BORNEO
à l'Ano
Est-il besoin d'ajouter que les Philippines sont une des
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régions les plus souvent bouleversées par les tremblements de terre. Manille et les principales villes ont été plusieurs fois renversées. Pour parer dans la mesure du possible à ces désastres, les constructions sont élevées aujourd'hui de manière à pouvoir résister aux oscillations sismiques. Les maisons à un seul étage sont en boiseries entre-croisées, de manière à former une vaste cage posée sur les murs larges et bas du rez-de-chaussée. Les toitures sont constituées par des feuilles légères de tôle galvanisée, et, détail original, les tables des appartements sont faites du bois le plus lourd possible pour pouvoir, à la premièï'e alerte, se réfugier dessous et éviter le choc des plâtres et autres débris de la maison.
L'alignement des montagnes philippines en chaînes parallèles a permis à quelques fleuves de Luzon et de Mindanao de prendre un développement considérable. Le plus abondant de tous est celui qui porte, en efi'et, le nom de « Grand-Fleuve », Cagayan, Tajo ou Rio-Grande. Il coule entre deux cordillères de Luzon, sur une longueur de plus de 350 kilomètres et se jette dans la mer en face de nie Camiguin.
L'Agno débouche dans la baie de Lingayen ; le Rio- Pampangan, qui parcourt la vaste plaine de ce nom, se déverse dans la partie septentrionale de la baie de Manille où il a formé un vaste delta d'alluvions. Un autre fleuve qui se jette dàntf lamême baie, le Pasig, n'a qu'une vingtaine de kilomètres de cours ; mais il est l'émissaire d'un grand lac d'eau douce profond de 36 mètres, la Laguna de Bay, et la cité de Manille s'est bâtie sur ses bords. Il méritait à ce titre une mention particulière. Au sud, la rivière de Taal n'est que le court émissaire de l'ancienne baie de Bombon, aujourd'hui transformée en lac.
Dans Mindanao, le cours d'eau le plus abondant est celui d'Agusan ou de Butuan que les embarcations peuvent remonter à plus de 100 kilomètres de son embouchure.
Ud autre fleuve, le Rio-Grande de Mindanao, prend sa source au centre de Tlle dans le lac de Magindanao, coule au sud-ouest, puis ayant reçu les eaux de plusieurs petits lacs, se retourne vers le nord- est pour se jeter dans la mer de Gélëbes. Le climat des Philippines est tropical : la chaleur mensuelle variant à peine de quelques degrés ne peut servir à distinguer les saisons.
Le partage de l'année se fait par le renversement des moussons et Talternance de la pluie et des sécheresses. Pendant six mois, d'octobre en avril, le vent du nord-est ou courant polaire souffle sur les lies ; d'avril en octobre, c'est la mousson du sud-ouest qui devient maîtresse de l'air. Le changement des moussons est souvent signalé par des cyclones épouvantables, tel le typhon de 1882 au cours duquel le vent atteignit la vitesse inouïe de 232 kilomètres à l'heure.
La flore des Philippines est extrêmement riche. Il y a quelques années, les botanistes y avaient signalé la présence de près de cinq mille espèces de végétaux. Quelques-uns atteignent des proportions colossales. Dans la province de Camarines, un balete ou figuier banian avait atteint de telles dimensions qu'on l'avait transformé en citadelle à deux étages armés de cano?is.
Les arbustes précieux des Moluques, le cannellier, le giroflier, le poivrier, se trouvent dans les forêts de l'archipel, et l'on réussit aujourd'hui la culture de l'arbre à thé.
Quant à la faune, elle est représentée dans l'espèce carnassière par le ngiao, sorte de chat sauvage et, dit-on, par une sorte de léopard, mais dans la seule lie de Paragua.
Les sangliers sont nombreux dans les lies, ainsi que l'antilope, le cerf et les singes.
Les gallinacés sont représentés par des sujets superbes ; les coqs élevés par les Tagals dépassent en beauté, en orgueil et en intrépidité les coqs de combat si prisés des amateurs philippins.
