XX PRÉFACE
doctrine du progrès exaltait la passion, que les religions d'autrefois avaient redoutée comme une des plus dangereuses : l'orgueil. Fidèle à sa théorie optimiste de la nature humaine, notre époque ne s'est point méfiée de l'orgueil humain ; elle en a fait au contraire une des grandes forces motrices de la civilisation contemporaine ; elle a encouragé tous les peuples à se croire les premiers du monde et à ambitionner une supériorité universelle, à mesure que leurs richesses augmentaient, que leur outillage industriel se perfectionnait et qu'ils se persuadaient de progresser. Les peuples de l'Europeont fait de grandes choses sous l'aiguillon de l'orgueil exalté ; mais ils ont aussi peu à peu délaissé les autels des vieux Dieux auxquels les hommes d'autrefois attachaient de temps en temps quelques couronnes : l'Honneur, la Justice, la Foi, la Pitié. Et nul peuple n'est devenu aussi orgueilleux que le peuple qui s'était imaginé d'être le modèle de l'univers parce qu'il avait réussi à fabriquer chaque année plus de 15 millions de tonnes de fer et à remplir le monde d'une