L OEUVRE DÉMAGOGIQUE
203.000 francs. Les Docks de rAlirpentation à Nancy, avec un bénéfice de 34.000 francs pour un capital de 300.000 francs, avaient subi une augmentation de 4.150 francs et paj^aient 12.800 francs. L'Union industrielle et commerciale, de Béziers, avec un bénéfice de 208.000 francs pour un capital de 63^.000 francs, avait subi une augmentation de 13.650 francs et payait 41.000 francs.
Ces chiffres sont éloquents ; îils comprennent le montant de la patente et les taxes diverses. Certains payaient une patente d'un chiffre presque égal à celui de leurs bénéfices.
L'impôt sur le revenu avec la déclaration contrôlée ! Il faudra bien en venir là, si on veut établir la justice fiscale, sans égard pour les vendeurs de fonds dont le trafic ressemble tant au vol.
Aux termes des principes posés par la Révolution, l'impôt doit être la quote-part supportée par chacun dans les dépenses de la Nation. Lorsqu'il s'écarte de cette définition, lorsqu'il devient un moyen de favoriser telle classe de citoyens ou d'opprimer telle autre, il soulève de telles répugnances, suscite de telles colères, légitime de telles résistances, qu'il est impuissant à jouer le rôle indigne de lui, que le législateur a voulu lui faire remplir.
Pierre Moride, maître de Conférences à la Faculté de droit de Montpellier, avait précisé les conséquences de cet impôt au point de vue du commerce français et du commerce étranger chez nous. Il trouvait que le second était favorisé au détriment du premier.
« Cet impôt, disait-il, pourra provoquer la création en France de succursales étrangères qui ne dépasseront pas le chiffre 5 et auront un avantage sur les firmes françaises à succursales multiples. Par exemple la boutique allemande de Salamander (boulevard de Strasbourg) sera avantagée vis-à-vis de la succursale Raoul (boulevard de Strasbourg). »
352 LA GUERRE RT LJS GOMMBRCE FRANÇAIS
Cela est loin d'être une excuse pour ceux qui ont instauré dans notre pays le régime de lois d'exception, comme celle du 27 février 1912. Nous n'insisterons pas, souhaitant simplement que le pouvoi%législatif de demain soit plus éclairé que celui d'hier.
Pierre Moride ajoutait :
« Enfin l'impôt exercera une influence sur le développement de la vente directe du producteur au consommateur. Et cet impôt dirigé contre la concentration, contre les grandes entreprises, aura parfois ce résultat, inattendu pour certains, de pousser quelques maisons au maximum de la concentration : à la concentration existant à la fois pour la fabrication et pour la vente. Faisons remarquer, à ce sujet, qu'à l'heure actuelle il existe de grosses firmes qui fabriquent exclusivement pour telle ou telle grande entreprise à succursales. Dans ce cas, la firme qui fabrique et celle qui vend sont liées par des contrats spéciaux. Supposons, par exemple, que les Chaussures Raoul débitent toute la production d'un grand fabricant de Limoges; peut-être les Chaussures Raoul pour éviter l'impôt, auraient-elles intérêt à fusionner avec la fabrique ; car, alors, on se trouverait en présence de vente directe. Dans ce dernier cas, la réforme faite pour entraver la concentration donnerait le résultat opposé. »
Il en sera certainement de même dans l'avenir, quels que soient les moyens fiscaux employés pour « handicaper » le grand commerce de détail. L'évolution économique est un fait. On peut entraver cette évolution, mais on ne peut l'empêcher.
