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N° du 15 janvier

Milleran'd. La Guerre Libératrice.

étions, en 1914, à 18, i. Dans la moyenne des 25 dernières années, l'excédent des naissances sur les décès a été on peut dire nul. Certaines années, le nombre des décès a dépassé le nombre des naissances; ainsi en 1911, où l'excédent des morts fut de 54 000.

Au lieu de notre chiffre effrayant de 18,1 naissances seulement par mille habitants chaque année, l'Angleterre en compte 26 ; l'Allemagne, 5î,6; F Autriche, 55; l'Italie, 55.

Dans la période avant la guerre, l'accroissement annuel de la population a été par an, pour 10000 habitants, de 141 pour l'Allemagne, de 115 pour l'Angleterre, de 114 pour l'Autriche, de 115 pour l'Italie, de 7 pour la France. On compte actuellement en Allemagne 18 millions d'enfants des deux sexes de 1 à 12 ans contre 8 millions chez nous.

Comment ne pas rapprocher de ces chiffres si douloureusement significatifs l'anathème de Roosevelt :

« Quand on peut parler dans une nation de la ter- « reur de la maternité, cette nation est pourrie « jusqu'au cœur du cœur; quand les hommes « craignent le travail, quand les femmes craignent « d'être mères, ils tremblent sur le bord de la « damnation et il serait bon qu'ils disparaissent de « la surface de la terre où ils sont de justes objets de « mépris pour ceux qui sont forts et ont l'âme « haute. »

Par quels moyens remonter la pente? Des pro~

cédés législatifs sont proposés, des ligues se sont fondées. Le mal en effet, loin de diminuer, risque de s'accroître, si nous n'y prenons garde, avec l'extension, amenée par la guerre, du travail des femmes.

Que la femme soit ouvrière, à merveille. Elle doit avant tout être mère; c'est son premier devoir; il n'y a pas d'intérêt social au-dessus de celui-là. Aussi doit-on applaudir à toutes les mesures déjà prises ou recommandées pour ménager l'ouvrière dans les semaines qui précèdent et qui suivent l'accouchement, comme pour aider, à l'usine même, la mère qui nourrit son enfant.

Ces précautions nécessaires seraient complètement vaines si elles ne trouvaient leur fondement dans les mœurs; si la mère n'était, comme il convient, entourée du respect et de la sollicitude de tous, et si, la première, la femme n'acceptait la maternité comme un honneur et comme un bonheur.

Pour servir ces grands intérêts, l'union de tous les Français est nécessaire et possible.

Le 22 février 1911, je faisais, dans cette même maison, sous les auspices, comme aujourd'hui, de la Ligue de l'Enseignement, une conférence sur « les conflits sociaux et l'arbitrage ». J'essayais de montrer que la solidarité des classes est une vérité en même temps qu'une nécessité sociale que nou& pouvons lire dans les faits de chaque jour.

L'idée de l'arbitrage obligatoire, qui n'en est qu'une déduction, avait déjà, à ce moment, fait de notables progrès depuis le jour où, en dépit des attaques convergentes de droite et de gauche, j'avais, en 1900, déposé, avec Waldeck-Rousseau, un projet de loi sur la matière.

Les faits, il me sera permis de le dire, sans prétendre en tirer vanité, ont singulièrement justifié la prédiction qu'à la fin d'une préface à un volume sur les grèves, publié précisément à l'occasion de ce projet par M. Jules Huret, je me permettais de formuler, au mois d'août 1901 :

« Le temps et l'expérience, ces deux maîtres des hommes, auront bientôt justifié l'initiative que je m'honore d'avoir prise. »

Il est naturel et légitime que le rapprochement né entre tous les Français des circonstances de la guerre ait amené les pouvoirs publics à enregistrer la nécessité que nous étions rares alors à proclamer. Le décret du 17 janvier 1917, rendu par le Ministre de l'Armement, M. Albert Thomas, sur l'arbitrage obligatoire, est une constatation que je note avec joie des progrès de l'opinion sur cette question capitale des rapports entre employeurs et employés.

La lutte est, je le sais, une loi de nature. Celle des partis, un instant suspendue, reprendra avec la paix; elle est nécessaire et féconde.