Quant aux bras de mers qui entourent les lies de Tarchipel, et aux cours d'eau qui s'y déversent, ils fourmillent de poissons de toute nature ; Tun d'entre eux, le dalag, est organisé de manière à vivre aussi bien dans Fherbe terrestre que dans Teau, et, d'après Semper, on en a rencontré grimpant au tronc des palmiers. A rencontre de Cuba, les variétés de serpents sont nombreuses ; toutes les espèces redoutables, trigonocéphales, vipères najas sont représentées dans la faune locale ; quant aux crocodiles, ils deviennent énormes ; on en a vu atteignant 10 mètres de longueur.
Le sucre est la principale culture des Philippines faite en vue de l'exportation ; la récolte, achetée presque en entier par les Etats-Unis et l'Angleterre, comporte annuellement plus de deux millions de quintaux métriques, d'une valeur de cinquante millions de francs. Le café, le cacao, le tabac, le chanvre de Manille feraient, concurremment avec la canne à sucre, la richesse de ce beau pays si depuis des siècles il n'était administré d'une façon déplorable.
Examinons, comme nous l'avons fait pour Cuba, les erreurs commises par les Espagnols, erreurs desquelles la crise actuelle a été la fatale résultante. Les phrases suivantes, tombées de la bouche d'un président du conseil des ministres d'Espagne, mettent à nu le système dont meurt aujourd'hui larchipel philippin :
« Non, il est vrai, depuis le XVP siècle, depuis Magellan, Elcano et Legaspi, nous n'avons point, aux Philippines, changé de gouvernement. Constamment, depuis trois cents ans, nous avons voulu gouverner cette colonie avec des soldats et des moines. Nous y avons fondé une sorte de féodalité à la fois militaire et théocra tique, et contre elle, enfin, s'est dressée la franc-maçonnerie, si bien qu'il n'y a plus dans l'archipel, Européens ou indigènes, que les loges et leurs adeptes, en face des ordres et de leurs fidèles.
« J'en puis parler très librement, n'étant pas francmaçon, non plus que je ne suis jésuite. De bonne foi, il faut avouer que ce gouvernement parles moines est, dans le monde moderne, un anachronisme. Mais, sommes* nous là-bas dans le monde moderne ? Nous avons affaire à des gens dont beaucoup sont des sauvages : les plus avancés n'en sont guère qu'où nous en étions il y a trois ou quatre siècles. Dès lors, la conclusion semble aller de soi : donnons-leur les institutions que nous avions il y a trois ou quatre siècles.
« Ce serait, en effet, une conclusion ; seulement, par une contradiction singulière, en ce pays de trois ou quatre siècles en retard, où nous ne changions pas autre chose, nous avons essayé d'introduire notre Code civil espagnol, lequel, naturellement, s'inspire, comme aujourd'hui tous les codes occidentaux, du grand principe de l'égalité devant la loi. Un grand principe, assurément; mais en faire à l'adresse des Philippines, dans leur état actuel, un article d'exportation, c'est la pire des absurdités et le contraire même de la politique.
« Je me plais souvent à dire que l'histoire est d'hier, la poésie de demain, la science et la religion de toujours, mais que la politique est de ce jour et d'un seul jour. La première qualité d'un gouvernement est, en conséquence, de répondre à l'état social et aussi à l'état mental du peuple pour qui il prétend être fait. Dans la condition des Philippines, que leur fallait-il ? Un despotisme éclairé, le bon tyran : Pierre le Grand, Frédéric II ou Charles III. Que leur envoyons-nous ? Des moines d'abord, et qui sont insatiables, qui sans cesse importunent la reine : « Madame, . que Votre Majesté veuille bien nous donner ceci et, par grâce, y ajouter cela. » — Elles ont trouvé le moyen, les missions des Philippines, de se faire loger à l'Escurial ! Et puis, après les moines, les maçons, et par là-dessus, un régime militaire : des généraux, qui sont tantôt les serviteurs des frères, tantôt les compagnons de la secte et qui,
«elôn qu'ils sont l'un ou l'autre, favorisent outrageusement ou les ordres ou les loges.