Quant au consommateur, c'est lui qui, au fond, est la première victime des lois fiscales injustes. Les maisons qui lui vendaient les denrées à meilleur compte les lui vendront plus cher, voilà tout ; leurs prix se rapprocheront davantage de ceux du Petit Commerce, sans que, pour cela, le Petit Commerce diminue ses prix. Les organismes qui sont utiles à tous seront comprimés ; notre puissance d'achat sera comprimée parallèlement, et c'est d'une somme de bien-être qu'on devra effectuer le sacrifice, car, comme le dit M. Landry, président de la Com-
miseiou parlementaire du commerce et de l'industrie : « Si les» Grandes MaigjQns de détail et les Coopératives se multiplient et pro$pèrent, c'est en grande partiel quoi qu'en en ait pu djfe, que les consommateurs trouvent leur avantage à s'y fournir. C'est aller à l'çncontre des intérêts des consommateurs, à l'encontre, par conséquent, désintérêts de la collectivité que de se servir de la loi contre elles «
Et il ajoute :
<c On notera d'ailleurs que les établissements rivau^fc du Petit Commerce ne sont pas seulement utiles aux consommateur? en tant qu'ils vendent à ceux-ci de meilleurs produits, ou qu'ils vendent à meilleur marché. Us Içur sont utiles encore d'une manière en quelque sorte indirecte, en tant qu'ils introduisent dans le commerce des modes nouveaux d'organisation pour l'achat des marchandises, dçs façons nouvelles de présenter cellçs-ci à la clientèle ou de livrer les articles vendus, etc, Les grands établissements, en bouleversant les vieilles routine» commerciales, ont été, ils sont encore un agent de progrès, et il faut se féliciter qu'ils existent à côté des petits détaillants, tout comme il faut se féliciter qu'il y ait, à côté des petites propriétés rurales, de grands domaines, od los nouveautés agronomiques sont expérimentées d'abord, et grâce à l'exemple desquels les procédés de culture perfectionnés peuvent se répandre partout. »
Etant donné qu-e l'impôt sur le chiffre d'affaires, marié à celui sur les bénéfices, tel qu'il est établi présentement, a pour but de ne point diminuer les charges des grandes maisons en donnant une supériorité voulue au PetitCommeroe, il sera difficile, s'il faut encore des impôts nouveaux, de toucher au grand détail sans violer une fois de plus, outrageusement, le principe de l'égalité (iscalOr La situation demeurant ce qu elle était crée encore^ une législation d'exception. Et cependant les porteparoles du Petit Commerce ne désarment pas !
Il ne faut pas se dissimuler que l'impôt sur le chiffre d'affaires qui va peser sur les commerces d'alimentation, lesquels sont par excellence des commerces à pourcentage
de bénéfices très faibles, est une véritable prime à Télévation de ce pourcentage, donc au renchérissement de tout, à l'heure où le consommateur ploie sous le faix des impôts de consommation. La plupart des Syndicats du Petit Commerce persistent, malgré tout, même à cette heure, à réclamer Tégalité des charges sans songer que cette égalité a été et demeure rompue ; que s'il fallait la rétablir demain, ils devraient faire tous les frais de la réforme. Ils demandent que les Maisons à Succursales qui paient déjà un droit de succession acquittable sur l'ensemble de leurs succursales, au décès du ou des propriétaires, quand elles appartiennent à des particuliers ; au décès de chaque actionnaire, à la vente de chaque action, de chaque coupon, lorsqu'il s'agit d'une société par actions ; — ils demandent, disons-nous, des droits de mutation et des taxes représentatives de cession de fonds de commerce à chaque changement de gérant.
La situation demeurant ce qu'elle était au point de vue de l'impôt, nous le répétons, le plaidoyer contre tout accroissement de charges des grands commerces de détail doit être prononcé ; les dispositions proposées pour l'avenir n'apparaîtront alors, une fois de plus, selon l'expression du sénateur Aimond, « que comme de nouvelles armes forgées contre les grands magasins dont les charges restent disproportionnelles avec celles du Petit Commerce ».
