‹ La guerre, le commerce français et les consommateursChapitre 44 sur 112 · UN P£U DB IIONOGRAPHIS COMMERCIALE · texte numérisé non relu

UN P£U DB IIONOGRAPHIS COMMERCIALE

économiques étaient alors paisiblement endormies dans la région, lorsque surgit cette organisation savamment outillée et disciplinée.

Les protagonistes de l'affaire, MM. Aubin, Boya et Humeau, éprouvés eux-mêmes par cette évolution commerciale, dont ils prévoyaient toute Timminence, songèrent à « brûler ce qu'ils avaient adoré » ; et, faisant appel à la coopération des petits capitaux, ils prouvèrent, une fois de plus, que r« Union fait la force ».

Les Docks de l'Ouest furent ainsi créés, modestement d'abord ; puis, sous l'empire des irrésistibles avantages qu'ils offrirent à la consomunation et à leurs propres actionnaires, on les vit prospérer rapidement. Aujourd'hui, nous nous trouvons en présence d'une Société au capital de 1.500.000 francs, ayant 300 succursales, dont 75 à Nantes seulement ; les autres sont éparses aux points les mieux choisis de la Loire-Inférieure, du Finistère, du Morbihan, d'Ille-et-Vilaine, de la Vendée, de Maine-et- Loire, des Deux-Sèvres, de la Charente-Inférieure.

Sur un terrain de 26.000 mètres carrés, en bordure de la Loire, longeant d'autre part la voie ferrée, avec laquelle des embranchements particuliers les mettent en communication directe, les bâtiments des « Docks de l'Ouest » s'élèvent, dans leur superbe structure, spécialement aménagés pour répondre à leurs destinations particulières.

Cinq branches distinctes, cinq départements bien tranchés, forment en effet l'ensemble des opérations de la Société.

En première ligne, l'Epicerie, puis la Mercerie, qui comprend la confection, la chaussure, la vaisselle, etc., etc. ; les Liquides, vins et spiritueux; la Boulangerie, admirablement outillée; et, enfin, reliant ces diverses sections, assurant et contrôlant leur « vie économique », la Comptabilité, qui, à elle seule, nécessite le concours de 45 employés environ, sur un personnel global de près de 250 collaborateurs attachés à la Maison-Mère. Pour un chiffre d'affaires annuel qui frise déjà le dixième million, la vente accuse environ 90 p. 100 d'articles d'alimentation et 10 p. 100 seulement d'articles divers.

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Ces cinq départements, donc, sont parfaitement autonomes, ayant chacun ses chefs, sous-chefs, et son personnel professionnel. Gen*estplusle« petit commerçant» improvisé au petit bonheur; c'est l'homme de métier qui accomplit sa tâche avec clairvoyance- Pour la faciliter, d'ailleurs, Tanalyse rigoureuse des produits intervient invariablement.

Puisées aux sources mêmes, les marchandises ne font que traverser les entrepôts.

Lorsque s'ouvre une Succursale, le prix des denrées baisse immédiatement, en de fortes proportions, dans le pays.

L'administration limite le bénéfice au-dessous du niveau commercial habituel ; elle sert, à ses gérants de succursales, un intérêt de 4 p. 100 sur les 2.000 francs qu'ils engagent, et contre lesquels leur sont consentis des découverts en marchandises, quatre ou cinq fois plus considérables.

Des inspections périodiques, des inventaires précis, permettent de suivre attentivement les opérations des succursales et de parer aux défaillances, ou même aux inaptitudes possibles ; le Comité de Direction, composé de trois membres, assume la responsabilité du fonctionnement général devant le Conseil d'Administration. Tout est hiérarchiquement contrôlé»

Evidemment, on n'improvise pas, du jour au lendemain, semblable entreprise ; on ne trouve pas à sa portée ces agencements spéciaux, pour chacune des catégories visées, cette, manutention, pour ainsi dire automatique, ces vastes salles de préparation, cet ordre et cette méthode, qui s'étendent du haut en bas de l'échelle...

Ici, c'est la Direction ; là, c'est la Comptabilité, avec la situation constante de toutes les succursales ; plus loin, dans une succession de halls baignés d'air et de lumière, se rangent, se divisent, se classent, s'empaquètent toutes les denrées.

