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LES ORIGINES DE LA GUERRE

En me retrouvant dans cette ville toute remplie et vibrante des travaux de la guerre, ma pensée se reporte invinciblement à l'effort initial de 1914, à mes visites aux établissements militaires et à nos usines mobilisées pour la Défense nationale.

La guerre c'était alors, comme c'est toujours, l'unique pensée qui nous absorbe tous et nous maintient debout, tendus vers notre exclusive préoccupation : la Victoire.

Dès le premier jour, cette préoccupation a groupé le Pays tout entier transformé, en un clin d'œil, en une armée disciplinée et frémissante d'espoir.

Quel inoubliable spectacle a offert notre mobilisation! Quelle gaîté, quelle confiance! Quelle digne préface à l'effort surhumain qu'allait donner la France! Jeunes et vieux, tous se sont montrés à la hauteur de tous les devoirs, de tous les sacrifices. Le recueil des citations à l'Ordre de l'Armée est, pour notre Pays, un titre immortel de gloire.

A l'appel des armes , la Nation tout entière s'était dressée, comprenant que venait d'éclater la mauvaise querelle que depuis dix ans on nous cherchait. Sous prétexte d'assurer à l'Allemagne le développement économique auquel elle avait décrété que ses destinées lui donnaient droit, on entendait rayer la France de la liste des grandes nations. Contre cette arrogante prétention, la France se leva.

L'ultimatum à la Serbie.

L'agression était indéniable. Faut-il en rappeler, une fois de plus, les preuves décisives? Elle avait débuté par l'ultimatum lancé, le 23 juillet 1914, par l'Autriche à la Serbie.

En vain, avec une admirable sagesse, cédant aux conseils des grandes Puissances, ses amies, la Serbie s'était résignée, dans l'intérêt de la paix générale, à accepter des conditions humiliantes et incompatibles avec sa dignité d'État souverain.

La résolution de l'Autriche, agent de l'Allemagne, était irrévocable. Le lendemain de la rupture avec la Serbie, l'Autriche avait l'impudence de faire déclarer, par ses agents à l'étranger, que la Serbie avait refusé de renoncer à ses desseins contre l'Au triche-Hongrie.

Déjà, en 1909, au lendemain du jour où, violant le traité de Berlin, l'Autriche-Hongrie s'était, de sa propre autorité, définitivement adjugé la Bosnie- Herzégovine, elle avait tenté de pousser ses avantages plus loin, de se débarrasser de l'incommode voisinage de la Serbie indépendante. Les efforts de l'Angleterre et de l'Italie, l'abnégation de la Russie, la sagesse de la Serbie avaient conjuré le péril.

Quatre ans plus tard, il menaçait à nouveau d'éclater, quand au mois d'août 1915, — M. Giolitti l'a raconté, en décembre 1914, à la Chambre italienne, — l'Autriche-Hongrie pressentait le Gouvernement italien pour lui faire connaître qu'au moment d'attaquer la Serbie, elle désirait savoir s'il estimait que le traité de la Triple Alliance pût jouer, en ce cas, et s'il se rangeait à ses côtés.

La réponse négative de l'Italie sauva la paix européenne.

En 1914, l'Autriche-Hongrie, dont l'Allemagne manœuvrait, comme d'un pantin, les ficelles, était décidée à ne se laisser arrêter par rien.

La préméditation de V Allemagne.

Que l'Allemagne fût résolue à déchaîner la guerre, comment en douter, lorsqu'on se rappelle et les incidents successifs de Tanger, de Casablanca, d'Agadir, et ces deux faits que, de 1905 à 1912, l'Allemagne avait dépensé, pour son matériel de guerre, deux fois plus de crédits extraordinaires que la France dans le même temps, et que ses effectifs avaient été accrus en deux ans, de 1911 à 1913, d'un chiffre égal à celui dont son armée s'était augmentée en trente-sept ans, de 1875 à 1910.

Faut-il, enfin, si une preuve de plus n'était pas superflue, rappeler les mensonges officiels de la dernière heure : la déclaration de guerre du Gouvenement impérial allemand à la France, invoquant, pour raison, qu'un de nos aviateurs avait jeté des bombes sur Nuremberg; mensonge qui devait être démenti, au cours de la guerre, le 18 mai 1916, par un Allemand publiant dans un organe allemand : La Revue hebdomadaire allemande de Médecine, une lettre du bourgmestre de Nuremberg déclarant que jamais il n'avait jeté de bombe sur sa ville.

V attitude pacifique des Alliés.

En regard de l'attitude des Empires centraux décidés à la guerre, plaçons et n'oublions jamais la conduite des Alliés : l'Italie, et avec elle la Roumanie, déclarant que la Triple Alliance ne se trouvait pas en présence d'un cas de guerre; l'Angleterre multipliant sous toutes les formes ses tentatives d'arrangements pacifiques, si bien que, dans sa dernière entrevue avec l'Ambassadeur d'Angleterre, le Chancelier impérial allemand ne pouvait dissimuler sa stupeur devant la nouvelle de l'intervention que dictaient à l'Angleterre le respect de ses engagements et le souci de son honneur; la Russie, enfin, dont il faut, sans cesse, rappeler et reproduire, avec autant d'insistance qu'en mettent les Allemands à l'omettre et à la cacher, la dépêche impériale envoyée par le Tsar au Kaiser, le 29 juillet, à une heure donc où Guillaume II tenait encore entre ses mains la paix ou la guerre : « Il serait juste, télégraphiait à « l'Empereur d'Allemagne S. M. Nicolas II, de ce remettre le problème austro-serbe à la Confé- « rence de La Haye. J'ai confiance en votre « sagesse et en votre amitié. »

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