A l'avenir, aucun remaniement fiscal ne devra être apporté à la législation actuelle si ce remaniement n'a pour but de réaliser plus de justice, au lieu de gêner et d'empêcher la concurrence, selon l'expression de M. Landry. Un esprit clairvoyant, M. Beurdelay, préfet de la Haute- LoiKe, disait au nom du ministre du Commerce, avant la guerre, dans un Congrès de Petits Commerçants :
« 11 paraît difficile d'aller plus loin dans l'aggravation des charges de vos concurrents, car il y a une justice et TEtat ne peut détruire une concurrence au profit d'une classe qui, si intéressante soit-elle, deviendrait une classe de privilégiés ! Or, la Révolution a supprimé les privilèges. »
L OEUVRE BEMAGOGIQUS 355
M. Etienne, vice-président de l'Epicerie française, et qui était président de la Commission d'Etudes de l'amendement Berry, écrivait, au sujet de cet amendement qui a créé des charges qu'on ne veut pas diminuer :
ce L'amendement Berry déjà voté par la Chambre des députés a de grandes chances d'être en fin de compte voté par le Sénat, sans que nos législateurs se soient rendu compte des conséquences de leur vote. Si nous voulons supprimer certaines inégalités fiscales et législatives, nous ne sommes pas de ceux qui souhaitent l'étranglement sans phrase de leurs concurrents plus favorisés. Nous ne désirons autre chose que l'égalité absolue de tous, dans les lois de droit commun, et nous sommes les adversaires résolus de toutes les lois d'exception. Ce qui est le cas de la loi Berry. Les premiers renseignements en notre possession nous ont donné un chiffre formidable comme augmentation de contributions de patentes, chiffre tellement élevé que nous ne croyons pas qu'il soit possible d'atteindre une même somme, comme bénéfice.
(( L'amendement Berry, comme l'an passé l'amendement Néron, que nous avons eu la bonne fortune de faire rentrer dans l'ombre, serait, dans un avenir prochain, la mort de l'épicerie actuelle et de la liberté du commerce pour revenir aux spécialisations et ensuite aux corporations, ainsi que cela existait avant 1789. Comme progrès et vie à bon marché, cela serait douteux. »
Le 26 février 4912, le Radical, qui n'a jamais cessé de soutenir la cause du Petit Commerce, écrivait :
« Les Maisons à Succursales se trouvent atteintes par cette mesure de démagogie fiscale. (Loi de Finances du 27 février 1912.) Il est vrai qu'elles le sont lourdement et peut-être a-t-on estimé qu'elles paieront assez cher pour toutes les autres. La charge mal répartie, devient ici inéquitable. »
Et le Temps précisait dans son numéro du 28 février
<c Nos législateurs s'ingénient à transformer l'impôt de manière à fournir à l'Etat une arme spéciale, soit contre
3ol» LA GUKftHB IT l«B COMIIESCK FRANÇAIS
les catégories de citoyen*, soit contre des industries particulières, en tout cas contre la lUierté du travail. L impôt étant de la sorte détourné de son objet naturel, ce résultat fatal est obtenu : la cherté de la vie. »
M. Germain Martin, le savant professeur de la Faculté de Dijon, qui s'est fait applaudir au Congits des Petits Commerçants, au Puy, et dans vingt autres milieux, par ses conférences documentées, s'écrie :
« Vous avez le devoir d'adopter les méthodes modernes, et, gn^ce à lassociation, ^^ce à 1 union, grâce à des fédérations régionales, la possibilité de devenir stockistes et de perfectionner le crédit conomercial. »
Et il ajoute :
i< Vous ave? le droit et le devoir de réclamer du législateur l'égalité des charges, mais non Tinlention de recou* rir à un système d'exception et d'injustices fiscales. »
La Chambre de Commerce de Paris, répondant à l'enquête parlementaire de la Commission du Coounerce et de rindustrie, a dit :
« Nous ne croyons pas que la loi puisse lutter contre une évolution économique îrrésistihle. Aux efforts pour rendre cette évolution plus progressive et moins brutale, nous voulons bien donner notre assentiment, mais goui cette réserve que la loi ne favorise pas, de parti pris, une caté^ne qu<^lconque de citoyens et qu'elle tienne la balance ôgale entre tous, en évitant et linjostice et Toppression. ••
M. Chaplaio, président de la FédéiatioD des Umons économiques, associations de petits commerçants, luttant contre la concurrence des grandes entreprises, a raison :
< Le PeUi Commerce, sîi veut vivre, doit se perfecttonner tous les jours, il doit s*adapter aux méthodes noovelles et suivre révolution qui se produit. LévolutioD commerciale, comme l'évolution sociale, marcbe à pas lents, mais elle marche toujours; vouloir TarîMer, c'e^t tenter uae chose impossitile ; vouJoûr s'arrètar sor-néiDe, c'est vouloir sa propre perte î *
>[. Mo'le, député de IHérauIt, dit :
' 11 faut défendre le Petit Commerce «menacé démine.