Ne nous payons pas d'illusions. D'aucun parti ne seront complètement éliminés les sectaires ; ce

n'est peut-être pas nourrir un espoir chimérique que prévoir qu'après la guerre leur influence aura diminué.

Un ancien Président de la Ligue de l'Enseignement écrivait, au cours de la première année de la guerre, dans le numéro de la Renaissance du 17 avril 1915 :

« Pourquoi ne pas laisser à tous le droit de penser comme ils le veulent? L'heure venue, ils s'entendent sur le devoir admirablement : c'est l'essentiel.

« De là l'évidente nécessité d'une politique libérale. L'heure est venue de renoncer au mauvais. rêve de l'unité. Apprenons à nous en passer. Il faut promulguer, a-t-on dit, l'édit de Nantes des partis. Oui, mais pour qu'il ne finisse pas, comme l'autre, par une révocation, il faudra un assez profond remaniement dans les mœurs politiques, à commencer par les mœurs électorales....

« Est-il besoin d'ajouter que certaines pratiques d'hier n'oseront pas reparaître ? Ne fût-ce que par pudeur ou sous le fouet de la réprobation publique, finies les venimeuses querelles de personnes ou de partis ; finies les excitations à l'intolérance, à la suspicion, à la haine entre Français; finies les clameurs intéressées dénonçant le cléricalisme de l'un, Fantipatriotisme de l'autre; finie la politique de clientèle avec ses commerces de bas étage.... »

Ces belles paroles de M. Ferdinand Buisson ont trouvé de l'écho au front.

Un inspecteur primaire, M. Charles Jouanny, aujourd'hui capitaine d'infanterie, décoré de la Légion d'honneur et de la Croix de guerre, propose de constituer un comité pour « l'union sacrée sco-

laire ». Il élabore un projet de statuts d'où j'extrais ces deux articles1 :

« Art. 5. - L'esprit du comité est celui de citoyens de bonne volonté qui ne veulent pas oublier les leçons de la guerre, qui ont appris l'union sacrée face à l'ennemi, et qui, dans le domaine scolaire, sacré entre tous, veulent continuer l'amitié des tranchées, en s'inspirant du cri de Valmy : « Vive îa Nation ! »

« Art. 5. — Animé d'un sentiment d'équité dans îa forme, le Comité s'interdit dans ses débats comme dans toutes ses publications :

« 1° De produire des allégations sans preuve et aussi des citations sans indication de leur source;

« 2° De ranimer les mauvaises formes de polémiques antérieures à la guerre;

« 5° De répondre à des écarts de forme et surtout d'en commettre lui-même;

« 4° De faire ou de laisser dégénérer les débats d'idées en querelles de personnes. »

Et pour exposé des motifs, voici comment s'exprime ce soldat, si digne d'être instituteur i

« De bonne foi, certains jugeront de ce fruit des leçons de la guerre avec les œillères de Favantguerre, hocheront la tête avec scepticisme, comme si le scepticisme n'était pas, plus encore que l'Allemand, le grand vaincu de cette guerre.

c D'autres se diront : ils ne sont qu'une poignée. Cette poignée a derrière elle ses morts, qu'elle ne veut pas trahir, ces absents non oubliés auxquels s'appliquera si parfaitement la parole fameuse d'Auguste

1. « Pour l'Union sacrée scolaire », feuille mensuelle, n° 1, décembre 1916.

Comte : « L'humanité est plus faite de morts que de vivants ». Quand ce sera le retour, croit-on qu'il aura l'allégresse sans réserve de celui que Cormon a peint sur « les Vainqueurs de Salamine »? Comment oublier les frères d'armes qui ne verront pas la victoire qu'ils ont faite.... »

Non certes, ils ne seront pas oubliés.

Vieux comme jeunes, nous prendrons à notre compte les conseils que l'un de ces morts, mon confrère et collègue, qui fut mon collaborateur, Robert Dubarle, ancien député de l'Isère, adressait •de la terre vosgienne, où il devait trouver une fin héroïque, à un jeune garçon de ses amis1 :

« Il faut qu'il y ait à l'heure actuelle en France des millions de jeunes garçons, bientôt des hommes, qui s'appliquent à devenir le meilleurs possible, et à exalter leur âme, à mieux aimer encore leur patrie, à la servir avec une abnégation et une fidélité constantes. Ce n'est qu'à cette condition que le sacrifice de tant de vivants et de tant de morts pourra être fécond. Nous autres soldats, nous sommes comme des laboureurs qui, avec le fer de la charrue, tracent un sillon dans un champ; et nous avons le grand honneur de risquer notre vie à catte tâche, parfois douloureuse.

