Chiffres fournis pour la répartition du sucre en
Potin et Damoy, — pour demeurer sur le terrain de l'alimentation — on arrivait à constituer un total de maisons véritablement imposant et un chiffre de capitaux en voie de production, d*une importance réelle. On aurait pu en conclure que toute notre vitalité économique se portait vers l'entreprise commerciale, soit individuelle, soit régionale, soit interrégionale, soit nationale ; nous désignons, par ce dernier qualificatif, celle dont le siège est à Paris, et qui étend ses ramifications sur la France tout entière.
Mais combien vague nous paraîtra le total des grandes entreprises succursalistes, si nous les comparons à celles qui étaient nées parallèlement en Allemagne : 1 4.533 firmes analogues possédaient 34.404 succursales employant i.39S>.346 personnes. C'est à-dire que, pour cette nation dont la population, comparée à la nôtre, ne se multipliait point par deux. Tentreprise de concentration se multipliait par trois. Il ne serait peut-être pas téméraire d'affirmer, dès maintenant, que le degré de résistance économique de notre ennemie n'est que la résultante de ce régime combattu si âprement chez nous par des ignorants ou des gens de parti pris.
Cette réflexion nous est suggérée par l'examen de ce qui s'est passé ici, lors de la déclaration de guerre, ~ et depuis. Il est, en effet, permis d'affirmer que, dès le début, ni le ravitaillement civil, ni le ravitaillement militaire, n'auraient pu s'effectuer dans des conditions satisfaisantes sans les grandes entreprises commerciales jouissant d'entrepôts constamment pourvus. Depuis que la lutte se déroule, leâ grandes entreprises industrielles qui ont décuplé leur effort ont rendu possible notre résistance, et c'est grâce à elles particulièrement, — économiquement parlant, -- que nous aurous un dénouement favorable.
On pourrait insister sur ce sijet, car il en vaut la peine ; les déductions que nous en tirerons seront résumées an ceci : la nation tout entière est intéressée au développe^ ment des entreprises de concentration qui, si elles n existaient pas, deviendraient inéluctables*
11 y a loin de là, comme on le voit, à la nécessité d'entraver leurs efforts et leur développement. Il ne faut pas
oublier qu'au point de vue capitalisme pur, elles présentent également des avantages indéniables : en effet, quand elles sont régionales, les bénéfices réalisés vont au siège et se répartissent sur les villages de tout un département ou de toute une province ; quand elles sont interrégionales, elles peuvent attirer des capitaux sur une région qui en est démunie ; quand elles sont nationales, les capitaux çc centralisent à Paris ; et Paris, c'est le cœur et le cerveau de la France, le centre de rayonnement, d*irradiement, de distribution, pour, employer un mot plus précis.
Les entreprises de concentration empêchent l'argent d'émigrer. Que n*en avons-nous fondé davantage I... Les Allemands n'auraient pas eu la fortune, alors, do nous faire la guerre avec nos propres milliards. U nous faudra, bon gré, mal gré, sous peine de retomber dans les errements d'aulrefois, établir partout, sur notre territoire, lorsque la paix sera signée, ces machines à pomper les capitaux : succursales de fabrication et succursales de débit.
On a beaucoup parlé de notre essor économique futur et de la nécessité de supplanter TAllemagne sur le marché mondial. Avant de la supplanter sur le marché mondial, il faudra tout d'abord la supplanter chez nous. Ce second résultai, pour être le moindre, n*en serait déjà pas médiocrement appréciable. Mais il faudra, pour cela, que nous changions de tactique : il faudra que ceux qui sont engagés dans les voies commerciales prennent le goût de Tassociation, car l'association e$t la mère de la forme grand magasin ou succursalisme. Il est inutile, en oulre, de se le dissimuler : tout désir d'exportation resle vain, sans»les produits de la grande entreprise.
Dans la petite entreprise, quelle auVlIe soit, l'homme s'eflforce seulement de gagner ce qui est nécessaire à sa subsistance. Qu'il ait ce qui lui est nécessaire, pour vivre comme les gçns de son milieu, cela lui suffit. Avionsnous hier un autre idéal que celui 4c l'artisan d'autrefois, lequel subsistait avec son métier lui donnant juste de quoi payer ses compagnons et satisfaire sa clientèle restreinte?... Ecouler des produits dans un cercle étroit de
420 LA 6UBRRK BT LE GOIIMBRGE FRANÇAIS
pratiques dont on connaît les goûts et les besoins traditionnels peut être un but ; mais ce n'est point le rêve qui naît à la faveur des aspirations, — de l'ambition, pour mieux dire. Ce but, au surplus, n'assurerait ni Finfluence, ni la vraie suprématie d'une nation .
