‹ La guerreChapitre 53 sur 72 · IIoux · texte numérisé non relu

IIoux

maître Archignat dans toutes ses préparations avec une cranquillité qu'il n'avait guère dans le cœur et qui faisait de la peine à voir.

Malzac, petit et maigre, n'était pas aussi fort qu'Huriel, mais il était plus vif de ses mouvements et connaissait mieux la bataille ; car Huriel, encore qu'adroit au bâton, était d'un naturel si bon, qu'il avait eu bien peu souvent l'occasion de s'en servir.

Voilà ce qu'il me fut dit pendant qu'ils commençaient à se tàter, et j'avoue que le cœur me battait fort, autant de crainte pour Huriel que de colère contre son ennemi.

Pendant deux ou trois minutes, qui me parurent des heures d'horloge, aucun coup ne porta, étant bien paré de part et d'autre ; enfin, on commença à entendre que le bois ne frappait plus toujours le bois, et le bruit sourd que faisaient ces bâtons sur les corps qu'ils rencoatraient me donnait, chaque fois, une sueur froide. Dans notre pays, on ne se bat jamais comme cela, dans les règles, avec d'autres armes que les poignets, et je confesse que je n'avais pas l'esprit endurci à l'idée des têtes fendues et des mâchoires brisées. Jamais temps ne m'a paru plus long et souffrance pire que dans cette occasion-là. A voir Malzac si adroit, je tremblais de peur pour moi aussi peutêtre ; mais, en même temps, j'avais tant de rage de ne pouvoir m'en mêler, que, si on ne m'eût retenu, je me serais jeté au milieu.

La chose me faisait dégoût, malice et pitié, et pourtant, j'ouvrais la bouche et les yeux pour n'en rien perdre, car le vent secouait les torches, et, par moments, on ne voyait quasi plus rien qu'un moulinet blanchâtre autour des batailleurs; mais, voilà que l'un des deux fit entendre un soupir comme celui d'un arbre cassé en deux par un coup de vent, et roula dans la poussière.

Lequel était-ce? Je ne voyais plus, j'avais des orblutes dans les yeux; mais j'entendis la voix de Thérence qui disait : — Dieu soit béni, mon frère a gagné !

Je recommençai à voir clair. Huriel était debout et attendait, en franc compagnon, que l'autre se relevât, sans pourtant l'approcher, dans la crainte d'une traliison dont il le savait bien capable.

Mais Malzac ne se releva point, et Archignat, faisant défense à personne de bouger, l'appela par trois fois. Il n'en eut point de réponse et s'avança jusqu'à lui, disant:

— Malzac, c'est moi, ne touchez point !

Malzac ne parut pas en avoir grande envie, car il ne se mut non plus qu'une pierre ; et le chef, se penchant sur lui, le toucha, le regarda, et, appelant par leurs noms deux muletiers, leur dit :

— C'est partie perdue pour lui ; faites ce qui est à faire. Aussitôt ils le prirent par les pieds et la tête, et s'en

allèrent, toujours courant, suivis des autres muletiers, qui s'enfoncèrent dans la forêt, défendant à tout ce qui n'était pas de leur bande de s'enquérir du résultat de l'aflaire. Jlaître Archignat les suivit le dernier, après avoir parlé dans l'oreille duGrand-Bûcheux,qui lui répondit seulement:

— Ça suffit, adieu!

Thérence s'était attachée à son frère et lui essuyait la sueur de la figure avec son mouchoir, lui demandant s'il était blessé et le voulant retenir pour l'examiner; mais il lui parla aussi dans l'oreille, et, au premier mot, elle lai répondit :

— Oui, oui... adieu!

LES MAITRES SONNEURS

Alors Huriel prit le bras de maître Archignat, et tous deux disparurent aussitôt dans l'ombre; car, du pied, en se sauvant, ils renversèrent les torches, et je me sentis comme quand, d'un mauvais rêve tout plein de bruits et de clartés, on s'éveille dans le silence et l'épaisseur de la nuit.

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