Dans cette division, ce Sont les huiles comestibles; dans celle-là, c'est la brûlerie de café, avec son « sirocco » perfectionné ; à côté, d'accortes et intelligente® ouvrières

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ensachent les ce mélanges torréfiés » ; par ailleurs, c'est Tenvidement de la laine à l'aide d'un matériel qu'envieraient des filatures elles-mêmes.

On passe, surpris, des professionnels de la chaussure, aux magasiniers de l'épicerie, des biscuits aux conserves alimentaires, du sucre à la parfumerie, de la dentelle aux ustensiles de ménage ; à tout ce qui est utile, en un mot, à la vie de famille.

La boulangerie a ses'fours et son matériel perfectionné ; les transports ont leurs camions ; les « box » abritent 25 chevaux ; et des camions automobiles même, leur font concurrence dans le travail.

Voici les réserves d'Imprimés, les Archives; les entrepôts isolés de Pétrole, les ateliers de Peinture, de Tonnellerie, de rinçage mécanique des Fûts et Bouteilles ; à travers ce dédale de sections, on aboutit à l'emplacement des Gaves et Magasins de Vins et Spiritueux, appelés à suffire à un mouvement annuel de 50.000 hectolitres.

La cave des « Vins fins » est une bibliothèque intéressante.

Et, remarque importante, tous les vins reçus aux (( Docks de l'Ouest» sont livrés sans aucun coupage, sans aucune adjonction qui en puisse modifier la nature originelle.

C'est dans ce scrupule, sans doute, et dans le choix sévère des vins, qu'il faut trouver la cause de la magnifique extension prise par le département des Liquides.

Nous en dirons autant pour chacune des autres branches. Tout est fait au grand jour ! Les marchandises, marquées en chiffres connus, ont un prix uniforme pour tous les acheteurs, sans aucune exception.

Qui a visité une Maison à Succursales, en a vu cent. Partout les principes sont les mêmes ; que ce soit à la Ruche méridionale d'Agen, créée en 1907 par des épiciers détaillants; à la Société des Elablissements Wibault, de Sin-le-Noble, créée de 1890 à 1892 ; aux Epiceries du Nord, aux Docks du Nord, à la Maison Dreux, d'Arras, qui est une épicerie de gros ayant constaté l'incapacité

commerciale de ses clients^ et, par suite, modifié sa façon de traiter les affaires, en allant directement au consommateur par la création de succursales. De toutes, l'origine est modeste, on le voit.

Les Etablissements Brisset, à Angers, ne dérogent pas à la règle. C'est en 1880 que l'honorable M. Brisset prenait la suite des affaires de M™* veuve Lecomte, pour le commerce de salaisons en gros. A cette époque, la maison fournissait des salaisons aux angevins et aux commerçants de la contrée.

En ce temps de début, M. Brisset était secondé seulement par sa femme et par un garçon chargé du gros travail et de la livraison. Quelques mois plus tard, par suite de révolution des affaires, les négociants en gros s'adressant directement aux armateurs, M. Brisset dut réfléchir sur les conséquences de ce nouvel état de choses, et, en 1888, il se décidait à faire construire un magasin pour l'exploitation de l'épicerie en gros. A ces aménagements nouveaux, correspondait une augmentation de personnel. Les affaires continuant à se développer. M"** Brisset, qui avait été une collaboratrice de son mari, de chaque heure, de chaque minute, dut songer à prendre un repos bien gagné. M. Brisset proposa alors une association à trois de ses employés ; cette combinaison fut acceptée.

La nouvelle société, en un nom collectif : « H. Brisset et G** », était établie en 1903, pour cinq années. A cette époque, une concurrence était faite par les roulottes et diverses sociétés à succursales multiples; après avoir étudié cette situation, résultant de l'évolution constante du commerce, les associés se rendirent compte que, dans l'intérêt du consommateur, il était difficile de lutter contre cette tendance économique visant la suppression de l'intermédiaire, et, en 1908, ils décidaient la transformation de leur entreprise en Société anonyme française d'alimentation à succursales multiples, sous la raison sociale : « Etablissements Brisset ».

