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LA FRANCE ET SON ARMÉE

familière, l'Allemagne a voulu essayer sur la France le jeu alternatif de la douche froide et chaude. Après Algésiras, hélas! Mais après Casablanca, holà!

Agadir a fait déborder la coupe.

D'un bout à l'autre du pays, la même parole s'est fait entendre, tranquille et ferme : « En voilà assez! »

Et le pays a regardé son armée.

Il a vu un corps d'officiers admirable, pénétré du sentiment de ses responsabilités, soucieux de se tenir au courant de tous les progrès, passionné pour son métier, d'une tenue morale qui ne le cède en rien à sa valeur intellectuelle.

Ces chefs, du sous-lieutenant au généralissime, ne vivent que pour une pensée. Depuis quarante ans, ils portent le deuil des défaites subies ; et depuis quarante ans leur esprit est tendu vers un but unique : mériter à force de travail et d'efforts de reprendre la place des glorieux ancêtres, — être prêts.

Entre leurs hommes et eux règne une intimité faite du dévouement des chefs et du respect des subordonnés. On ne citera point une armée où l'officier subalterne exerce sur ses soldats l'influence qu'il a chez nous.

L'armée sait tout cela : elle a confiance en soi.

Le pays l'a compris : il a confiance en son armée.

Mais voici qu'arrivent d'Allemagne des nouvelles graves.

Nos voisins auraient résolu d'accroître encore la supériorité numérique de leurs effectifs sur les nôtres. Des projets sont annoncés qui, réalisés, rompraient complètement l'équilibre entre les deux armées.

De notre côté, un programme est dressé déjà pour compléter nos armements. Artillerie, travaux de place, aéronautique y ont leur part.

Sa réalisation est une question d'argent. Elle sera aisément résolue par un pays qui jamais ne marchanda les sacrifices pour assurer sa défense.

Une autre question se pose : celle des effectifs. La France a 40 millions d'habitants, l'Allemagne 66. Chaque année élargit la différence et rend plus redoutable le problème.

Que la loi de 1905, qui a réduit à deux ans la durée du service, doive être profondément remaniée, il suffit, pour le savoir, d'en avoir, sans parti pris, étudié les résultats.

On peut à la rigueur obtenir une cavalerie sortable avec des cavaliers médiocres et des chevaux admirablement dressés ou, à l'inverse, avec des chevaux imparfaitement dressés montés par d'excellents cavaliers. S'il faut se contenter de chevaux mal dressés et de cavaliers insuffisants, le problème est insoluble.

Or, nous en sommes là. La réduction de nos effectifs ne nous permet de faire comme il convient ni le dressage de nos jeunes chevaux ni l'instruction de nos recrues.

Aussi a-t-on naturellement été conduit à envi-

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