LES OPÉRATIONS
Que le bon droit fût de notre côté, c'est l'évidence et ainsi s'explique le moral merveilleux montré, dès le premier jour, par nos admirables combattants, et qui n'a, à aucun moment, fléchi ; leur endurance dans cette longue et terrible retraite qui suivit la bataille de Charleroi ; leur foi inébranlable dans un retour offensif qui, décidé et dessiné, dès le 25 août, dans une Instruction générale, s'ouvrait le 6 septembre pour se terminer le 13 par la victoire de la Marne, à laquelle demeurera éternellement lié le nom du maréchal Joffre.
La France était sauvée, et les destins fixés. Mais l'Allemagne ne pouvait se résigner si vite à confesser qu'elle avait perdu la partie et à abandonner le rêve de domination qui l'avait précipitée d'abord sur l'héroïque Belgique, puis sur la France.
Il faut renoncer à Paris, dont on avait, par avance, annoncé la prise. On tourne ses desseins vers Calais, porte de l'Angleterre. La bataille des Flandres s'engage. Ypres, l'Yser, Dixmude, que de noms glorieux et réconfortants ! Le nouveau projet de l'Allemagne échoue comme le premier. Calais lui échappe, comme lui a échappé Paris.
La guerre des tranchées commence. Les épi
sodés qui vont la marquer sont commandés, pour la plupart, par le souci de soulager nos alliés, de seconder ou de préparer leurs actions, de combiner les efforts communs.
Vous vous rappelez, au début, l'offensive victorieuse des Russes, chassant les Autrichiens de Pologne, envahissant la Galicie, prenant Czernowitz, Lemberg, franchissant les Carpathes, pénétrant en Hongrie, succès qui devaient être suivis de douloureux revers.
A la manœuvre de Hindenburg, en Prusse Orientale, répond notre bataille d'hiver en Champagne. Au début de l'offensive austro-allemande en Galicie correspondent les grandes affaires de l'Artois. En septembre 1915 se place une manœuvre qui, en dehors de ses résultats propres, doit seconder les efforts de nos amis et de notre nouvelle alliée l'Italie, la seconde bataille de Champagne : 25 000 prisonniers, 550 officiers, 150 canons pris, voilà pour les résultats matériels; on n'en a pas oublié l'immense effet moral dans le monde entier.
L'année 1916 débute, le 21 février, par la ruée allemande sur Verdun. Dans les premiers jours, le Kaiser crut avoir ville gagnée; déjà, dans ses dépêches, il senne la victoire; vous savez la suite... l'échec total du Kronprinz.
Mais, dans l'intervalle, l'Autriche a déclenché sur le Trentin une offensive formidable. On se demande, un moment, si elle ne va pas déferler sur la plaine et menacer Venise. L'offensive russe
qui, sous la direction de Broussiloff. fait aux armées autrichiennes 450 000 prisonniers, rétablit l'équilibre et rend la victoire à nos amis italiens.
Quelques semaines plus tard, l'offensive francoanglaise sur la Somme nous procure en territoire, en prisonniers, en matériel, des résultats importants, en même temps qu'elle décongestionne Verdun et rend possible la reprise de Douaumont, suivie, quelques semaines plus tard, de notre victorieux élan sur la côte du Poivre.
En Orient, nous sommes à Salonique, où la France, répondant, le 24 septembre 1915, à l'appel de la Serbie, que nous n'aurions pu, sans déshonneur, abandonner, a pris la décision, confirmée plus tard par nos amis Anglais, puis par la Russie et l'Italie, d'envoyer un corps expéditionnaire.
Avec le concours de ses camarades alliés, l'armée serbe reconstituée a planté à nouveau son drapeau sur le sol de la Patrie : Monastir est repris, jour de joie que devaient bientôt assombrir et la honte d'Athènes, où un roi, asservi à des influences de famille, a rendu jusqu'à présent inutiles la prévoyance et l'action du grand homme d'État qu'est Venizelos, et plus encore Tanière tristesse de la prise de Bucarest et de la retraite roumaine.
De ces événements passés, retenons seulement l'enseignement que l'unité d'action sur l'unité de front ne doit pas rester à l'état de simple formule. N'oublions pas, d'ailleurs, que toute coa-
lition entraîne avec elle d'inévitables inconvénients, mais sans elle où en serions-nous?
Où en serions-nous sans l'héroïsme de nos amis Russes, sans le secours si loyal, si complet, de l'Angleterre ?
Elle ne nous a pas seulement assuré la liberté des mers. Grâce à l'action et au prestige de lord Kitchener, devant la mémoire duquel je m'incline avec un affectueux respect, elle nous a donné des effectifs plus considérables qu'on n'eût jamais pu le rêver, recrutés d'abord pendant des mois par des enrôlements hebdomadaires de trente mille hommes, puis par la conscription obligatoire dont l'adoption a été, pour nos voisins, une véritable révolution. Outre ses armées, l'Angleterre nous a fourni, et elle le fait chaque jour davantage, une collaboration inappréciable dans la guerre industrielle que se livrent à cette heure les deux groupes de belligérants.
Pour soutenir et pour mener à bien cette guerre industrielle, toutes les forces de la Nation doivent être utilisées. Le Pays Fa compris, et dans cet effort l'arrière s'est montré digne du front.