Les Magasins du Casino de Saint-Etienne remontent à Tannée 1860. Jusqu'en 1898, la maison fut installée rue

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des Jardins, n** 5, dans l'ancien local du Casino-Lyrique de Saint-Etienne, d'où son nom. La maison n'avait aucune succursale; elle s'occupait exclusivement de la vente au détail de l'épicerie, droguerie et confiserie.

En 1898, M. Guichard-Perrachon, désireux de donner plus d'extension à ses affaires, fit de sa maison une société en commandite par actions, au capital d'un million, avec, pour raison sociale, « Guichard-Perrachon et G® », et sous le nom de « Société des Magasins du Casino et Etablissements économiques d'alimentation de Saint-Etienne ».

La société fut créée le 2 août 1898, sans l'aide d'aucun banquier ni iinancier. Les actionnaires furent, au début, outre M. Guichard-Perrachon, les n^embres de sa famille, ses amis et un certain nombre de clients de la maison, qui voulurent bien lui faire confiance.

Les débuts, on le devine aisément, furent difficiles, les critiques, nombreuses, et l'animosité, très vive. A partir de 1901, le développement fut rapide. La bonne réputation dont jouissait la maison, les prix de vente avantageux qu'elle pratiquait, lui attirèrent la clientèle, dans toutes les localités où elle créa des magasins. Encouragée par ce résultat, un grand nombre de succursales furent organisées chaque année; en outre, des dépôts pour la vente de produits du Casino furent installés dans les petites localités.

La Société des magasins du Casino se compose actuellement :

1^ Des entrepôts, rue de la Montât à Saint-Etienne;

S'* Des usines situées à Saint-Etienne, 52, rue de la Montât ; 3, rue Verpilleux et à Pont-de-l' Ane, près Saint- Etienne ;

3° Des maisons de vente ou succursales, actuellement au nombre de plus de quatre cents, et réparties dans les départements de la Loire, du Rhône, de l'Isère, de l'Ardèche, de la Drôme, de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme, de l'Allier, de la Saône-et-Loire, de la Savoie, etc. En outre, plus de deux cents concessionnaires indépendants ont le monopole de la vente des produits du « Casino »,

dans les localités où il n*a pas été créé de succursales.

On vend, dans tous ces magasins, Tépicerie, la droguerie, la mercerie, la bonneterie, la chaussure, la brosserie, les jouets, les vins, les spiritueux, etc.

k^ Pour faciliter les approvisionnements des succursales éloignées, des entrepôts régionaux ont été installés à Clermont, à Roanne, Moulins, Grenoble, etc. En outre, un certain nombre de produits encombrants, lourds et de peu de valeur, sont expédiés directement du pays de production aux succursales.

A l'origine, le but est purement commercial : la Société se borne à acheter et à vendre; mais, pénétrée de cette idée que le rôle de l'intermédiaire deviendra, dans l'avenir, de plus en plus difficile, elle tend, présentement, à importer, à produire ou à fabriquer toutes les marchajidises vendues.

Six cent cinquante employés ou ouvriers travaillent dans les entrepôts ou usines de Saint-Etienne. Le nombre total des gérants, employés ou ouvriers occupés par la Société dans ses entrepôts et succursales, est de seize cents.

Les entrepôts et usines de Saint-Etienne couvrent une superficie de 16.000 mètres carrés.

A Pont-de-l'Ane, près de Saint-Etienne, où seront centralisées plus tard toutes les usines, la Société est propriétaire de 37.000 mètres carrés de terrain.

A Glermont-Ferrand, rue des Gavranches, un entrepôt régional vient d'être construit, couvrant une superficie de 5.000 mètres carrés.

Tous ces immeubles sont desservis par des embranchements particuliers de chemins de fer.

Voici quelques chiffres qui permettront de se rendre compte du mouvement des entrepôts au chef-lieu de la Loire et de l'importance du trafic :

Il arrive chaque jour une moyenne de trente wagons de marchandises pour un tonnage moyen de 150.000 kilogrammes; quotidiennement, quinze camions ou Voitures de livraisons, cinq fourgons automobiles et vingt wagons

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partent pour approvisionner les succursales. Le traite de ['entrepôt de Saint-Etienne repréaente, à lui seul, un tonnage supérieur à celui d'une gare de deuxième classe.

