‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 13 sur 112 · LES CHARGES DU PETIT COMMERÇANT · texte numérisé non relu

LES CHARGES DU PETIT COMMERÇANT

rare dans les Ardennes et le Lot, la comptabilité n'existe généralement pas dans TAisne, à Ghambéry, à Embrun ; elle est le cas habituel, dans 5 à 6 p. 100 des maisons, à Clermont (Oise) et dans 10 p. 100, à Saint-Etienne. »

Dans ces conditions, il est impossible de prévoir le lendemain et de gouverner un établissement de telle façon que les rouages, même rudimentaires, soient perfectionnés comme l'exige le progrès auquel s'allie si bien la réussite.

Les petits commerçants ignares sont des déchets d'humanité qui seraient plus utiles à l'usine ou dans les champs, dans l'exercice d'un métier manuel, occasionnant les ampoules et les durillons, que beaucoup ont connus, mais ne veulent plus connaître. Ils constituent de la force perdue, alors qu'au point de vue économique, nous en avons trop peu à employer. On ne peut que le regretter. Après la grande crise qu'est la guerre, il importera de procéder à une répartition plus juste de nos forces sociales, si nous voulons conserver notre place dans le monde. Les sentiments démagogiques seraient nuisibles à l'intérêt de la France : il convient d'espérer qu'on ne fera pas du patriotisme qu'aux heures d'invasion ; si on en faisait suffisamment à d'autres moments, pendant la paix, bien des épreuves nous seraient épargnées en des jours douloureux comme ceux-ci, et les moyens de vaincre n'auraient pas besoin d'être imaginés ou composés de toutes pièces.

Le petit commerçant, toutefois, participe au bouclement du budget. Il n'en est pas plus fier pour cela. C'est une utilité qu'il voudrait bien ne plus avoir. Les détaillants, en effet, dans la France entière, protestent contre le poids des charges diverses, sous lequel, disent-ils, ils succombent. Il est vrai que, si l'on doit payer gaiement les impôts, c'est dans la prospérité. Or, les boutiquiers avouent ne plus la connaître...

Quelles sont donc ces charges?... La généralité les a-t-elle envisagées, avant de s'établir?... Rien n'est moins probable. Les charges résident en la patente et tout son cortège de centimes départementaux et communaux qui, avant les hostilités, augmentaient d'année en

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année et <iui, après les hostilitéSi vont accomplir des bondd prodigieux, à moins que ces bonds ne soient accomplis par un nouvel impôts plus Ou moins destiné à les remplacer. Mais, quelle qud soit la chose, le résultat sera certainement le même.

Les impôts ! c'est l'objet perpétuel des récriminations, c'est le cauchemar des petits commerçants. Ce cauchemar, bien entendu» ne commence qu'après l'ouverture dumagasin^ car, avant, tout est rose. Beaucoup proclament qu'ils devraient être en rapport avec le chiffre d'affaires et les bénéfices, et nient qu'ils le soient. Ils ajoutent : « Le commerce et l'industrie arrivent à payer, presque seuls, des pensions aux paresseux et aux gourmands. »

Le petit comnierce, il faut bien le dire, a été habitué à cette conception spéciale de son rôle et du paiement de l'impôt par M. Georges Berry et ses amis. Gela prouve que l'erreur s'implante facilement dans les cerveaux peu cultivés ; on doit regretter de voir des hommes politiques s'ingénier à la semer en n'envisageant que le profit électoral, souvent absolument contraire à l'intérêt du pays.

Mais l'ère de justice va nattre. La patente, en effet, a vécu. Le Sénat l'a supprimée le 13 novembre 1915, malgré les pleurs de M. Boivin^Champeau, qui regretta la souplesse fiscale de cet instrument sacrifié. Les parlementaires, en effet, dans la culture intensive des sentiments démagogiques, en ont usé vis-à-vis des Maisons à Succursales, pour complaire au petit commerce. La patente, ainsi augmentée, devait arrêter l'essor économique, comme elle arrêta toujours les détaillante dans l'effort vers le mieux. C'est ainsi que la boulangerie, voyant sa patente augmentée de 20 à 2S p. 100 par la taxation des pétrins mécaniques, scies circulaires, montecharges mus par des moteurs, dédaignait cet outillage perfectionné. Le petit commerçant déclarait franchement que la patente l'empêchait, bien malgré lui, d'obéir aux prescriptions de l'hygiène et du progrès dans sa boutique; il se proclamait en désavantage marqué en face des firmes plus importantes ayant des capitaux à leur disposition. On verra si, dans la suite, il fait mieux avec

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