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LA FRANCE ET SON ARMÉE

Au mois de février 1913, quelques semaines après avoir quitté le Ministère de la Guerre, M. Millerand, avant que le Gouvernement n'eût pris position sur la question des trois ans, écrivait et adressait à une publication périodique l'article qu'on va lire.

Il y est fait allusion au programme de crédits extraordinaires pour le génie, le service de santé, l'intendance, l'artillerie lourde dont l'établissement fut l'un des derniers actes ministériels de M. Millerand.

La confiance qu'il y manifeste dans les vertus militaires de l'armée de la République, dans la résolution et l'énergie morale de la Nation, n'avait rien d'affecté. L'événement a prouvé à quel point elle était justifiée.

Le temps est passé où un malentendu parut séparer la France et son armée.

Du côté des républicains, une méfiance instinctive et comme traditionnelle du panache et du sabre; du côté de Tannée, la crainte de cette méfiance.

L'Affaire, où la passion de la justice sembla accepter parfois de voisiner avec le mépris des grands chefs, la politique des fiches, la vexation d'un décret maladroit sur les préséances : ces froissements réitérés, heureusement superficiels,

Mil.lera.nd. La Guerre Libératrice. 1

purent faire croire un instant que l'armée était reléguée au rang de ces utilités dont on ne se pare point.

Qu'il a fallu peu de chose pour la remettre à sa

place!

A une démocratie aisément utilitaire, par rencontre indisciplinée, l'armée en temps de paix est appelée à rendre le service le plus précieux.

On a parlé de Tannée-école. Si Ton veut prendre les mots au pied de la lettre, c'est une sottise. Pas d'erreur plus grossière que de songer à transformer nos recrues en écoliers et nos officiers en pions.

Leur enseignement moral n'a rien de didactique. Il ne se formule ni en axiomes ni en discours. C'est le plus rare, le seul propre à toucher profondément l'homme comme l'enfant : celui que donne la vie.

Abnégation, sacrifice : en ces deux mots tient toute la carrière du soldat. L'exemple est contagieux du bien comme du mal.

Jeunes bourgeois, enfants du peuple, qui, au sortir de la caserne, seront entraînés par les tentations du milieu où ils tombent, ils ont, sans même s'en rendre compte, gardé l'empreinte de leur éducation militaire.

Vienne le jour où, sur une menace extérieure, la nation se tourne du côté de son armée, le soldat d'hier lèvera les yeux avec respect et avec confiance vers ses chefs de la veille.

Ce jour est venu. Selon une méthode qui lui est

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