Mais il faut \t faire par deâi moyeni6 appropriée et dén&éd, et non en augmentant sans limite» une charge d impdts qui, en principe, doit être égale pouf tous ! a
M. Âjam a écrit dans la Fmnùé :
(t La Commission des Financer a augmenté, dans une mesure appréciable, les charges déjà lourdes qui pèsent sur les Maisons à Succursales... Les Chambres tâtonnent, grèvent, dégrèvent, surgrèvent un peu au petit bonheur. Elles font de la justice fiscale comme elles peuvent, sans se rendre compte des répercussions, sans tenir compte des situations spéciales des diverses régions. Il faudra bien en finir avec un pareil régime dont peut nous tirer seulement une réforme fiscale profonde. »
M. Gompère-Morel déclarait :
« Toujours décidés à se porter au secours des petits et des humbles et plus fermement résolus que jamais à réaliser le maitimum de justice fi3cale> les socialistes n'hésiteront pas à appuyer de leurs votes toutes les propositions destinées à répartir et à équilibrer le mietuî! possible 1 ensemble des charges dont est frappé le monde du commerce. Mais ce à quoi ils ne se prêteront pas, c'est à Tapplication de toutes mesures arbitraires ayant pour but de favoriser une infime fraction du pays, au détriment de la nation tout entière».. »
Nous citons ici les idées d'hommes professant les opinions les plus diverses; voici celles.de M. Marc Réville, qui dit : <i C'est dans Torganisation que le Petit Commerce doit chercher sa planche de salut ! )>
Par organisation, M. Ghevalier-Lavaurc, secrétaire général des 97 associations de Petits Commerçants que sont les Unions économiques, entend le perfectionnement des moyens de vente, considérant que toute demande de taises nouvelles expose, demain, le Petit Commerce, à ce qu'en physique on appelle le choc en retour.
Parallèlement, FAssociation des Petits épiciers de Reims qui comprend 47 1 adhérents et qui a réalisé, en 1913, 7.113.479 francs, donnant un bénéfice net de 3S&.710 fr. 4S pour un capital de 600.000 francs, estimait sans doute que le triomphe du Petit Commerce est
358 LA GbBRRB ET UC COMMIRCB FRANÇAIS
uniquement dans ramélioratîon des moyens d'achat.
Enfin, un commerçant de la Drôme, M. Bouilhomme, déclarait, à une assemblée générale du Comité républicain du Commerce et de l'Industrie, le 29 septembre 19iS :
(c Ils n*ont (les Grands Magasins à Succursales) à faire appel qu'à deux principes :
« L'idée de justice ;
a Le sentiment d'humanité.
« L'idée de justice, disons-nous, car tout esprit non prévenu reconnaît que s'il est équitable d'augmenter sensiblement les charges des Maisons à Succursales, afin de les empêcher d'écraser le Petit Commerce, il serait souverainement injuste et malhonnête, après avoir laissé ces maisons se créer et prospérer à l'abri des lois existantes, de les mettre brutalement dans l'obligation de renoncer aux affaires.
« Ce serait un coup de force que la conscience publique ne saurait accepter, ce serait un précédent dont on pourrait s'autoriser dans la suite pour commettre les pires excès. Ce serait la négation même de la liberté commerciale.
« Un tel procédé est indigne d'un peuple civilisé.
« Quant au principe d'humanité, il doit, lui aussi, être un argument d'importance primordiale dans l'appel à la modération que l'on adresse au législateur.