« Cependant, la colonie est tiraillée d'un camp à l'autre camp et d'un système au système opposé, gouvernée et administrée en partie par des lois trop jeunes, en partie par des mœurs trop vieilles. Au lieu de ces capitaines généraux, incapables pour la plupart de comprendre leur rôle politique, que n'expédie-t-on à Manille un homme ayant le sens et la pratique des affaires de l'État, qui instaurerait un gouvernement civil et laïque, mais dont les éléments seraient combinés et dosés d'après le caractère, l'intelligence et le degré d'éducation du sujet. «
De quelle façon, avec quels instruments l'Espagne gouverne-t-elle et administre-t-elle les huit millions et demi d'Indiens, d^Igorrotes, de Maures, de métis, de Chinois, etc., que renferme l'archipel philippin ?
Au sommet, nous dit M. Charles Beuoist, dans sa remarquable étude sur les lies Philippines, le gouverneur général réunit presque tous les pouvoirs ; il est plus que n'était jadis un vice-roi du Pérou ; il commande l'armée, dirige la politique ; c'est de lui que relèvent les afiaires civiles, et les affaires religieuses elles-mêmes ne lui sont pas étrangères, puisqu'il exerce le patronat royal vis-à-vis de rÉglise, est comme le vicaire de la couronne et représentant la personne du prince, comme « l'évéque extérieur » pour les Indes orientales. Depuis i824, le gouverneur général a toujours été un officier, capitaine ou lieutenant général, et le gouvernement général des Philippines est en même temps une capitainerie générale. Au sommet donc, le régime militaire ; les âmes appartiennent à Farchevèché : le capitaine général et l'archevêque, à eux deux, détiennent ainsi la somme de l'autorité ; ils la détiendraient toute, sans réserve ni recours, si la justice n'était du ressort de la Audiencia.
Les provinces forment, soit des gouvernements civils alcadias mayores confiés à des juristes ou hommes de loi,'
soit des gouvernements ou commmandements politicomilitaires. A la seule Ue de Luzon, et seulement à certaines parties de cette lie, se borne jusqu'à présent le champ d'expériences du régime civil : les Yisayas, Mindanao et Jolo, les lies adjacentes sont territoire militaire.
Les Espagnols tiennent TEtat et la province ; ils abandonnent la commune aux indigènes. Chaque pueblo ou commune possède une mairie, le tribunal où siège la Principalia, assemblée des membres et anciens membres de rayuniamiento, sorte de conseil municipal. Le chef de la commune est le gobemadorcillo on « petit gouverneur » , qu'on appelle couramment capitafi. G^est le maire de nos communes rurales avec, pour signes de son autorité, le frac et chapeau de haute forme et la canne à glands d'or.
Les impôts ne sont pas excessifs. L'impôt de capitation s'élève à 7 fr. SO par personne ou 45 francs par ménage ; la corvée de quarante journées de travail paraîtrait exorbitante si Ton n'ajoutait qu'en Extrême-Orient la journée de travail ne coûte pas fr. SO et que les prestations se rachètent au prix de 15 francs. Mais ce qui exaspère les indigènes philippins, c'est la manière dont les impôts sont perçus par le collecteur ou cabeza de barangay.
Celui-ci, un indigène, est responsable pour tant de tètes de contribuables ; si ceux-ci ne payent pas, il paye, lui, et l'on comprend qu'à l'occasion il se couvre ou se dédommage. Comme d'ailleurs il exerce ses fonctions au nom de l'Espagne, c'est sur celle-ci que retombe l'odieux des exactions commises par les collecteurs des tailles.
Les petits gouverneurs, capitaines et lieutenants de villages, les principaux, les cabezas, leurs femmes et leurs enfants ne cessent pas pour cela d'être considérés ; même lorsqu'on en pàtit, on les excuse et on les plaint presque : ils sont bien forcés de faire ce qu'ils font; à l'Espagne, seule on en veut de toutes ces prévarications. Pendant ce temps-là, en travaillant ainsi pour eux, ils travaillent à Tenvi contre elle.