Cet idéal de la subsistance médiocre, mais suffisante, ne fut point celui d'un Chauchard, d'un Cognacq, d'un Bader, d'un Motte ou d'un Schneider, non plus t[ue celui des fondateurs des grands bazars d'alimentation du boulevard de Strasbourg. Ceux-ci ont fixé leurs regards bien haut, sur leur étoile, et se sont acheminés sur la route de leurs brillantes destinées, décidés à ne point se laisser arrêter par le traditionnalisme, la routine où croupissent leurs contemporains. Us se sont souvenus que toutes les forces d'expansion étaient emprisonnées dans le caractère frafiçais ; ils ont libéré les leurs, comme nous devrons libérer les nôtres, si nous voulons que notre pays ait, dans le monde des affaires, la place à laquelle il a droit, et la place qu'il réclame.
En avant, donc, pour les entreprises de concentration industrielle et commerciale ! Et pas de démagogie.
Si nous voulons aboutir dans la lutte pour la conquête du marché mondial, il faudra que le développement du capitalisme domine toute notre histoire économique dans les années qui vont suivre. Nous savons bien que certains nous diront : « Est-ce que vous croyez, par hasard, que le capitalisme n'avait pas fait suffisamment de progrès chez nous ? Regardez ! mais il n'était question que de grandes Compagnies»...
Oui ! mais pas autant que chez les Allemands, où l'appétit du gain sans bornes et de l'influence illimitée s'étendait, envahissant tout le monde des affaires. Chez nous, nous le répétons, trop de gens p'avaient d'autre ambition que de gagner ce qui était nécessaire à leur pain quotidien, pour figurer dans le monde, selon leur rang. Pourquoi, si ces conditions suffisent, s'ingénier à faire rendre à la terre non seulement ce qu'elle donne de plein gré, mais tout ce que l'argent, associé à un supplément de
labour et aux applications scientifiques, peut lui arracher? Du moment qu'un agriculteur a sa cave fournie, son gousset convenablement rempli, qu'il peut chasser à l'automne, aller au chef-lieu du département quand il lui plaît, marier ses filles en les dotant quelque peu, lui faut-il autre chose?
Du moment aussi qu'un commerçant écoule ses marchandises dans un cercle de clients restreint, mais suffisant, et fait face convenablement à ses échéances, a-t-il besoin de se creuser la tête pour trouver des acheteurs nouveaux dont les goûts seront particuliers et les exigences, indubitablement ennuyeuses?...
Du moment qu'un patron peut payer ses employés, occuper sa machine vieux style, qui produit peu, mais est d'une solidité à toute épreuve, a-t-il besoin de substituer à cette machine quelque objet plus moderne et plus délicat, qu'une main parfois malheureuse endommagera à la première circonstance ?
Non. L'ambition perd les hommes. On nous l'a répété sur les bancs de l'école ; nous sommes des sages, et dès l'instant que notre clientèle se trouve parfaitement délimitée, reste fidèle, parce que satisfaite, que nous importeraient d'autres méthodes n'ayant pas fait leurs preuves chez tout le monde ?... Et nous nous endormons, confiants dans la routine, adorateurs trop fervents des ombres du passé.
Si quelqu'un tente de sortir de l'ornière et en sort, il apparaît comme un concurrent gênant, un empiéteur, un empêcheur de danses en rond, voire un accapareur. Nous blâmons son avidité, que nous jugeons saugrenue et coupable, puisqu'elle risque de troubler notre quiétude et nos digestions tranquilles.
Au surplus, toute extension d'affaires ou l'application de procédés nouveaux créent des charges supplémentaires, tant morales que matérielles, et beaucoup les évitent avec soin.
L'idéal de la subsistance pure et simple est un idéal étroit ; celui qu'il meut ne connaît le mécontentement que dans les inévitables heures de crises. Mais, habituellement, son homme est un satisfait et, s'il s'érige en protestataire, c'est pour sommer le Dieu- Etat d'intervenir par des
422 LA GUnilK BT L£ GOMMBRGS FRAKÇAIS
lois d'exception qu'il ju^ protectrices^ contre la catégorie de ceux qui ont des visées plus hautes et les réalisent.
L'Agriculture, imprés^née des bienfaits de la séculaire organisation communale, jouit bnatement du morcellement de la propriété, de l'enchevêtrement des parcelles, sans envisager s'il ne serait pas avantageux de les grouper d'autre façon, en développant un peu plus l'individualisme villageois.
