While Germaii Book, p
2. Livre Orange, doc. n. 64. Voir aussi l'importante dépèche de M. Paléologue dans le Livre Jaune, n. 100.
l'emportait à Berlin dès ce moment, comme M. Sazonoffle dit dans la dépêche n° 58,11 considéra la guerre comme inévitable, parce que l'Allemagne ne pouvait répondre à son refus qu'en exécutant sa menace de mobiliser. Et la mobilisation de l'Allemagne signifiait la guerre.
En Allemagne aussi d'ailleurs on considéra dès ce moment la guerre inévitable. Les étranges questions posées le soir du 29 par le Chancelier de l'empire à l'ambassadeur anglais nous le prouvent. Pour quelle raison le Chancelier était-il allé à Potsdam, dans l'après-midi du 29 ? N'y serait-il pas allé, par hasard, porter à l'Empereur la dépêche de l'ambassadeur d'Allemagne à Saint-Pétersbourg qui avait annoncé la réponse négative de M. Sazonoff sur la mobilisation ? La supposition semble vraisemblable. Il n'est plus alors impossible d'expliquer pourquoi la guerre a été virtuellement décidée le soir du 29 juillet, dans la réunion de Potsdam, à laquelle ont pris part d'autres grands personnages que l'Empereur et le Chancelier. M. Gambon définit cette réunion « un conseil extraordinaire avec les autorités militaires sous la présidence de l'Empereur ' ». Le refus de la Russie mettait le gouvernement allemand dans un embarras très grand. L'intimidation n'ayant pas réussi, il devait ou reculer et subir un échec retentissant, ou exécuter sa menace de mobiliser
L Livre Jaune, n. 105.
et, par conséquent, faire la guerre, car l'Allemagne ne pouvait pas mobiliser toute son armée sans entamer immédiatement les hostilités.
Il semble bien pourtant que^, dans ce suprême moment, on ait éprouvé à Potsdam une dernière hésitation, puisqu'on décida de demander encore une fois à la Russie « dans des termes moins catégoriques », comme dit M. Paléologue,à quelles conditions elle consentirait à suspendre ses armements. Mais on ne voulait plus perdre une minute. Le soir même où, pendant la nuit, l'ambassadeur d'Allemagne devait faire à Saint-Pétersbourg la démarche suprême, l'Empereur d'Allemagne envoya une dépêche à l'Empereur de Russie pour appuyer la démarche de l'ambassadeur, et le chancelier de l'Empire, à peine rentré à Berlin, demanda à l'Angleterre les conditions de sa neutralité. Si la seconde démarche de l'ambassadeur échouait comme la première, c'était la guerre immédiate. Aucun document indiscutable ne nous prouve que les préparatifs militaires de l'Allemagne ont commencé en ce moment ; on a cependant de la peine à croire que le gouvernement allemand n'ait rien fait, pendant quarante huit heures, pour préparer la mobilisation, quand il savait que la guerre était inévitable et quand il se montrait si pressé dans tout le reste. Quoi qu'il en soit, il n'est point douteux que, le soir même, à peine rentré à Berlin, le chancelier de l'Empire posa sa question à l'ambassadeur d'Angleterre ;
que l'Empereur envoya sa dépêche à l'Empereur de Russie à une heure du matin ; enfin, qu'à deux heures de la nuit, le comte de Pourtalès rendait visite à M. SazonofF. L'étroit rapport qui lie entre eux CCS trois faits est évident. Il est intéressant de remarquer que la dépêche de l'Empereur d'Allemagne contient une réponse indirecte et presque sous-entendue à M. SazonofF, de telle sorte qu'il est impossible de la bien comprendre sans avoir lu la dépêche n" 58 du Livre Orange. M. SazonofF, dans la conversation qu'il avait eue l'aprèsmidi avec l'ambassadeur d'Allemagne, avait dit que la Russie ne pouvait suspendre sa mobilisation, car elle ne l'avait résolue qu'à la suite de la mobilisation de l'Autriche. L'Empereur d'Allemagne répond que l'Autriche-Hongrie n'a mobilisé qu'une partie de son armée, et contre la Serbie. Quant à' la seconde conversation entre M. SazonofF et l'ambassadeur d'Allemagne, l'heure à laquelle elle eut lieu, — deux heures du matin, — montre bien à quel point le gouvernement allemand était pressé et impatient d'arriver à une décision. La dépêche n' 60 du Livre Orange et la dépêche n" 103 du Livre Jaune prouvent en outre que le sujet traité fut le même que celui de la conversation de l'après-midi : la suspension de la mobilisation. L'ambassadeur d'Allemagne insista pour démontrer à M. Sazonoff, comme le dit la dépêche de l'Empereur d'Allemagne, les graves dangers et les sérieuses conséquences d'une mo-
bilisation ; mais, quand il s'aperçut que la résolution du gouvernement russe était inébranlable, il ne put cacher son émotion. Evidemment, l'ambassadeur d'Allemagne avait cru, jusqu'à cette minute, que le gouvernement russe céderait, plus ou moins complètement, comme en 1909: il n'avait point fait sa démarche de l'après-midi du 29 dans l'idée que la guerre européenne en sortirait. Au moment où il comprit les terribles conséquences de la communication faite par lui le jour précédent, il eut un accès de larmes. Personne ne lui reprochera ce moment de faiblesse : les circonstances le justifient complètement.
Par malheur, c'était trop tard. Depuis ce moment, aucune volonté n'a plus été capable de diriger les événements. Les pourparlers entre la Russie et l'Autriche continuèrent le 30 et le 31 ; et un instant, le 31, ils semblèrent sur le point d'aboutir. Pris par des hésitations et des craintes malheureusement trop tardives, le gouvernement autrichien faisait savoir à la Russie qu'il consentait à discuter avec les Grandes Puissances de l'Europe toute la matière de son iitimalum '. Un moment on espéra à Londres et à Paris pouvoir encore éviter la catastrophe. Mais la démarche allemande à Saint-Pétersbourg du 29 avait créé, entre la Russie et l'Allemagne, un état de méfiance réciproque, qui, en quarante-huit heures,