(( Les Maisons à Succursales multiples des diverses branches commerciales actuellement menacées, représentent plus de cent mille employés ; un grand nombre de ceux-ci sont au service de ces maisons depuis dix ans, quinze, vingt ans ou plus ; ils onl avancé par degrés et par l'exemple incessant de travail consciencieux et de probité impeccable qu*ils ont donné ; ils sont arrivés à une situation aisée qui leur a permis de se créer une famille et d'assurer l'avenir de leurs enfants ; beaucoup sont de petits actionnaires des maisons qui les occupent.
a Peut-on, du jour au lendemain, enlever à cette masse de citoyens ses moyens d'existence ? Ne serait-il pas de la dernière iniquité de jeter sur le pavé des milliers de familles auxquelles on n'a aucune compensation à offrir?
l'osuvre démagogique 359
« Et, cependant, ce n'est pas là une hypothèse chimérique. Il est de toute évidence que si la loi du 27 février est aggravée par les acnendements annoncés, les Maisons à Succursales multiples seront dans Tobligation de trouver un moyen de tourner la loi ou de fermer les portes. » Au Congrès des classes moyennes, M. Souchon, le défenseur de ces classes^ a pu s'écrier : « Et puis, messieurs, il y a l'Etat; et, ici, je Voudrais dire ma pensée tout entière : je crains que nos classes moyennes françaises ne soient quelquefois entraînées à demander trop à l'Etat. Je crains qu'elles ne marchent dans une voie de socialisme bourgeois qui, quelquefois, ne vaudrait pas mieux que l'autre socialisme, dont il ne serait qu'une contrefaçon ou qu'une modalité. Je comprends très bien, par exemple, que les classes moyennes demandent à l'Etat un système d'impôts qui les mette sur pied d'égalité avec les Grands Magasins, mais quand je lis des propositions dans lesquelles on cherche à faire de la patente un moyen de tuer le Grand Magasin au lieu de demander, ce qui serait plus simple, l'interdiction d'ouvrir un Grand Magasin, je trouve que c'est beaucoup ! Quand je vois des propositions dans lesquelles de petits commerçants et de petits industriels veulent interdire à des fonctionnaires, sous prétexte qu'ils tiennent leur argent de l'Etat, de faire partie d'une société coopérative, je trouve cela excessif. »
M. Martin Saint-Léon, avocat du Petit Commerce, parle plus net encore :
« Sans doute, les petits commerçants ont souvent exagéré leurs prétentions ; ils les ont exagérées notamment lorsqu'ils ont demandé la répétition du droit proportionnel de la patente, c'est-à-dire une si formidable aggravation des charges fiscales pour les grands établissements, que ceux-ci, à supposer qu'ils dussent la subir, se verraient obligés de fermer. Pourquoi ne pas demander tout de suite la guillotine pour les Directeurs et propriétaires des Grands Magasins, ainsi que l'interdiction, pour le Président de la République, d'user de son droit de grâce ? Ce serait plus franc !»
Pour finir, écoutez Jaurès ; nul mieux que lui n'a jamais envisagé la question avec plus de maîtrise et plus d'élévation :
« il n'y a en effet que deux politiques à Tégard des classes moyennes. 11 y a une politique réactionnaire. Elle consiste à essayer d'arrêter par la force dos lois, par des prohibitions législatives ou par des lois fiscales accablantes, l'irrésistible évolution qui centralise le commerce, l'industrie et les transports. Et, puisque les o classes moyennes » exigent des déclarations nettes, je demande à la France, à M. Puech, à tous les radicaux qui se proclament les champions de la petite et moyenne bourgeoisie, de se prononcer clairement.
« Est-ce qu*ils promettent aux petits artisans d'empêcher réellement par des lois la croissance de la grande industrie servie par Tassocîation des capitaux et par la puissance énorme du machinisme ? Est-ce que le parti radical entend limiter par la loi la quantité de production que pourra atteindre une usine déterminée ? Est-ce que le parti radical, « parti de la liberté et du progrès », va ligoter l'industrie par des entraves plus étroites encore que celles des anciennes corporations, et interdire les progrès techniques, l'application de la mécanique, de la physique et de la chimie, au travail humain? Ou bien se bornerat-il à donner à la petite industrie quelque privilège qui l'aide dans sa lutte presque désespérée? Et est-ce aux dépens des ouvriers qu'il lui constituera ce privilège? M. Puech, par exemple, a déclaré à la Chambre que les lois de protection du travail ne devaient pas être appliquées aux Ouvriers des petits ateliers. Est-ce bien là la doctrine du radicalisme >
« Si oui, il provoquera, par Tarrêt de croissance de l'industrie, une crise économique où la France sombrera. Si oui, c'est lui qui porte le coup le plus rude à la petite industrie qu'il prétend sauver. Car, s'il est entendu qu'elle n'a plus aucune force vitale; s*il est entendu qu'elle ne peut être sauvée qu'en brisant l'essor de la production et en imposant à une partie des salariés des conditions de travail inférieures, il se produira contre la petite
industrie uoe révolte générale qui précipitera la catastrophe.