L'industrie et le Commerce acceptent les entraves apportées à leur développement, la tutelle administrative, le mécanisme bureaucratique ; ils ne s aperçoivent pas que le Dieu-Etat n'est qu'une masse inerte, qui a besoin d'être vivifiée, et que tous les éléments commerciaux et industriels ne composent que des fragments d'organisme qui pourraient coopérer bien plus efficacement à l'œuvre individuelle et éducative s'ils étaient plus unis, et, par* tant, solidaires.
Quinze cents douanes intérieures, nuisant à l'unité économiquedé la Nation, sont jugées indispensables, et, parce qii on les croit indispensables, on ne^veut point convenir qu'i'Ues gênent les échanges ouïes contrarient; si les échanges sont gênés ou contrariés, il n en résulte qu'une paralysie plus ou moins complète de fabrication et de traflc intérieur, car c'est l'Allemand List qui a raison : « Les douanes intérieures — appelez-les les octrois si vous voulez — produisent à peu près le même effet que si Ton avisait de ligoter chaque membre du corps humain pour empêcher le sang de s'écouler de l'un dans l'autre. »
La guerre pourra être bienfaisante, dans ce sens que la paix, pour faire face aux charges écrasantes qui seront sa conséquence, contraindra Tinitiative privée à s'exercer d une l'açon intense, qu il lui faudra le champ libre pour l'action . U laudra bien en arriver à la suppression de tous les obstacles empêchant d'atteindre le développement économique nécessaire. L'esprit d'entreprise, apanage de quelques uns jusquici, devra se déchainer. Chaque Français quientr«*ra dans la voie industrielle ou commerciale, devra, par la force des choses etles exigences de la situa-> tien, rompre avec la tradition, la routine, et c'est la
POUR QUE LA KuInCË SOIT RICHE 4âi3
volonté d'aboutir qui, si elle est développée à Tinfini, enfantera Tessor économique. Ce sont les circonstances qui créent les hommes, comme la fonction crée l'organe. C'est la libre entreprise, à capitaux réunis, à intelligences associées, qui bouleversera, avec une rapidité peut être insoupçonnée, le mode de vie qui caractérisait la France jusqu'à ce jour.
Mais la condition « sine qua non » réside tout entière en ceci : Plus de lois d'exception contre la concentration. Abrogation de celles qui existent et dont les fameux amendements Berry étaient la plus belle incarnation !
Ce n'est pas seulement dans le Commerce et l'Industrie que doit se manifester l'esprit d'entreprise, mais dans le développement de l'Agriculture. Ici, les progrès seront sans doute beaucoup plus lents ; on en observera moins dans un laps de temps donné, en raison du morcellement de la propriété française et des groupements de parcelles de terre, excessivement difTiciles à réaliser, parce que l'avantage de ces groupements qui pourraient se constituer par échanges, n'apparaît pas encore nettement au peuple des campagnes, pratiquant la culture plus ou moins comme les aïeux.
Comme toutes les productions, la production agricole ne peut augmenter que si les méthodes se perfectionnent, grâce à la technique plus savante. L'empirisme d'autrefois doit disparaître pour faire place à la chimie agricole et à la multiplication du travail mécanique, qui doit s'effectuer sur des propriétés d'un seul bloc.
Le cultivateur d'aujourd'hui deviendra, peu à peu, un industriel ; producteurs de betteraves, plusieurs propriétaires réunis, par l'association, deviendront sucrît»rs; producteurs de pommes de terre, ils deviendront distillateurs, car il faudra bien, en dépit de toutes les résistances pétrolifères, qu'on en arrive à la fabrication et à l utilisation en grand de l'alcool industriel qui serait la vraie fortune de notre agriculture nationale ; à côté des centres
d'élevage, en Normandie, au Charolais, dans le Languedoc, s'élèveront des abattoirs industriels pour Tutilisation des sous-produits actuellement perdus. Le vieux principe de l'assolement triennal disparaîtra peu à peu, remplacé par la culture intensive à l'aide d'engrais chimiques. Le rendement à l'hectare augmentera tant au point de vue des récoltes variées qu'à celui du nombre des têtes de bétail qu'il nourrira.
Notre production agricole triplera, quadruplera, quintuplera. La France pourrait nourrir aisément 120 millions d'habitants. Mais il ne faut point espérer que le nombre des bras des travailleurs de la terre puisse augmenter, avant longtemps. Et cela prouve que, si nous devons compter sur quelque chose pour l'obtention de pareils résultats, c'est avant tout sur le perfectionnement et le développement des moyens techniques consécutifs à l'évolution économique.