Et pendant ce temps-là, dit don Manuel Scheîdnagel, les Espagnols remettent la police des lies à une garde civile indigène qui coûte cher, est mal composée, plus mal dressée, plus mal armée ; qui poursuit, sans jamais les atteindre, les tulisanes, les bandits dont deux compagnies d'infanterie ne tarderaient guère à rendre compte et depuis la création de laquelle les délits sont plus nombi^ux qu'auparavant. De telle façon que les chefs de villages, les petits fonctionnaires indigènes fournissent à rïnsurrection ses officiers ; la garde civile lui fournit ses cadres ; quant aux prétextes et aux meneurs, on pense bien qu'ils ne manquent pas.
Quatre ordres religieux prospères et puissants se partagent les Philippines : aiigustins, récollets, franciscains Bt dominicains. Ils occupent toutLuzon à l'exception des deux provinces de Lepanto et de Bontoc et toutes les lies Visayas ; Mindanao est réservé à la compagnie de Jésus. Leurs titres de possession évangélique sont anciens et vénérables; les augustins sont venus en 1563 avec Legaspi ; les franciscains en 1577; les dominicains en 1887, les récollets en 1606 ; les jésuites, après avoir été supprimés par Charles III, ne sont rentrés qu'en 1852.
Recrutés exclusivement parmi les Espagnols, dit M. jCharles Benoist, ils ne s'enferment pas au fond de leurs couvents pour y vivre dans la prière et la contemplation; ils occupent la majeure partie des cures paroissiales. Le reste, celles qui appartiennent en propre aux diocèses et, par exception, quelques-unes aussi de celles qui dépendent des ordres, est laissé au clergé séculier presque exclusivement indigène. Les bénéfices n'en sont point méprisables. Chaque fois qu'un indigène paye la capitation de 7 fr. 50, il est retenu 1 fr. 25 à titre de sanctorum et les sommes ainsi perçues sont distribuées aux curés des diverses communes sans préjudice des autres offrandes coutumières. L'archevêque de Manille touche de l'État 60,000 francs ; les archevêques de
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Cebu, Nueva-Segovîa , Nueva-Caceres et Jaro, chacun 30,000 francs. Le chapitre de Manille reçoit annuellement 170,000 francs, nos compris les émoluments des proviseurSj fiscaux et notaires ecclésiastiques qui Tarient entre 10,000 et 15,000 francs. Le haut clergé et le clergé paroissial coûtent à TÉtat chaque année 3,500,000 francs ; la cure la plus minime rapporte 10,000 francs; certaines valent jusqu'à 75,000 fr.
Le clergé aux Philippines est également le corps enseignant. Quoi que Ton veuille étudier, théologie, jurisprudence, médecine, pharmacie <m notariat, il n'y a à Manille qu'un endroit où Ton enseigne : la royale et pontificate Université de Saint-Thomas y dirigée par les dominicains. Des petits séminaires, dirigés par les dominicains, les jésuites ou le clergé séculier, préparent aux cours de l'Université.
En face des communautés religieuses des lies Philippines se sont dressées depuis longtemps ld6 loges maçonniques. A Manille, seize d'entre elles sont affiliées au Grand-Orient d'Espagne, et une au moins dans les autres provinces de Luzon ainsi que dans Zamboanga et les Visayas ; un club-loge anglo -allemand, dont le ^capitaine général, le commandant en second, le président du tribunal, le directeur de l'administration, le gouverneur civil et le commandant général de la marine ont accepté d'être membres honoraires et où des généraux fréquentaient quotidiennement ; une loge encore, exclusivement allemande, celle-là, et rattachée au Grand-Orient de Berlin, rUîiion germanique ; ]^ms la Société de tir de San- Juan del MontCy centre commun aux Suisses, Belges, Français et Hollandais, qui, une fois par an, sort en armes dans les rues de Manille, évolue sous le commandement du gouverneur général et défile devant lui; en tout, assure-t-on, cent quatre-vingts loges et, y compris les «frères dormants i» , vingt-cinq mille initiés, tel serait, d'après Vergara, l'effectif de la franc -maçonnerie aux
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Philippines. Parmi ces initiés figurent nn très grand nombre d'indigènes et notamment les plus riches, les plus influents ; d'autre paij't, Félémeut indien, poussé par l'attraîl du mystère, irrésistible pour l'homme primitif, s'est enrôlé en masse dans la franc-maçonnerie, qui a fourni ainsi à Tiûsurrection les chefs comme Aguinaldo Llanera et Andrés Bonifacio.