« C'est votre génération qui aura à ensemencer ce sillon, arrosé de tant de sang, et à y faire germer une si belle moisson que les ruines et les tombes en soient bientôt recouvertes et que tous ceux qui luttent aujourd'hui puissent se dire un jour : nos fatigues, nos blessures, notre mort même n'ont pas été inutiles. »

1. Robert Dubarle, par L. Barthou, p. 11 (Édition spéciale de îa Revue Hebdomadaire).

Recueillons avec piété une si haute leçon. Nous serions indignes de survivre aux héros morts pour la France et pour la civilisation si par notre faute leur suprême sacrifice pouvait demeurer stérile.

Il n'en sera pas ainsi. Sauvés par eux, nous puiserons dans leur vie et dans leur mort les enseignements nécessaires pour comprendre et pour pratiquer le devoir de demain.

La Protection des Réformés n° 2 — la P. II. 2 — fondée pour venir en aide à une catégorie particulièrement intéressante, parce que particulièrement deshéritée, d'anciens combattants, a organisé une série de conférences destinées à étudier « la Psychologie des Belligérants ».

Elle a fait l'honneur à son Président de lui demander de donner la première sur la France. Cette conférence a eu lieu à la Sorbonne, le 15 novembre 1917.

M. A. Millerand y a esquissé la psychologie ou, pour être plus modeste et plus exact, la physionomie de la France pendant la guerre, en étudiant successivement l'état d'esprit de la France entre les deux guerres, de 1870 à 1914; le moral de notre armée depuis le début des hostilités; son héroïsme qui fait l'admiration du monde. Il a terminé en faisant appel au bon sens français pour achever et couronner l'œuvre de nos soldats.

La France de 1870 à Î9t4.

Le premier et le plus sûr résultat de la guerre qui nous a été imposée est d'avoir bouleversé de fond en comble l'opinion du monde, — de nos amis comme de nos ennemis, — sur notre pays.

C'était comme un axiome, que notre manie de nous dénigrer nous-mêmes n'avait pas peu contribué à mettre en circulation, que la France était en décadence.

Les scandales de notre vie publique complai-

samment étalés, l'importance démesurée attribuée aux incidents les plus frivoles et les moins flatteurs, tout concourait à donner de notre peuple l'impression la plus défavorable.

Par contre, nous avions nous-mêmes travaillé à accréditer la bonne opinion que l'Allemagne professait d'elle-même.

Nous étions des vaincus. Nous en avions la mentalité.

J'ai conservé vivante et forte l'impression que je reçus, enfant, à lire, sur les murs de la petite commune bretonne qui m'abrita l'automne et l'hiver de 1870, les proclamations où Gambetta s'efforce de maintenir les résolutions de la France « à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie » . ♦

Les hommes de ma génération auront toute leur vie gardé l'empreinte de l'année terrible.

Parvenus à l'âge viril, ils ne furent que trop aisément envahis et absorbés par les préoccupations de la politique intérieure. Sur l'écroulement de l'empire la République avait surgi.

Ce n'était pas une tâche facile, ni brève, que d'aménager le régime nouveau sous lequel la France devait poursuivre ses destinées.

A vrai dire, si l'Allemagne n'a pas profité des heures où nous commencions de reconstituer nos forces pour redoubler ses coups, entraver notre relèvement et pousser à bout l'entreprise, dont le rapt de F Alsace-Lorraine n'était que le début, ce n'est pas sa faute.

Bismarck n'eût pas demandé mieux que d'achever son œuvre : les dispositions de la Russie et de l'Angleterre, en 1875, l'en empêchèrent.

L'Europe commençait dès lors d'apercevoir Terreur capitale commise en 1870 et dont ses sacrifices sanglants depuis trois années n'ont d'autre objet que de réparer les conséquences.

Pour les Français, deux sentiments se sont, jusqu'à la fin dé juillet 1914, partagé leur âme.

