‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 40 sur 112 · DESIGNATION · texte numérisé non relu

DESIGNATION

des

entreprises.

Epiceries de çros. . .

Epiceries de détail . .

Epiceries à succursales

multiples

Epiceries à roulottes .

Epiceries coopératives Fromages et teurres .

Fruitiers et primeurs .

Boucheries de gros . .

Boucheries de détail .

Boucheries de cheval .

Boucheries coopératives

Charcuteries

Boulangeries

Boulan&^eries coopérât.

Pâtes alimentaires . .

Chocolats, fabricants .

Chocolats, entrepôts .

Pâtissiers et confiseurs

NOMBRE

de maisons en

HO

NOMBRE

de maisons dont

le nom figure

pendant

toute cette période.

En étudiant ce tableau, qui porte sur une période de 20 ans (1893-1913), on constate :

1** Que le nonabre de ceux qui s'occupent de production ; boulangers, charcutiers... est en diminution.

2' Que le nombre de ceux qui s'occupent exclusivement (le distribution : épiciers, fruitiers... est en augmentation.

Les commerçants qualifiés bouchers» sont moins nombreux à la fin de la période. Mais si Ton ajoiile, à cette

172 LA GUSRBB BT tB COHUEBCB FKANgUS

catégorie, les magasins qui débitent la viande, et qualifiés épiceries, on trouvera, en 1913, un nombre de débits de viande supérieur à celui de 1893.

En réalité, petits bouchers et épiciers débitants de viande, font le commerce de boucherie, sous le couvert des grands bouchers qui achètent et abattent sous leur propre responsabilité.

L'augmentation du nombre d'épiceries tient :

1° A l'exode de la population nimoise du centre à ia banlieue, ce qui a amené la création de petites épiceries de quartier.

2° A la crise économique que traverse la ville. Beaucoup d'épiceries ont été créées par des personnes sans travail, ou par la femme dont le mari occupe une fonction peu rémunérée.

Epiceries à roulottes, à succursales multiples et coopératives, ne paraissent pas avoir préoccupé beaucoup, jusqu'ici, les autres épiciers.

L'Union des banquiers de Paris et de la province est de notre avis, quand elle dit que les effets qui pouvaient découler du développement du grand commerce de détail, se sont produits depuis longtemps. Elle constate, à ce propos, que la consommation générale ayant augmenté, le commerce général, sans distinction d'importance, a profité de cet accroissement.

Il n'est pas niable — et nous voulons le nier moins que 'conque — que le développement du grand commerce létail et des sociétés coopératives de consommation odifié les conditions d'existence du petit commerce létail. Il s'est produit un déplacement dans les divers ires de commerce exercés ; dans certains même, et (S des conditions déterminées, le nombre des délaîl- '""•Ç^s semble s'être réduit. Mais ce n'est là qu'une appa- - - "'""-.e, car les renseignements puisés dans les statistiques, nettent d'aiïïrmcr que, dans les mêmes régions, - atres commerces de détail se sont créés sous l'impuld'industries nouvelles et ont remplacé ceux qui dis- 'aissent, en sorte que le nombre total des commerçants !•' détail ne diminue pas. Le chitirc de 1 patenté par 20 à

MENACE DU PETIT DETAILLANT DANS SON EXISTENCE d73

23 habitants, et résultant des données fournies par le Bulletin de statistiques et de législation comparée du ministère des Finances, est la preuve de l'exactitude de ce raisonnement et de cette affirmation : le nombre des commerçants, non seulement jreste le même, mais il s'accroît.

Le tout, c'est de savoir si, au point de vue national, c'est un bien, car il ne s'agit pas seulement de vendre et de consommer : il faut avant tout produire. La multiplication du nombre des commerçants n'a pas d'autre résultat que de prendre inutilement des bras à la terre et à l'usine, au moment où la terre et l'usine manquent de main-d'œuvre si considérablement.

Comme on le voit, si la question d'existence du Petit Commerce constituait hier un problème social, elle en constituera un autre demain, lorsque la guerre sera finie. Mais combien plus sérieux, plus grave ! C'est ce que nous disait l'honorable M. Neyret, maire de Saint-Etienne, qui, loin de pleurer sur la disparition de cinquante boulangeries tuées par la fabrication mécanique du paiii, ajoutait : ii En face de l'évolution, le petit commerçant d'hier ne nous apparaît que comme un être inutile, un déchet social. »

La France, demain, aura besoin de tous ses enfants. Il ne faudra pas d'embusqués de la paix, comme nous avons eu lès embusqués de la guerre.

L'argument connu des petits ' contre les grands est qu'une maison qui réalise 800.000 francs d'affaires, supprime environ 40 petits commerçants. C'est la conséquence fatale, irrésistible du progrès.

Gomme le disait la Chambre de Commerce de Paris :

« Convient-il de regretter cette transformation des modalités commerciales surannées ? Est-il possible de s'y opposer ? Et y a-t-il lieu de le tenter ? Nous croyons, pour notre part, le mouvement invincible, et, sans songer, en aucune façon, à faire obstacle aux tentatives de défense du Petit Commerce que semble vouloir entreprendre le Parlement, nous concevons des doutes sur leur efficacité. N'est-ce pas en se transformant lui-même, en se spécia-

174 LA GUKRRE ET LE GOMSIERCE FRANÇAIS

lisant, en retenant la clientèle par des moyens différents de ceux qu'emploie le grand commerce de détail, que le Petit Gommepce vivra ? d

Cette manière d'agir serait la plus efficace. Les exem^ pies fournis par ceux qui mettent en pratique l'esprit d'association, en sont la preuve.

Gela nous amène à une étude importante sur les Maisons à Succursales, leur origine, leur manière d'être et leurs fins. Peut-être, d'ailleurs, cette étude sera t-elle la bienvenue, attendu qu'il existe fort peu de données sur le grand commerce de détail.

En août 1916, M. Glémentel, ministre du Commerce, nous disait : « Le grand commerce de détail reste mystérieux; il a, cependant, durant la guerre, accompli nombre de choses utiles ; s'il n'a pas fait fléchir les prix de la vie, — il ne le pouvait pas — du moins, généralement, il a enrayé la hausse. »

Le public et le Parlement doivent savoir ce qu'il en est. Bien des préjugés, ainsi, seront étouffés ; bien des erreurs regrettables de la législation ancienne apparaîtront; bien des erreurs possibles de la législation de demain seront évitées ; et le Petit Commerce profitera des leçons où l'expérience triomphe, — s'il le veut.

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