« Vraiment, franchement, est-ce que les radicaux auront Taudace de dire au^ classes moyennes ce qu'ils ont en mains pour empêcher la croissance capitaliste et la concentration industrielle Ml y a près d'un siècle que Sis* mondi et son école ont dénoncé ce mouvement de concentration et d'absorption, et proposé je ne sais quel retour aux conditions de la période primitive,* à l'artisanerie. C'était déjà rétrograde et utopique ; mais un siècle après, quand toutes les forcée de production déchaînées ont bouleversé le système social, on se demande s'il est permis de pousser la moquerie aussi loin.
(c Et de même, pour la petite boutique, pour le Petit Gommerce qui ne furent jamais aussi menacés que depuis dix ans, quelle promesse peut faire aux classes moyennes le parti radical ?
<t Leur promettfa-t-il d'anéantir par la loi les coopératives de consommation ? Qu'il Tose ! Leur promettra-t-il d*acCabler les coopératives de charges fiscales ? Si elles sont calculées pour les anéantir, il sera curieux de voir le radicalisme, qui n*a jamais eu d'autre formule de progrès social que la coopération, essayer de l'écraser. Mais encore une fois, si c'est cela qu'il veut, qu'il ait le courage de le dire. Ou s'il se borne à taquiner les coopératives par des taxes qui ne suffisent point à arrêter leur activité, M. Klotz pourra remercier les radicaux de leur zèle fiscal, mais quel service auront-ils rendu au Petit Gommerce? Ils l'auront leurré par de vaines promesses. Ils l'auront dupé par des mots. Gare au parti qui se sera permis à l'égard des classes moyennes une- aussi indécente plaisanterie ! Les radicaux auront à subir, de la part de ces classes, un formidable renversement d'opinion.
« Des journaux radicaux me disaient hier : « Pourquoi nous interroger? Nous avons pris position; ainsi, dans la question de l'impôt à appliquer aux succursales, ûôus sommes avec le Petit Commerce. » C'est une lamentable équivoque. S'il s'agit seulement d'atteindre, d'après les signes extérieurs, d'après le nombre et l'importance des
3li3 LA GDRRU ET LR COMIUBCI PBAIfQAIS
succursales, le revenu présumé de l'entreprise, et de le frapper selon une progression, c'est simplement une méthode grossière d'instituer l'impAt progressif sur le revenu. Et cela ne changera pas le rapport économique fondamental. Cela n'empêchera pas le développement des vastes entreprises de commerce. Ou bien si l'impôt esi porté à un tel degré qu'il ruine l'entreprise et la rende impossible, c'est une procédure sournoise et inadmissible, il faut que le parti radical ait le courage de dire = les succursaJes sont interdites. Je ne suis pas sûr que par là les combinaisons dont se plaint le Petit Commerce seraient empêchées. Elles se produiraient sans doute par d'autres moyens et sous d'autres formes, le régime des sociétés, les modes de groupement du capital étant d'une variété et d'une souplesse infinies. Mais, enlin, il y aurait là une politique claire et franche. Le parti radical osera-t-il? Il n'osera pas ; il ne peut pas oser. Car, en vertu de quel droit limilerait-il le capitalisme commercial et laisseraitil le capitalisme industriel se développer sans limite? Comment pourra-t il justifier cette poliÛque au moment même où il exalle l'individualisme économique, la « liberté du travail »?Qu'aura-t-il à dire à la portion des > classes moyennes u qui, par les gérants, par les employés, est engagée dans le nouveau système commercial et qu'on frapperait d'une fiscalité expropriatrice ?
