LE CLASSEMENT DES MAISONS A SUCCURSALES
Grands magasins d'alimentatiçn ayant des dépositaires.
Nous avons vu qu'un certain nombre de maisons d'alimentation ont créé des dépôts pour la vente de leurs produits. Elles passent des contrats avec les commerçants qui s'engagent à réaliser un certain chiffre d'affaires ; elles leur laissent le monopole de leurs produits dans la localité. Les maisons précitées sont presque toutes dans ce cas, tout particulièrement Potin, Damoy, Olida.
D'autres confient à un commerçant déjà établi, les marchandises et les produits de leur marque, que ce dernier s'engage à ne pas vendre au-dessous du prix convenu. Aucun chiffre d'affaires minimum n'est exigé, mais ces dépositaires doivent s'approvisionner exclusivement des marchandises désignées, dans la maison d'alimentation qui leur en a confié le dépôt. Ils peuvent vendre d'autres produits, exercer un autre commerce, mais ne peuvent acheter ailleurs les marchandises de même nature que celles dont le monopole leur a été confié.
Ces dépositaires opèrent pour leur compte uniquement ; ils paient leurpatente, leur loyer, leurs frais d'installation. La maison d'alimentation qui les fournit, remplit, vis-àvis d'eux, le rôle de l'épicier en gros, sans qu'ils aient à courir aucun risque, chacune des deux parties ayant le droit de rompre son engagement quand il lui plaît.
Certaines Maisons à Succursales, depuis la guerre, ayant perdu leurs succursales, soit sous les bombardements, soit par l'occupation d'une portion de notre territoire par les Allemands, au lieu d'ouvrir de nouvelles boutiques, ont des dépositaires, telle la firme de Lucien Lépine, de Suippes.
Fabricants vendant par dépôts.
Dans cette catégorie, nous ne trouvons que quelques essais faits par des fabricants d'huiles. Ce genre semble avoir peu de succès. En outre, nous avons également les fabricants de chaussures, de corsets, de chapeaux, de chemises, de sacs, de machines à cQudre, h écrire, etc.
184 LA GUEUBE ET I.E COM&IERCE FKAKÇAIS
Les Chaussures « Incroyable » ont, dans ces conditions, une trentaine d« succursales dans Paris, dans la banlieue, 90 en province, 8 en Algérie et Tunisie, 2 en Suisse, 4 en Belgique, Les « Chaussures Raoul » ont 30 maisons à Paris et 20 en province. Les i< Chaussures André» ont 80 maisons à Paris et en Province. « Manfield and Sons » ont 12 succursales en France, 43 en Angleterre, 1 à Amsterdam, 4 à La Haye, 1 à Hambourg, 3 à Bruxelles, 4 à Liège.
Le « Bonheur des Dames » et les « Cent Mille Chemises », etc., sont dans cette catégorie.
Sociétés ayant des bazars en diverses villes.
Ces Sociétés se sont créées à l'exemple des Sociétés d'alimentation proprement dites. Elles vendent on peut dire de tout, excepté des produits d'alimentation ; elles ont pour origine les mêmes causes que celles citées plus haut. Les Nouvelles Galeries réunies et Paris-France sont les types principaux.
Etablissements à succursales, avec receveurs.
Le modèle de cette catégorie est Dufayel, dont le siège principal est à Paris, d'où s'expédient, aux nombreuses succursales de province, les articles d'ameublement et de ménage, qui sont surtout sa spécialité. Ces maisons vendent au comptant et à crédit; pour recouvrer ce crédit, elles emploient des receveurs qui passent^ à des dates fixes, chez les clients, pour toucher les somnies payables aux dates convenues. Dufayel possède 9A succursales non loin de Paris. Les Classes Laborieuses, la Ville de Saint-Denis, etc., marchent sur ses traces.
EtabUssements à succursales avec roulottiers.
Les plus anciennes maisons dans ce genre sont « le Planteur de Gaïffa » et les cafés «r Debray ».