L'affiliation aux loges des indigènes a, en effet, été la cause déterminante, quoique éloignée, de l'insurrection, prélude de la guerre étrangère. A force de se rencontrer pour les « tenues » et les cérémonies, les Indiens ont appris à se compter, à compter les Européens et à se compter comme à les compter homme pour homme. Depuis des siècles, les moines leur enseignaient à regarder l'Espagnol comme un père, avec l'idée de pouvoir quasi illimité qu'emporte la paternité dans le régime patriarcal ; les francs-maçons les ont autorisés à ne plus le regarder que comme un frère, avec l'idée d'égalité que la fraternité comporte dans le régime moderne de l'Occident. Entendant sans cesse dans leurs loges mal parler du prêtre, ils ne le respectaient plus ; y coudoyant chaque jour l'officier, ils ne le craignaient plus. Le commandement se rapprochant d^eux perdait de son poids ; mais eux, se rapprochant les uns des autres gagnaient le sentiment de leur masse.
Le groupement qui manquait aux indigènes des Philippines, la franc-maçonnerie le leur a donné, groupement non seulement politique, mais militaire. Quand la francmaçonnerie a eu dans larchipel cent quatre-vingts loges, non seulement la conjuration a eu cent quatre-vingts foyers, mais l'insurrection cent quatre-vingts régiments : 2S,000 francs-maçons, plus de 20,000 rebelles sachant £e qu'ils faisaient ; derrière, la multitude de ceux qui ne savaient pas et qui se levaient tout de même.
Nous ne nous occuperons point ici des insurrections
partielles qui, à toutes les époques, semblent avoir été la
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vie normale de toutes les colonies espagnoles ; nous passerons de suite à la révolte de 1896.
Au mois d'août de cette année, des bruits fâcheux circulaient en Espagne ; on parlait de révolution aux Philippines, d'incendies, de massacres. Le gouvernement gardait le silence. Enfin, le 31 août, M. Canovas del Castillo, président du conseil, fut interrogé au Sénat sur le crédit que méritaient ces bruits et fut contraint de faire la réponse suivante : « Malheureusement, on ne dit que la vérité. Il est triste que depuis quelque temps nous recevions des nouvelles pen agréables qui obligent la nation espagnole à montrer, comme elle le montrera, toute la virilité dont elle est capable contre toute espèce d'attaques et contre toute engeance d'ennemis. »
Et le président du conseil communiquait les renseignements suivants : 1000 soldats de troupes indigènes avaient fait défection; on comptait que les conjurés devaient être au nombre d'environ 4,000 ; 2,000 ou 3,000 des plus audacieux avaient attaqué les lignes qui défendent l'ample circuit de la ville de Manille. Mais ils avaient été repoussés. Cependant, le gouverneur général se hâtait de mettre sur pied un bataillon de volontaires formé d'Espagnols de la péninsule et il avait demandé au commandant de la station navale de lui prêter 500 marins ; à Manille même, la garnison était plutôt faible ; il n'y avait qu*un bataillon d'artillerie à pied et quatre compagnies d'infanterie de marine péninsulaires. C'était assez pour que la capitale ne courût pas un sérieux danger ; ce n'était pas assez pour restaurer la paix dans l'Ile. Il n'était point difficile de découvrir dans ce langage la triste réalité. Les déclarations de M. Canovas voulaient dire que Luzon était pleine d'insurgés et que le capitaine général était assiégé dans Manille.
Le gouverneur des Philippines était alors don Ramon Blanco y Erenas, marquis de Pena Plata, homme d'une bravoure reconnue et d'une grande intelligence militaire*
Il avait passé par tous \eë grades de la hiérarchie et avait conquis le tercer entorcliado^ la troisième torsade, soit, chez nous, le bâton de maréchal. Dès 1866, il avait fait campagne dans l'Ile comme aide de camp du capitaine général don José de la Gandara ; de 1868 à 1871 , il avait exercé les fonctions de gouverneur de Mindanao ; enfin, en 1893, il avait assumé la charge de gouverneur général à laquelle il adjoignait quelques-mois plus tard celle de général en chef. C'est en cette qualité qu'après sa victoire à Marahui, il avait reçu des Corlès des remerciements unanimes et du gouvernement le tercer entorchado. C'est ce vieil et vaillant soldat qui, soudain, avec deux bataillons, dont Tun à peine formé, et quelques volontaires, se trouva en face d'une insurrection qui s'annonçait formidable.