La salle d'expédition mesure 75 mètres de long sur iO mètres de large. Des agents du P.-L.-M. et des préposés de l'octroi sont à demeure, chargés du pointage des entrées et des sorties.

Une des branches les plus importantes du commerce de la Société du « Casino » est le commerce des vins. A Saint-Etienne, cinq caves, desservies par embranchement de chemin de fer, peuvent emmagasiner un stock considérable dans les vingt-huit foudres et les nombreuses futailles qui les garnissent. L'approvisionnement des caves est fait par une flottille de vingt wagons-réservoirs,- qui sont la propriété de la Société, et suffisent à peine à répondre à la vente. Les wagons-foudres arrivent directement dans les caves, sont vidés en quelques minutes dans des cuves souterraines. Le liquide, par des pompes électriques, est ensuite envoyé dans les foudres où il doit être emmagasiné. La vente atteint 88.000 hectolitres par an, soit 8 millions et demi en litres.

Les pétroles étaient importés, par wagons-citernes, directement de Roumanie et de Galicîe.

Aux entrepôts de Pont-de-l'Ane, quarante wagonsciternes demeurent pour ce transport. Ces citernes sont transvasées dans des bacs placés en sous-sol. Des appareils de remplissage automatiques facilitent ensuite la mise en bidons.

La vente du café représente un des éléments les plus appréciables des affaires. L'importation est directe. Le triage et la torréfaction se font à l'usine. Tous les cafés sont triés, criblés et débarrassés de toute impureté avant leur torréfaction; quatre appareils, à moteurs électriques, torréfient par Jour les 2.500 kilogrammes de café nécessaires à l'approvisionnement des succursales. Les cafés, aussitôt torréfiés et refroidis, descendent à la salle de paquetage et sont expédiés le jour môme, en grande vitesse, dans toutes les directions.

La Société fabrique elle-même ses chocolats et ses

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Son usine, dite « Chocolaterie de Bérard n, est installée rue Verpilleux, 3, dans le quartier de Bérard; elle est devenue insuflisantc et sera prochainement transférée à Pont-de-l'Ane.

Les confitures sont également fabriquées dans l'usine; de môme les bonbons. La production en chocolat et confiserie dépasse 2 millions de francs par an.

Une des branches les plus intéressantes de l'immense ruche qu'est le « Casino », est la boulangerie-pâtisserie installée, 52, rue de la Montât. Quatre fours doubles produisent journellement une moyenne de 7.000 kilogrammes de pain. Deux pétrins mécaniques, une machine à diviser, assurent une fabrication industrielle économique. Tous les pains sont immédiatement, après rerroidissement, enveloppés de papier-cristal transparent, étiquetés et expédiés dans les succursales, sans avoir subi aucune des manipulations douteuses auxquelles le pain non enveloppé est exposé.

Un laboratoire de pâtisserie et biscuiterie est adjoint à la boulangerie et produit en quantité : brioches, crois- "anls, biscuits, madeleines, etc.

La distillerie et la liquonsterie, installées dans le bâtilent, 56, rue de la Montât, permettent de fabriquer )utes les liqueurs vendues dans les succursales, dont approvisionnement comprend, en outre, toutes les queurs de marque- Dans le même bâtiment sont : la fabrique de limonade azeuse; l'atelier d'imprimerie; l'atelier de menuiserie t tonnellerie ; une scierie mécanique pour la fabrication es petits paquets de bois ; l'atelier pour la réparation des haussures, car, si la Société du « Casino » vend de 1» haussure dans toutes ses succursales, elle fait égalelent la réparation et le ressemelage. Ce n'est pas une es parties les moins curieuses de son installation que elle où arrivent chaque jour les souliers, bottines, escarins de toutes modes et de toutes formes, qui doivent asser, à tour de rôle, sous des machines compliquées, t repartir aussitôt, réparées, bichonnées, prêtes à un ouveau service.

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