Ces maisons ont expédié d'abord de leur maison-mère, à leurs succursales de Paris et de province, un seul
LE CI^A&SEMENT DKS MAISO^^S A SUCCURSALES lâ5
article :liè café. Des agents spéciaux dit « roulottiers », — nom tiré de leurs petites roulottes à» bras, ' — chargeaient ces dernières de paquets de café, qu'ils allaient vendre de porte en porte dans tous les environs, aussi bien que dans la localité où^ était iustallé le dépôt. Us vendent généralement en donnant des tiniibres-primes. Ce genre d'affaires a pu prendre, à un moment donné, une extension considérable, grâce au bas prix des cafés, ces années dernières. Un coup sensible à leur prospérité a été porté par la hausse survenue depuis six ans environ. Leur vente des cafés diminuant, ces établissements y ont adjoint celle de quelques produits d'alimentation facilement transportables : paquets de pâtes alimentaires, biscuits, épices, chocolat, etc.
U n'existe pas d'éléments statistiques qui permettent de ranger les Maisons à Succursales dans la place qu'elles tiennent vraiment au point de vue de notre économie moderne. Or, cette place se détermine précisément par le nombre des succursales. L'administration des Contributions indirectes, toutefois, est renseignée à ce sujet, en raison de la Loi sur les patentes, votée en 1912.
Encore devons-nous faire remarquer, comme le dit Moride, que toutes les statistiques demeureront relativement exactes, en raison du nombre des succursales « occultes ».
Moride, au lieu de procéder au classement des Maisons à Succursales comme nous y avons procédé nous-mênie, avait pris d'autres bases ; sa classification, plus complète peut-être, était aussi très simple, peu complexe. U cataloguait « les firmes d'après les produits qu'elles vendent ».
«On distinguera ainsi, dit-il, les Maisons à Succursales, qui vendent des produits d'alimentation, de celles qui vendent des objets de toilette ; on mettra à part les Grands Magasins qui, eux, vendent de tout... Qu'on imagine, pour la France, une carte où seraient représentées toutes les succursales existantes : celles de l'alimenta-
188 LA GUSRRfi ET i.K COMMERCE FRANÇAIS
Nous continuons à citer Moride :
. c( Les « entreprises à établissements multiples » prennent dans rindustrie une place de plus en plus grande.
<c Une entreprise tout à fait originale, c'est la Société des Hôtels de l* Étoile. Cette société exploite huit hôtels : à Paris, les hôtels : Astoria, Campbell, Beausite, Colum- "bia, Malesherbes, Autriche ; àTrou ville, les hôtels : Roches Noires et Belle vue. La Société est une société anonyme au capital de 4.7o0.000 francs {siège social : 47, avenue de Friedland, à Paris). Les bénéfices furent, pour l'exercice de 1910, de 700.300 fr. 29 ; et pour 1911, de 669.294 fr. 24. >>
L'histoire de Geissler, qui a eu son dénouement en correctionnelle, en mai 1916, est encore présente à tous les esprits. Il n'est donc pas nécessaire d'insister. Les séquestres sont intervenus, de même que certaines désaffectations ; c'est ainsi que le ministère de l'Artillerie et des Munitions occupe, durant la guerre, le fameux hôtel Astoria, avenue des Champs-Elysées.
« Un autre groupement tout à fait remarquable, est celui auquel est attaché le nom de M. H. Ruhl. Nous verrons, dans la section que nous consacrons à la sti*ucture financière, les liens qui unissent les différents établissements. >
La guerre, hélas ! en a révélé bien d'autres.
