Grea.t Br , doc. n
tendre lé résultat, procéda à la mobilisation de la totalité de ses forces de terre et de mer. A la suite de cette mesure menaçante motivée par aucun préparatif militaire de la part de TAllemagne, TEmpire allemand s'est trouvé vis-à-vis d'un danger grave et imminent. Si le Gouvernement impérial eût manqué de parer à ce péril, il aurait compromis la sécurité et l'existence même de l'Allemagne. Par conséquent, le Gouvernement allemand se vit forcé de s'adresser au Gouvernement de Sa Majesté l'Empereur de Toutes les Russies, en insistant sur la cessation des dits actes militaires. La Russie ayant refusé de faire droit à cette demande et ayant manifesté, par ce refus, que son action était dirigée contre l'Allemagne, j'ai l'honneur, d'ordre de mon Gouvernement, de faire savoir à Votre Excellence ce qui suit :
Sa Majesté l'Empereur, mon Auguste Souverain, au nom de l'Empire, relevant le défi, se considère en état de guerre avec la Russie '.
Après la longue analyse de documents que nous venons de faire, il n'est peut-être pas trop difficile de relever les points faibles de l'exposition
1. Gennan White Book, doc. n. 26. Ce document est reproduit dans l'original français, que j'ai transcrit à la lettre.
historique qui précède la déclaration de guerre. Il y a eu, dans cette fatale semaine qui va du 24 au 31 juillet, deux périodes différentes. Dans les premiers jours, c'est l'Autriche qui met en danger la paix de l'Europe par sa politique agressive et intransigeante, en ne tenant aucun compte des déclarations réitérées et très nettes de la Russie. On pourra reprocher à la Russie tout ce qu'on voudra, hors d'avoir manqué, pendant cette crise, de franchise, car elle a déclaré, dès le début, à tout le monde, l'Autriche et l'Allemagne comprises, qu'elle n'abandonnerait pas la Serbie à sa destinée, et qu'elle mobiliserait, si la Serbie était attaquée. L'Allemagne au contraire assiste, pendant les premiers jours, au développement de la crise avec des oscillations dont il est difficile de pénétrer les intentions cachées ou les raisons profondes, mais qui en tout cas ont facilité à l'Autriche un jeu téméraire. Elle débute par des menaces voilées ; puis elle se recueille dans une sorte d'optimisme indolent ; enfin elle tente d'amener la Russie à une capitulation en exerçant une pression à Paris, et en faisant échouer l'une après l'autre les tentatives anglaises de médiation par une résistance passive. Dans les derniers jours de juillet, les rôles changent : l'Autriche devient de plus en plus conciliante, bien que plus en apparence qu'en réalité ; et l'Allemagne de plus en plus agressive, de sorte que l'Allemagne envoie son ultimatum à la Russie le jour même où
l'Autriche était sur le point de s'entendre avec elle. Le moment critique de ce revirement fatal est la journée du 29. C'est le 29 que l'Allemagne, revenant tout à coup à son projet, déjà caressé le 26, d'amener la Russfe à une capitulation, se substitue à l'Autriche, proteste à Saint-Pétersbourg contre la mobilisation sur la frontière autrichienne, menace enfin de la mobilisation et de la guerre, si la Russie continue à mobiliser, en rendant désespérée une situation déjà critique.
Car on ne répétera jamais assez, que la grande énigme de cette histoire est celle du 29 juillet. Pourquoi le 29 juillet, tout à coup, moins de vingt-quatre heures après que le Chancelier avait tenu ses excellents propos pacifiques à l'ambassadeur anglais, le gouvernement impérial somme-t-il la Russie de cesser la mobilisation contre l'Autriche, quand l'Autriche ne se sentait pas encore menacée par ces préparatifs russes et ne s'en plaignait pas ? La seule réponse à cette question qu'on trouve dans les documents est celle que M. de Jagow donna le 30 à M. Jules Cambon, à savoir que « les chefs de l'armée insistèrent * ». Que de choses laisse entrevoir cette phrase, hélas trop concise ! Mais si les chefs de l'armée allemande ont imposé la guerre à l'Allemagne et à l'Europe, le soir du 29 juillet, dans la réunion de Potsdam, une autre question se pose, plus grave