« Pourquoi écraser maintenant, au risque de multiplier les ruines, un régime commercial qu'on a laissé se produire? Qui donc, sinon les radicaux, a raillé les socialistes aunonçant l'universelle concentration? et comment pourraient-ils se risquer à une prohibition tardive? Mais une fois, le parti radical, qui est le maître des ambres, va-t-il prendre l'initiative et la responsamesures brutales, ayant pour objet avoué la deslégislative de tous les vastes organes de comgrands magasins, grands bazars, sociétés à des qui gênent ou ruinent, par le jeu de la con- ;, les petits commerçants? Les radicaux ne le pas. Personne ne le peut. On ne brisera pas plus ds mécanismes commerciau-t au profit des bouti-
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quiers, qu'on n'a brisé les machines industrielles dans rintérêt des artisans. On ne renversera pas le mouvement de la roue. Quand les radicaux laissent espérer aux classes moyennes qu'ils les sauveront par ces moyens de force, ils commettent la pire imprudence. Car ils seront obligés de trahir les espérances témérairement excitées.
« Les classes moyennes se mystifieront elles-mêmes, si elles se laissent mener dans cette voie sans issue. Elles ne réussiront qu'à se déchirer ; car il y a une partie notable des classes moyennes qui est engagée déjà dans les intérêts nouveaux qu'on prétend combattre en leur nom et écraser à leur profit.
a Non, elles ne trouveront pas le salut dans la politique réactionnaire qu'on annonce, mais qu'on n'osera même pas essayer sérieusement.
« C'est dans un tout autre sens que doivent s'efforcer les citoyens qui les composent. »
Ce sont là, dira-t-on, des paroles de 1912 ! Mais elles s'appliquent surtout à l'heure présente ! Est-ce que M. Perchot, sénateur et directeur du Radical, n'en pourrait, n'en devrait pas faire son profit, lui qui, actuellemient, persévère dans les pratiques démagogiques que nous avons dénoncées?
Et puis,v veut-on des appréciations plus récentes ? Nous en avons recueilli partout; nous ne citerons que la plus caractéristique, parce qu'elle résume toutes les autres : c'est celle de M. Neyret^ le dévoué maire de Saint- Etienne :
« On ne peut que déplorer les tendances gouvernementales à enrayer à coups de charges fiscales l'essor des grandes entreprises. C'est une bévue ajoutée à bien d'autres et dont la guerre nous fait ou nous fera payer les conséquences. Si on soutient la coopération, on est accusé d'être un collectiviste; si on rend justice aux grands magasins, on e«t accusé d'être un capitaliste.
364 LA GUBRR£ AT LÉ OOHMIHQM FRANÇAIS
Qu'importa?... La coopération n*en demeure pas moins une forme de la mutualité et leti (grandes entreprises de détail, comme celies de Saint-^Etienne, ne dont encore que de la coopération sur un mode eapitalitite; elles apparaissent comme le réisultat de ra^dociation de Aommes plus importantes, de compétences plus réelles, en vue d'une distribution d'intérêts qui composent en quelque sorte une assurance qui relève directemeot, elle aussi, de la coopération la meilleure et de la mutualité la plus louable. Au reste^ n'est-ce pas à ces méthodes commerciales modernes que nous devons l'absence de difficultés sérieuses dans l'alimentation de notre département? d
C'est aussi l'avis de M. Emile Blanchard, directeur des services de ravitaillement, et de M. Ch. Lallemand, préfet de la Loire, on le sait Cet avis, nous l'avons retrouvé émis partout à travers les départements français, par les personnalités les plus compétentes^ dans la Haute-Garonne, dans le Rhône, dans le Doubs, dans la Loire-Inférieure, le Calvados, la Seine-Inférieure, la Marne, la Somme, la Gôted'Or, la Meurthe-et-Moselle, etc., etc.
A quoi bon une interminable énumération?...
Quels arguments démag'O^iques pourraient prévaloir contre ces arguments de raison et d'administration ?