Great Br., doc. n
2. German Wliite Book, doc. n. 10, 10 a ; Livre jaune, n. 56.
ne menace pas l'intégrité de la Serbie. Son but unique est d'assurer sa propre tranquillité. Par conséquent, il dépend de la Russie d'éviter la guerre. L'Allemagne se sent solidaire avec la France dans le désir ardent de conserver la paix et espère fermement que la France usera de son influence à Pétersbourg dans un sens modérateur. »
Le ministre fit observer que l'Allemagne pourrait de son côté entreprendre des démarches analogues à Vienne, surtout en présence de l'esprit de conciliation dont a fait preuve la Serbie. L'ambassadeur répondit que cela n'était pas possible, vu la résolution prise de ne pas s'immiscer dans le conflit austro- serbe. Alors le ministre demanda si les quatre Puissances, — l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie et la France, — ne pouvaient pas entreprendre des démarches à Saint-Pétersbourg et à Vienne, puisque l'alîaire se réduisait en somme à un conflit entre la Russie et l'Autriche. L'ambassadeur allégua l'absence d'instructions. Finalement, le ministre refusa d'adhérer à la proposition allemande.
Sigfié : Sevastopoulo.
En somme rAllemagne priait la France d'expliquer à la Russie son point de vue et de la convaincre de sa justesse. En même temps elle chargeait son ambassadeur en Russie de faire une démarche, à laquelle le Livre Blanc allemand se garde bien de faire allusion, mais qui nous est
révélée par une dépêche de l'ambassadeur austrohongrois à Saint-Pétersbourg, publiée dans le Livre Rouge. C'est la dépêche 28, dont je traduis le commencement :
Saint-Pétersbourg, 26 juillet 1914.
« Le bruit ayant couru que la Russie se prépare à mobiliser, le comte de Pourtalès a prévenu le Gouvernement russe d'une manière formelle qu'il serait très dangereux de se servir de préparatifs militaires comme moyen de pression diplomatique. Dans ce cas le point de vue exclusivement militaire des Etats-Majors l'emporte ; et si en Allemagne on prend ce chemin, il est difficile de s'arrêter... »
L'Allemage aimait donc tellement la paix européenne, qu'elle était prête à en faire payer tous les frais à la Russie. Ce qu'elle demandait n'était rien moins qu'une capitulation totale de la Russie, comme en 1909. Aussi il n'est point surprenant que cette démarche allemande ait échoué. Londres et Paris répondirent que l'endroit où il fallait agir pour sauver la paix, c'était Vienne, et non Saint-Pétersbourg '. Le gouvernement russe déclara très nettement à l'ambassadeur allemand qu'il n'avait pas encore rappelé sous les drapeaux un seul réserviste ; qu'il n'aurait jamais mobilisé sur les frontières de l'Allemagne ; mais qu'il aurait
1. Great Br., doc. n. 46 ; Livre Orange, doc. n. 28; Livre jaune, n. 56.
QUI A VOULU LA GUERRE ? 'Ai
mobilisé les districts de Kiew, d'Odessa, de Moscou et de Kazan, si l'Autriche avait déclaré la guerre à la Serbie *-. Le seul résultat de toutes ces discussions fut que l'on perdit encore un peu de temps. 11 n'y avait, à ce moment, qu'un moyen de sauver la paix, qui était d'accepter sans retard, avec sincérité, le projet anglais. C'est ce que l'Italie avait fait dès le 26 2. Mais l'attitude de TAllemagne laissait peu d'espoir que le puissant empire donnerait son adhésion ; et si rAllemagne n'acceptait pas la proposition anglaise, à quoi serviraient les adhésions des autres puissances ? La journée du 26 se termina dans l'incertitude et l'anxiété.
Mais pendant la nuit la situation changea encore une fois, et non moins mystérieusement que les autres. Tout à coup, le matin du 27, l'Allemagne sembla disposée à donner son adhésion tant désirée et à travailler utilement avec les autres puissances pour la conservation de la paix. M. Jules Gambon, ambassadeur de France à Berlin, télégraphiait qu'il avait entretenu, le 27, M. de Jagow de la proposition anglaise {Livre Jaune, n" 67).