Nous ne nous résignions pas à accepter la déchéance que nous avait infligée le traité de Francfort. Nous nous sentions responsables vis-à-vis des provinces perdues et nous ne pouvions arracher de notre cœur le cri des députés républicains à l'Assemblée nationale, promettant aux représentants de F Alsace-Lorraine d'élever contre le crime qui venait de s'accomplir une « revendication éternelle ».

Nous reculions, d'autre part, devant la perspective de déchaîner sur la France et sur le monde les maux d'une guerre, dont l'issue d'ailleurs était au moins incertaine.

Si forte, pourtant, était sur nos âmes l'emprise des regrets et des espérances, qu'un des arguments les plus puissants contre la politique coloniale, à laquelle l'histoire associera à jamais le nom de l'illustre Vosgien Jules Ferry, fut qu'elle risquait de détourner nos regards de la frontière des Vosges et de disperser aux quatre coins du monde des forces que notre devoir était de tenir toujours prêtes et concentrées pour l'heure de la réparation.

Peut-être, néanmoins, le temps aurait-il accompli son œuvre et eu raison de notre fidélité, s'il ne s'était produit un double phénomène, l'un comme l'autre dans le même sens.

A la fin du siècle dernier, éclatait chez nous une affaire, dont le souci du maintien de l'union nécessaire devant l'ennemi ne permet pas de remuer les cendres encore tièdes.

Elle fut pour notre pays une occasion nouvelle, avant la suprême épreuve, d'attester l'empire qu'exerce sur l'âme française le souci désintéressé des principes idéalistes et des idées générales. Une véritable guerre civile s'était déchaînée entre compatriotes invoquant, ceux-ci les droits de la Justice, ceux-là le respect dû à l'Armée, sauvegarde de la Nation.

Les conséquences de la lutte se firent sentir bien après qu'eût été effacée la sentence qui l'avait fait naître. Parmi ceux mêmes qui avaient combattu avec le plus d'acharnement pour le triomphe de la Justice, d'aucuns ne dissimulèrent pas la crainte que leur victoire, détournée de son véritable objet, n'entraînât des résultats redoutables.

Les controverses qui s'étaient entrechoquées violemment autour de l'Affaire avaient amené nombre d'esprits, dans les deux camps, à scruter de plus près les deux thèses en présence. Et c'est ainsi qu'un Charles Péguy, dont la mort glorieuse a pacifié, comme il est arrivé pour tant d'autres, le souvenir des polémiques passées, après avoir servi de toute sa puissance de penseur et d'écri-

vain la cause de la Vérité, mettait au service de la Patrie tout ce qu'il avait de prévoyance, de courage et de verve, en luttant contre les tendances démagogiques et en glorifiant nos traditions nationales.

Les appréhensions des patriotes étaient, aussi bien, excitées et justifiées par des incidents graves de notre politique étrangère.

Les desseins de l'Allemagne se dévoilaient et se précisaient.

La démonstration de Tanger, la démission sensationnelle de notre ministre des Affaires étrangères, l'incident de Casablanca, l'affaire d'Agadir et ses conséquences eurent pour résultat de créer dans toutes les parties de notre opinion un état d'esprit tout nouveau.

La France, qui voulait la paix, s'aperçut qu'il ne dépendait pas de sa seule volonté de la maintenir, et, sans forfanterie ni emphase, elle envisagea l'éventualité dont on essayait de l'effrayer.

Elle ne cessa pas de penser qu'elle n'avait pas le droit, même pour obtenir le retour au foyer des frères séparés, de faire appel aux armes. Mais elle accepta avec une tranquille fermeté la pensée qu'un jour pouvait venir où elle serait contrainte de subir l'agression.

L'Armée de la France.

Aussi, quand l'agression se produisit, elle la regarda en face avec un sang-froid et une sérénité qui firent l'étonnement et l'admiration universels.

Le spectacle offert par notre mobilisation et notre concentration ne fît pas seulement honneur à nos états-majors, formés par notre École de guerre. Il fut, davantage encore, la glorification du peuple de France, déployant une fois de plus ses qualités séculaires de bravoure, d'entrain, d'abnégation.

Surtout, il réduisit à néant les rumeurs auxquelles l'ennemi, qui les avait propagées, en était peut-être venu à se prendre lui-même sur l'esprit de fronde et d'indiscipline, dont on avait prédit les manifestations.

Sans acception de partis, sans distinction de conditions, tous les Français se levèrent et coururent à leur poste de combat.