(( Dans le malheur, dit avec juste raison M. Charles Benoist, on accuse toujours. On reprocha au maréchal Blanco de s'être entêté dans l'expédition de Mindanao, d'avoir dégarni Luzon, de n'avoir rien prévu, de n'avoir pourvu à rien et, maintenant même que la capitale était comme investie, de ne rien faire et de ne rien tenter. »
Loin de mériter les injures et les délations, le maréchal déploya le courage le plus rare et qui coûte le plus à un militaire ; ne pouvant utilement marcher, il sut se résigner à une immobilité que tout autour de lui il entendait qualifier d'étonnante, si ce n'était de scandaleuse.
Ne pouvant faire davantage, n'était-ce pas déjà faire beaucoup que de ne point donner à l'ennemi l'occasion de profiter d'une faute, de ne point jeter au grand incendie cet aliment, la flamme d'une victoire? Mais, immobile, le maréchal Blanco n'était pas inactif, et, dans la défensive prudente où il se renfermait, il préparait l'offensive prochaine. Il n'eut le temps que d'en esquisser le premier geste, car la clameur de ses adversaires s'élevait trop haut, et en lui envoyant le général Polavieja comme lieutenant, il était manifeste que • le gouvernement lui
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envoyait un successeur. Ainsi le comprit le maréchal, qui remit ses pouvoirs et s'embarqua aussitôt pour l'Espagne.
Polavieja était le héros de la Guerra chiquita, de la petite guerre, dernière convulsion de la révolte où, dix années durant, de 1868 à 1878, jusqu'après le pacte de Zanjon, avait été en jeu la souveraineté espagnole sur Cuba. Connu pour procéder à la manière forte, il emportait aux Philippines les espérances des patriotes impatients que la lenteur obligée de Blanco avait mis hors d'eux-mêmes. En possession de moyens que son prédécesseur n'avait pas, Polavieja ne laissa décevoir aucune de ces espérances : quoique malade, cloué sous sa tente par la fièvre, à demi aveugle, il agit, ne fut-ce qu'en commandant énergiquement l'action, et, secondé à merveille par un de ses divisionnaires, le général Lachambre, il eut vite fait de chasser les insurgés d'Imus, de Cavite- Viejo et d'en purger les environs de Manille, les provinces qui sont comme le cœur de Luzon et le centre de toute la colonie.
Mais il ne lui fut pas permis d'aller au delà et, à son tour, il eut un successeur en la personne du capitaine général de Madrid, don Fernando Primo de Rivera, marquis de Estella, pour qui, non plus, les Philippines n'étaient pas un pays nouveau, puisqu'il en avsdt été précédemment le gouverneur. Primo de Rivera ne pouvait que poursuivre ce que Polavieja avait si bien commencé ; il s'attacha avec décision et bonheur à ce labeur ingrat ; l'insurrection recula, les rebelles furent battus en maintes rencontres et, si l'on ne tient pas compte des petites révoltes locales survenues au cours de l'année 1897 et rapidement réprimées, on peut dire que l'ordre régnait aux Philippines jusqu'au jour où la guerre étrangère vint ranimer les espérances des chefs indiens et remettre de nouveau en question la souveraineté de l'Espagne sur ses possessions d'Extrême-Orient.
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Le 26 janvier 1898, un décret royal créait une médaille destinée à a rappeler les gloires et les souffrances de l'armée et de la flotte pendant la dernière campagne aux iles Philippines o.
Cette médaille, en bronze, comporte sur la face le buste du roi avec l'inscription : Alphonse XIII à J'armée des Philippines ; sur le revers, l'inscription : Valeur, Discipline et Loyauté, 1896 à 1898. Le ruban est en soie rayée aux couleurs nationales, jaune et rouge.
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^land. — Conflit inéyi-
fiies flibnatiere. —
ireroemeiK espagnol. —
incho. — Réorganisation