Les grandes entreprises agricoles ne feront pas comme les grandes entreprises industrielles et commerciales. Klles n'augmenteront pas indéfiniment; elles ne pourraient le faire qu'avec la spécialisation, qui est la caractéristique de l'industrie, principalement. Or, la spécialisation n'admet pas la variété infinie des produits dans une même propriété. 11 s'ensuit que la petite culture ne sera jamais écrasée par la grande comme la petite industrie ou le Petit Commerce sont écrasés par l'entreprise de concentration. Car, à celle-là, il restera toujours la facilité de produire tout ce que consomment les branches humaines.
Si nos contemporains comprenaient bien cela, la conséquence de cette compréhension se traduirait aussitôt par le décongestionnement des voies encombrées du Petit Commerce, où tant de paysans ayant effectué un héritage, tant de gens de maison ayant réalisé des économies, se sont lancés pour végéter, sans avoir Tombre d'une vocation, ni d'une aptitude. Ceux-ci n'ont pas créé la crise qui sévissait déjà avant la guerre, mais ils l'entretiennent; mieux, ils Taccentuent. La raison, à eux comme à bien d'autres, imposera le retour à la terre, car, il faut qu'on le sache, le paysan, avant tout, produit pour
sa consommation ; il est toujours sûr de vivre : la concurrence capitaliste ne l'atteint pas. Là où les pères vivaient, vivront mieux les enfants. Mais les enfants, eux, travailleront pour vendre, pour réaliser de l'argent dont ils ont besoin; l'augmentation de tout atteint un tel degré que la moindre des cultures intelligentes deviendra rémunératrice. Au reste, le paysan a déjà tendance, partout, à être un homme d'affaires, qu'il soit fermier, ou métayer, ou propriétaire. 11 se tient au courant des prix, des fluctuations des marchés ; nul moins que lui n'achète ou ne vend les yeux fermés : quand il aura compris tout le parti qu'il peut tirer de l'industrialisation de la terre, il sera à la veille de réaliser le maximum de bien-être et de fortune.
C'est grâce à tout cela que la France, tout en étant un pays industriel et commercial, restera avant tout un pays agricole, toujours capable, et plus que les autres, de vivre des produits de son sol. Vivant, en outre, de notre industrie, de notre commerce maritime, de notre richesse acquise, nous conserverons, parmi les nations, le plus enviable rang de prospérité.
Les signes des temps sont venus ; ils indiquent l'avènement de cette ère d'essor économique ; l'élite intellectuelle de France met en cet avènement tout son espoir, imitant en cela, il faut bien l'avouer, l'élite intellectuelle allemande qui prit, dès longtemps, le môme objectif : développement des associations de crédit, accroissement des cartels patronaux, accroissement aussi des syndicats ouvriers, développement des Sociétés de consommation, progrès constants de l'assurance publique et privée, mesures de protection ouvrière prises par l'Etat; d'un côté, tout ce qui favorise le régime de la concurrence illimitée, de l'entreprise s'épanouissant en toute liberté ; de l'autre, tout ce qui peut organiser, parallèlement à l'aristocratie de la production et du commerce, l'aristocratie du travail garantissant aux hommes de l'usine, du magasin ou des champs, des conditions d'existence de plus en plus faciles, une vie d'où l'esclavage s'écarte par degrés pour faire place à plus d'humanité.
