, pas plus que de celle des Beni-Ammon. « Voici ce qui est arrivé : quand Israël sortit de l'Egypte, •« il voyagea par le désert jusqu'à la mer Rouge et vint à *< Cadès. Là il envoya des ambassadeurs au roi d'Édom, et « lui dit : Laisse-moi passer par ton territoire. Le roi « d'Édom ne voulut pas le permettre. Même demande
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« adressée au roi de Moab, même refus. Israël s'arrêta « donc à Cadès; puis, longeant la frontière 'd'Édom et celle « de Moab, du côté de l'Orient, il vint camper sur TAr- « non, mais ne franchit pas la frontière qui lui était inter- « dite. Alors Israël s'adresse à Séhon,roi des Amorrhéens : « Laisse- moi passer par ton territoire et arriver au Jour- « dain. Non, dit Séhon, et, rassemblant ses guerriers, il « -vint combattre contre Israël à Jasa. Mais là Jéhovah le « livra avec toute son armée à Israël ; il fut vaincu et son « pays livré à Israël, depuis TArnon jusqu'à Jaboc, et de- « puis le désert jusqu'au Jourdain. C'est donc Jéhovah, « notre Dieu, qui a défait l'Amorrhéen et donné à son « peuple la victoire. Et maintenant tu réclames le terri- « toire conquis? Est-ce que la terre de Chamos, ton Dieu, « n'est pas ta propriété légitime? Tout de même ce que « Jéhovah, notre Dieu, nous a fait acquérir par le droit de « la guerre, nous le conserverons, à moins que tu ne sois « plus fortj toi, que Balac, fils de Séphorj roi de Moabj et « que tu ne puisses nous reprendre par la guerre ce dont il « n'a pu nous dessaisir par une lutte de trois cents ans. « Pourquoi n'as-tu pas fait de réclamations pendant tout « fie temps-là? Donc je ne te dois rien; c'est toi qui agis « de mauvaise foi en me faisant une guerre injuste. Que - Jéhovah soit juge aujourd'hui entre Israël et les Beni- *f Ammon! »»
Ce qui s'ensuivit, on le devine. Les Ammonites essuyèrent une grande défaite ; la souveraineté d'Israël sur le terrain en litige fut confirmée par le même principe qui l'avait fondée, la guerre ; et Jephté, devenu prince par la victoire, jugea Israël pendant six ans*
Telle est la législation primitive : le droit de la force dans son acception à la fois la plus élevée et la plus abusive, mais avec une sincérité de religion, une sécurité de
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conscience qui couvre tous les excès. — « Je vous ai donné M le pays de Chanaan, dit Jéhovah aux Hébreux, et je l'ai « ôté aux indigènes. Tuez-les tous; c'est moi, Jéhovah, «« votre Dieu, qui vous Tordonne. » La perte de la nationalité, comme je Tai dit^illeurs, emportait l'expropriation et la mort. C'était la loi de la faim sévissant dans toute son horreur. Le caractère commun de tous ces émigrants, qui, depuis les Hébreux jusqu'aux Mormons, mirent tant de fois la civilisation en péril, c'est, pour me servir du langage malthusien, que leurs facultés industrielles n'étaient pas en rapport avec leurs facultés génératrices, ce qui les plaçait dans la nécessité d'aller au loin chercher fortune ou de périr parla famine. Si l'on en croit la Genèse, les Hébreux, entrés en Egypte au nombre de soixantedix personnes, formaient au bout de quatre cents ans une population de deux millions d'âmes. Telle était la multiplication de cette race, que les Égyptiens s'étaient vus dans la nécessité d'en faire jeter les nouveau-nés dans le Nil, comme on jette les petits chiens. Dans ces extrémités, naturellement on se décidait pour le pillage, pour la guerre; quant au travail, on n'en était pas venu à ce degré d'indignité qui caractérise notre siècle, de se le disputer les armes à la main.