Pas une hésitation sur le devoir; pas un doute sur l'issue de la lutte.

Ce fut une ruée merveilleuse et ordonnée des mobilisés à la frontière.

Au premier rang, les jeunes, les générations nouvelles qui avaient plus profondément senti et plus hautement proclamé le besoin d'ordre, la nécessité de relier le présent au passé, le devoir de refouler les éléments anarchiques et destructeurs.

Il se produisit une convergence admirable de

toutes les mystiques, révolutionnaire comme catholique, en un effort commun de réalisation et de lutte pour sauver de la barbarie la France, rempart de la civilisation et de l'Idéal.

De quels éléments hétérogènes semble, au premier abord, composée notre armée !

Ils proviennent de toutes les régions. L'ardeur du Midi y côtoie le flegme du Nord. La ténacité docile et rêveuse des gars de l'Ouest y voisine avec la solidité des gens de l'Est.

Les humeurs, les tempéraments sont divers, comme sont différents les ciels et les climats sous lesquels ont jusque-là vécu ceux que groupe la fraternité des armes. Habitants de la plaine ou de la montagne, coutumiers du soleil ou des brumes, les voici réunis pour supporter ensemble, coude à coude, des épreuves dont, sans en soupçonner ni la nature, ni la durée, ils ont d'avance accepté les rigueurs.

Et je ne parle que des premiers jours de la mobilisation. Avec les semaines et les mois arriveront au front la foule bigarrée et fidèle des recrues de notre empire colonial : Arabes, Kabyles, Tunisiens, Marocains, Sénégalais, Malgaches, Annamites, qui viennent joindre leurs efforts et leurs sacrifices à ceux de leurs frères de la Métropole, pour défendre leur mère commune.

Parmi même les originaires de la même province, que le recrutement régional a rassemblés dans les mêmes unités, quelle diversité de conditions! Ouvriers, agriculteurs, commerçants, hom-

mes des professions libérales, se trouvent confondus sous l'égalité de l'uniforme. Plus d'autre différence entre eux que celle des emplois et des grades. Le subordonné de la veille est souvent devenu le chef d'aujourd'hui.

Tous les esprits sont orientés, toutes les forces tournées vers un seul but : la victoire. La foule s'est muée en une armée sur laquelle plane l'esprit de sacrifice et de discipline.

Les conceptions divergentes, les opinions particulières ont disparu pour laisser place au souci unique qui gonfle toutes les poitrines : être fort, plus fort que l'ennemi. Pour triompher, faire abnégation de sa personnalité, n'en retenir que les éléments qui peuvent, en s'unissant à ceux des frères d'armes, accroître la force française.

Les religions qui se disputaient les âmes ont noblement abdiqué leur intolérance foncière. Rabbins, pasteurs, curés : autant de Français allant côte à côte porter sous la mitraille à d'autres Français la consolation et le réconfort de la croyance où ils ont vécu et où ils veulent mourir.

Membres de l'enseignement qui ont quitté la chaire pour le fusil continuent, dans la tranchée, à offrir à leurs camarades l'exemple qu'hier ils donnaient à leurs élèves.

Révolutionnaires tout pénétrés de l'idée internationaliste, syndicalistes imprégnés de la nécessité de la lutte des classes, n'entendent aujourd'hui se souvenir que d'une chose : la France est en péril, la France révolutionnaire qui a semé sur le monde

à mains pleines les germes des vérités libératrices.

Dévots exclusifs de la tradition, royalistes impénitents, farouches adversaires de la République, ne se rappellent leurs doctrines intransigeantes que pour y puiser les maximes qui les unissent cœur à cœur avec leurs adversaires de la veille, dans un dévouement sans limites à la France éternelle !

Qu'est-ce donc qui a formé et qui maintient cette merveilleuse et nécessaire union?

L'unité nationale forgée par les siècles.

Provençaux, Bretons, Basques, Picards, si différents soient les terroirs, si profonde leur empreinte particulière, tous ont subi l'ascendant et reçu la marque indélébile de la grande Patrie. Français d'abord, et avant tout.

Une suite séculaire d'épreuves, de travaux et de gloire les a liés indissolublement au pays des Croisades et de la Révolution.

La France, ce n'est pas seulement pour eux le coin de terre où ils sont nés. Ils ne lui sont pas seulement attachés par les liens si prenants de l'habitude et du souvenir.