« Contentons nous, ici, de donner quelques çhifres relatifs au groupement en question :
« La Société des Hôtels réunis exploite l'hôtel Royal, à Nice, l'Hôtel Royal, à Dinard, l'hôtel du Grand Condé,à Chantilly. Le capital social est de 22.250.000 francs représenté par 22.S00 actions de 100 francs chacune. Les bénéfices produits par THôtel Rpyal de Nice ont été de 178 588 fr. 34, en 1910, et de 233.629 fr, 38. en 1911 ; ceux produilsparrHôtelRoyaldeDinardontétédel28.5-22fr.l3, en 1910, et de 151.425 fr. 75, en 1911 ; ceux produits par l'hôtel du Grand Condé, à Chantilly, ont été de 59.116 fr. 58, en 1910, et de 59.600 fr. 44, en 191L La
LE CL^SSE&fËNT DES BtÂISONS A hUCGUHâALES . ig9
Société anonyme du Cfigrlton Hôtel de Cannes, au capital de 2 millions, exploite le Carlton H6tel de Cannes. La Société d'Hôtels et Restaurants de luxe, au cdpiia) de 500 000 francs, exploite THôlel Royal à Maisons-Laffitte. La Société du Paris- Cari ton-Hô tel Ltd exploite le Carlton- Hôtel à Paris, l'Hôtel Scribe, à Nice ; la Société Henry Ruhl et C^®, société en commandite, par actions, au capital de 6 600 000 francs, exploite le Grand Hôtel et le Casino, à Cabourg, le High Life Casino, à Dinard, le Casino Municipal, à Cannes. La Société du Casino Municipal de Beausoleil exploite le Casino Municipal de Beausoleil. La Société anonyme de l'Hôtel des Anglais exploite l'Hôtel Ruhl, à Nice, et l'Hôtel Ruhl, à Vichy, o
Les Bars Biard (65 succursales), Dupont (26 succursales), Tout Va Bien (26 succursales) ne rayonnent que dans Paris.
On conçoit aisément que notre attention se détourne un peu de ces affaires de grands hôtels qui occupent, à rheure actuelle, et qui occuperont demain, la polémique, à cause de la question des Allemands en France. On conçoit aussi que notre attention se tourne plus particulièrement vers les entreprises françaises qui représentent notre propre évolution, dans l'effort de nos commerçants qui, hunibles hier, sont aujourd'hui en pleine prospérité, en plein triomphe, si nous pouvons nous exprimer ainsi.
En effet, nos sociétés d'alimentation et d'approvisionnement sont toutes françaises ; à notre connaissance, il n'existe pas de sociétés étrangères de ce genre, opérant dans notre pays, en dehors du Planteur de Caïffa qui fut, nous l'avons dit, lui aussi, français, mais qui est devenu anglais, et de la Société Maggi-Kub, dont le siège est en Suisse, avec un amalgame de capitaux de toutes provenances, — français en France.
LA GUKIUIE ET LE COUUËHCE FRANÇAIS
Troyens ont été fondés, en 1888, par d'ancians employés des Docks rémois. Châlons ou Troyes n'étaient qu'une étape du succursalisme. C'est ainsi que des commerçants de celte seconde ville ouvrirent, avec M. Toulouse, les Docks du Centre, société anonyme par actions, fondée en janvier 1905. Le siège social ffst à Tours, rue de Montbazon, au capital de 300.0UÛ francs, qui vient d'être porté à i million detrancs. Les magasins de gros, traûsférés dans un vaste terrain, bordent la levée du Cher. Après des terrassements considérables, la Société vient de conatmrre un vaste imn»euWe, avec voie de raccordement aux gares de Tours el de Saint-Pierre-des-COTps. Cette voie traverse les magasins. Le nombre des soecursales eat d'environ 200, tant à Tours que dans le département d'Indre- et-Lotre etlocaKtés limitrt^es.
On \-end, dans les succursales, de l'épiccwe, de la mercerie, des chaussures, des liqoides, des brosses, des balais, des articles de nettoyage, des eonrbustibles, etc. Les Etablissements de Touraîne sont l'œuvre de MM. Petit et Rouet, marchands d'épicerie e» gros, rue Jehan-Foaquet, qui, voyant le préjudice causé parles "^cks du Centre, fondèrent à leur tour, !e 13 août 190&, [te société au capital de 300.000 francs, aves )e conurs de capitalistes de Reims, dans leur propre maison commerce.
Cette société fut amenée à s'agrantfir égak;ment. Elle gmenta son capital el acheta un vaste terrain près de gare de Joué-les-Tours, avec raccordement à la ligne Tours aux Sables-d'Ofoime et de Tours à Gliâteauroax. Elle possède environ 260 succursales, à Tours, dans i départements d'hïdre-et-Loire, de (a Vienne^ an Làir- Cher etd«ta Sarthe. '
EÏIe vend les mêmes marchandises que les Docfes da mtre ; son capital actoeF est de plus d'un million. LesEtablissements Economiques de Reft&esemt été fons par quatre personnes : un épicier, un mercier, m lucher el un marchand de vins.
Les Docks de l'Ouest, à Nantes, ont été fondés e» iSOti, X des négociants en épicerie; les mares stagnantes