La rapine est tellement de l'essence de la guerre, qu'elle a servi à en exprimer l'idéal. Toutes les nations guerrières ont placé des animaux de proie dans leurs armoiries : l'aigle, le faucon, le hibou, le lion, le loup, le léopard. C'est surtout comme moyen de pillage que les poètes et les livres sacrés des anciens peuples comprennent la guerre et la célèbrent. Écoutez le patriarche Jacob, prophétisant à son lit de mort la gloire future de Juda :
M Juda est un jeune lion. Tu es monté du désert, ô mon *< fils! pour le butin ; tu t'es reposé après le combat, comme
« le lion et la lionne. Qui te provoquera? Juda, tes frères « te chanteront. Aucun d'eux ne se séparera de ton scep- *t tre, jusqu'à ce qu'ait paru le Pacifique. »
Le Pacifique, c'est-à-dire celui qui ne va pas au butin, Salomon. La royauté a pour condition la guerre et la conquête. Que le monarque cesse de combattre, il devient indigne : ses sujets lui demanderont des comptes ; ils lui ôteront son sceptre : Âvferetur sceptrum de Juda. Où est celui, diront-ils, qui nous menait à la victoire, qui nous gorgeait des dépouilles de l'ennemi, et ne laissait jamais rouiller nos épées?... Jacob dit encore de Benjamin, son dernier fils :
«< Benjamin est un loup ravisseur; le matin, il déjeune « de la proie de la veille ; le soir, il partage le butin de « la journée. »»
Ce qu'il importe de relever pour la parfaite intelligence de cette époque d'initiative belliqueuse, c'est que la guerre est aussi bien particulière que nationale : industrie permise à tous, sans privilège pour le prince, la ville ou l'État. Jusqu'au sixième ou cinquième siècle avant Jésus- Christ, la guerre ne se distingue pas réellement du vol à main armée, par surprise, embuscade ou bataille rangée. lie fort armé, dont parle l'Évangile, est une allusion à ces vielles mœurs. La synonymie ou corrélation de guerre et brigandage est commune à toutes les langues anciennes : grand butineur, grand guerrier. Nemrod, que la Bible appelle un fort chasseur devant Jéhovah, était, comme Romulus, un chef de bandes. Les héros grecs sont aussi bien des entrepreneurs de piraterie que des chefs d'États. Un passage de l'Odyssée, cité par Grotius, témoigne que ces mythologiques personnages ne tenaient nullement à
déshonneur le métier de brigand et de corsaire. Preuve qu'au temps où écrivait Homère les idées n'avaient pas changé. Partout la piraterie est en estime ; elle fait l'objet de vastes spéculations ; c'est pour elle que la navigation est inventée et que s'organisent les premières sociétés de commerce. Pendant longtemps, même après que les cités ont fait la paix, la guerre se poursuit au nom et pour le compte des particuliers : Selon, Hérodote, Plutarque, Salluste, César, les rabbins, etc., en font mention. Les traités de paix entre États n'obligeaient pas les citoyens ; le pillage réciproque, à main armée, est considéré par tous les auteurs comme étant originairement de droit naturel. Cette coutume antique avait laissé des vestiges dans le droit romain ; elle a survécu au christianisme. C'est de là qu'est venue chez les modernes l'autorisation accordée aux particuliers d'armer en course, en se munissant de lettres de marque. On sait du reste combien, de nos jours encore, les brigands sont populaires dans les montagnes de la Grèce, de TEspagne et de la Calabre.
Ce train de vie ne pouvait durer. La contradiction de deux cités en paix, tandis que leurs habitants se font la guerre, était trop violente. Puis, la noblesse terrienne et l'aristocratie mercantile s'enrichissant, la première par le travail des esclaves et l'usure, la seconde par le trafic et l'agiotage, devaient faire tomber dans le mépris une industrie dont le nom seul attestait la misère. La police des États abolit donc la guerre privée; l'orgueil des princes, qui ne voulaient pas paraître indigents, s'étudlant à déguiser sous des termes honorables la cause et le but des expéditions, le nom de brigand et de pirate devint peu à peu infâme. Cicéron flétrit de cette épithète injurieuse les peuples qui font la guerre dans le seul but du pillage, les villes et les rois ne devant s'armer, selon lui, que pour la justice. Belle leçon adressée aux nourrissons de la louve,
mais leçon perdue. Ce ne fut pas sans effort que peuples et princes conçurent l'idée d'une guerre purenaent politique. Justin compte parmi les méfaits de Philippe, roi de Macédoine, que, non content des conquêtes qu'il faisait par sa politique astucieuse, il recherchait encore, selon la vieille coutume, les bénéfices de la piraterie. Qu'on se figure, s'il est possible, l'épouvantable désordre d'une société où le chef l'État le plus puissant avait des intérêts dans une entreprise de flibustiers, qu'il soutenait de sou influence et au besoin de ses armes !... « Tu me traites de forban, t* répliquait un pirate à Alexandre qui l'avait sommé de mettre un terme à ses exploits, « parce que je n'ai qu'un « vaisseau; tu m'appellerais roi, si comme toi j'en possé- « dais deux cents. » Au fait, la différence entre le conquérant et le pirate, au quatrième siècle avant notre ère, est insaisissable. Les pirates de Cilicie formaient une population nombreuse, que les Romains ne vinrent jamais à bout de détruire tout à fait, malgré la promesse qu'en avait faite César, et qui ne disparurent,j 'imagine, que sous l'avalanche des Turcs, plus grands pillards que les Ciliciens eux-mêmes. Réservée par privilège à l'État, la guerre ne perdit pas pour cela son caractère de spoliation; la fièvre du brigandage s'accrut au contraire de toute la différence qu'il y a entre une passion individuelle et les appétits énormes ^es collectivités. « Souhaitons à l'ennemi, disait le philoso- « phe Antisthène, beaucoup de bien et peu de vaillance. » Ce n'est pas parler à mots couverts, cela. Jusqu'à ce qu'ils eussent conquis le monde, les Romains ne conçurent pas non plus d'autre but à la guerre. On a remarqué à satiété que le droit, dont ils avaient au plus haut degré la religion, n'indiquait originairement pour eux qu'une prérogative de race, non un rapport d'humanité. Le droit était un attribut exclusivement quiritaire : quand les jurisconsultes, généralisant l'idée, déclarèrent le droit commun à
tous les hommes, ce fut fait de la république; Rome s*engloutit dans Thumanité.