Et la conséquence de cette évolution économique, de
cette expansion progressive et incessante, sera, il n*en faut pas douter, la conquête du pouvoir politique d'où seront peut*élre bannis les timorés, les incapables et les mouches du coche, qui, par un bourdonnement sempi^ ternel et ennuyeux, prétendent faire avancer la machine. Lorsque Taurore de ces beaux jours poindra à l'horizon^ nous pousserons un soupir de soulagement, en disant : « Enfin ! ce n'est pas trop tard. Les meilleures choses arrivent toujours assez tôt... quand elles arrivent! »
C'est à la taveur de l'épanouissement de la concentration industrielle et commerciale que notre édifice social se modifiera de tout en tout. Là est la vraie révolution qui apportera plus de bien-être dans la nation, en rapprochant les classes de la société, en empêchant les prolétaires de tout ordre d'être désormais considérés comme des déchets, des rebuts, des êtres inférieurs. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur les œuvres qiie.de grandes firmes ont constituées. Ces œuvres en faveur du personnel, à 1 heure actuelle, ont fieuri en maints endroits; en d'autres, si elles sont embryonnaires, elles se développeront. Nous avons cité, à diverses reprises, des exemples aussi nombreux que variés ; à quoi bon y revenir une fois de plus ? L'exemple est contagieux et la tendance à associer, en quelque sorte, l'ouvrier au patron, est nettement marquée. De moins en moins, la classe des travailleurs apparatt constituée de malheureux n'ayant pour vivre que leur salaire quotidien, et qui peuvent se voir jetés sur le pavé à la première occasion et sans motif sérieux. L'insécurité redoutable, pour la vie du salarié et de sa famille, s'atténue. Cela finira par disparaître totalement; les crises de la production et de la vente, demain, ne l'atteindront plus; on peut dire que le besogneux, grâce aux sentiments d'humanité dont font preuve certaines grandes affaires, s'élèvera peu à peu vers le patron, dans sa situation. La machine perfectionnée n'avilira plus le travail, et le temps où l'on exploitait la
POUa QUE LA FRANGE SOIT RICHE 427
femme et reniant par la multiplication irraisonnée des heures d'effort; le temps où les crises de chômage et de misère pesaient inexorablement, n'apparaîtra plus que comm<î un mauvais rêve dans le recul du passé.
Le réyfimc du capitalisme a fait souffrir le peuple allemand proprement dit, parce que c'est en Allemagne que ce régime s est manifesté tout d'abord; FAngleterre, qui le connut un peu plus tard^ en souffrit moins, car les abus étaient signalés et Ton pouvait déjà leur apporter remède; la France en souffrira moins encore parce que, depuis, la conscience de classe a fait des progrès dans le peuple et que Tidée de solidarité s'est implantée dans Tesprit des fondateurs d'entreprises. La politique, jusqu'à présent, ^joué un rôle prépondérant dans les syndicats ouvriers; ce rôle s'atténuera dans l'avenir, au fureta mesure que la défense exclusive des intérêts professionnels se substituera aux principes de parti.
La concentration industrielle et commerciale, peu à peu, accomplira l'évolution pacifique qui transformera, comme il convient, pour le bonheur de tous, la société capitalise U est à remarquer, d'ailleurs, que la résistance aux lois dites sociales n'est jamais venue de la grande entreprise, mais que celte résistance s'est surtout manifeslée chez l'industriel moyen, le commerçant moyen, et que cette résistance fut d'autant plus vive que l'industriel et le commerçant tendaient à se rapprocher de la catégorie de ceux qu'on appelle les petits, réfractaires également à toute idée de mutualité et aux améliorations collectives qui font bien augurer de l'avenir.
C'est grâce aux initiatives actuelles et prochaines des entreprises en plein épanouissement, qu'on s'apercevra de celte vérité; l'entreprise de conceniration n'est pas, comme on le croyait autrefois, un organisme sans cœur et sans entrailles. C'est grâce aux efforls commencés et promis dans leur accomplissement, que les employés, les ouvriers, se débarrasseront des soucis cuisants, angoissants, de la vie matérielle; la stabilité des situations améliorées permettra un acheminement des individus vers la culture physique, intellectuelle et morale ; la classe
pauvre sera en régression quant au nombre ; le relèvement des salaires, l'amélioration des conditions d'existence de tous correspondront, effectivement, à une augmentation des revenus. Et la joie naîtra de la sécurité des lendemains. Tous ceux qui méritent vraiment le titre de travailleurs s'élèveront, par degrés, vers ces classes dites moyennes qui, loin de s'éteindre, s'amplifieront ; pour y avoir droit et pour l'atteindre, il suffira de n'être point un incapable, un déclassé, un disqualifié, tant par les tares morales que par les tares physiques. Nos mœurs s'unifieront dans l'unification des conditions de vie ; l'unité nationale y gagnera par le développement des instincts de solidarité qui, avec l'ancien système, marchaient à l'atrophie.
Et, comme il est démontré que la concentration industrielle et commerciale moderne est parfaitement compatible même avec la plus âpre concurrence, la production nationale se multipliera. La multiplication de la production, c'est la multiplication des échanges et de la consommation, — donc, de la richesse et du bien-être. Nous pourrons être fiers des résultats acquis, lesquels se maintiendront par la solidarité de tous les éléments économiques de la nation.
La France moderne est en voie de gestation. Ce n'est point l'utopie qui va naître : c'est le progrès. Nous avons confiance, et.nous attendons.