Le peuple, cependant, ne Tavait pas ainsi entendu. La paix des Césars avait été pour lui le signal du partage, et comme une entrée en jouissance. L'idée que la cité,rend les hommes égaux, il Tavait dès longtemps, et elle avait fait sa victoire contre le sénat. Mais l'idée que, les nations faisant partie de l'Empire, ce qu'indiquait la fermeture du temple de Janus, il n'y avait plus à extorquer de tribut, cette idée, il ne s'y accoutumait pas. Néron, d'après Suétone, ayant appris qu'il y avait quelque mouvement dans les Gaules, ordonna de laisser faire. Il calculait que la répression s'étendant sur un plus grand nombre de villes lui rapporterait une plus grosse dépouille : Adeo lente as securetuUty ut gaudentis etiam suspicionem' praheret.tanr quam occasione nata spoUandarum jure lelli opulentissimarum provincîarum. Enfin nous avons relevé cet article honteux, et toujours en vigueur, du code prétendu de la guerre, qui autorise les armées de la guerre à fourrager sur les terres de l'ennemi, à exercer la maraude, et qui consacre au profit du vainqueur la spoliation, totale ou partielle, ad libitum, du vaincu. En faut-il davantage pour démontrer que ce que l'honnête Grotius et tous ses successeurs ont pris pour une conséquence naturelle de la guerre 'en est au contraire la cause première, et, dansla pensée secrète des belligérants, le but et la fin? Car, enfin, comme l'observe fort à propos Aristote, on ne fait pas la guerre pour le plaisir de la faire. Le droit invoqué n'est jamais que l'argument d'un intérêt; une guerre sans un mobile intéressé, pour le droit pur, guerre très-rationnelle, nous l'avons fait voir, serait en pratique, de la part de l'État qui l'entreprendrait, un non-sens. Quand la France dit qu'elle se bat pour des idées, ou on ne la croit pas, ou on se moque d'elle.
Voici donc qui est établi :
La guerre, fomentée par le paupérisme, entreprise en vue du pillage, organisée d'abord et indifféremment, tantôt par les particuliers, tantôt par les villes, est ensuite réservée à rÉtat. Le droit de la guerre devient la prérogative du souverain. La piraterie, dernière expression des guerres privées, est notée d'infamie, vouée au derniersupplice. Mais la guerre ne perd pas pour cela son caractère de rapine ; les armes civiques ne sont pas plus pures que les armes héroïques ; loin de là, la spoliation, droit de la victoire, exercée sur une plus vaste échelle, s'étale dans toute son ignominie.
Et cela dure jusqu'à ce que, par un concours de circonfitances que nous ferons ressortir plus loin, le pillage des populations, la dévastation des territoires soulevant la réprobation générale, la conquête se transforme en une simple incorporation politique, et force le conquérant à chercher dans l'exploitation de ses sujets les bénéfices de sa profession. L'histoire des Grecs, depuis la fin de la tyrannie dorienne jusqu'à Alexandre, nous offre sous ce point de vue la première et la plus intéressante de ces transitions. Il faut voir, par tous ses côtés, ce que fut cette civilisation grecque, si merveilleuse à tant d'égards, et dont les historiens marquent l'éclipsé au moment juste où, selon les lois ordinaires de la société, elle aurait dû prendre un nouvel essor, si la race grecque, avec tout son génie, avait été capable de concevoir l'idée d'une civilisation véritable.
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