La France, c'est l'idéal de Liberté poursuivi à travers les âges, depuis l'affranchissement des communes luttant contre le seigneur pour s'assurer leur sécurité, en passant par les lentes et tenaces emprises sur les privilèges des bourgeois du Tiers s'élevant au pouvoir, comme le note déjà l'âpre et perspicace Saint-Simon, « par l'exercice

Millerand. La Guerre Libératrice. 10

« régulier de toutes les fonctions civiles et par le « maniement de la fortune publique », jusqu'à la Révolution, proclamant les droits de l'homme, sans acception de nationalité ni de race, et préparant la crise suprême, qui bouleverse depuis trois ans le monde, pour aboutir à la .reconnaissance des droits des peuples.

La France, c'est « cette forme étincelante du « bon goût, du bon sens et de la bienveillance », qu'on a défini l'esprit français; ce type achevé de civilisation et d'humanité qu'ont travaillé à former tant d'écrivains, de poètes, d'orateurs, d'auteurs dramatiques, dont le génie, s'il a rayonné sur le monde, n'en reste pas moins l'ornement et la parure de la France, qui est leur œuvre autant que celle des politiques, des guerriers et des souverains, artisans de sa grandeur et de son unité.

Cette France, une et indivisible, à laquelle se sont librement et pour toujours données les populations qui ont une fois connu la douceur de lui être unies, dont n'acceptent pas de rester séparées les provinces que la violence en a brutalement arrachées, elle est, de par sa situation géographique, un carrefour désigné aux invasions.

Et ainsi la nécessité de se défendre, d'être prête sans cesse à repousser l'étranger, a fait de la Nation Française une race de soldats.

Les poilus de 1914 ne sont pas seulement les descendants directs des grognards du Premier Empire. Ils sont le produit d'une longue lignée de soldats.

Dans ce peuple, moins jaloux encore de liberté que d'égalité, les vertus militaires ne constituent l'apanage d'aucune condition, ni d'aucune classe. Et c'est à bon droit qu'après quelques mois de campagne tombera la distinction, désormais injustifiable, entre régiments de réserve et régiments d'activé.

Sans doute, le Français tient ses qualités guerrières de l'hérédité. Le sang qui coule dans ses veines, il Ta reçu d'ascendants qui manièrent le mousquet ou le sabre. L'histoire de son pays est tissée de récits de combats. Depuis la bataille des « Champs Gataïauniques » jusqu'à la victoire de la Marne, l'épopée française pour la civilisation se déroule en une longue chaîne d'efforts ininterrompus.

L'école a rempli le cerveau de nos enfants des noms glorieux où s'incarne notre renommée militaire : Charlemagne, Du Guesclin, Jeanne d'Arc, Henri IV, Turenne, Condé, Jean Bart, Hoche, Marceau, Napoléon.

Sous la troisième République, le service obligatoire a complété l'œuvre de l'école. Le passage dans les rangs, même s'il ne fut, pour certaines catégories, que d'un an, a assoupli aux obligations du service l'homme qui, rappelé par la mobilisation, sera rapidement entraîné à ses nouveaux devoirs.

Une évolution d'une autre nature s'est produite, qui n'a pas laissé d'exercer une bienfaisante et considérable influence sur la solidité et l'endurance de nos effectifs.

U8 LA GUERRE LIRÉRATRÏGE.

La propagande pour le développement des sports s'est longtemps heurtée à l'indifférence et à la routine, en dépit du dévouement de véritables apôtres et de l'exemple saisissant de l'étranger. L'apparition de la bicyclette, celle de l'automobile, en opérant une révolution dans les habitudes des ruraux comme des citadins, ont accompli ce que n'avaient pu obtenir tant d'exhortations et d'efforts.

Telle est la condition physique et morale de notre soldat, à l'heure où l'Allemagne déchaîne la guerre sur le monde.

L'héroïsme français.

C'était au début d'août 1914. Nous voici à la fin de 1917, dans la quatrième année de la lutte.

De quels actes de dévouement, de sacrifice, de sublime héroïsme, cette guerre a été chaque jour, à chaque heure, illuminée, demandez-le à la collection de citations à l'ordre de l'armée qui forme l'extraordinaire Livre d'Or de la France du xxe siècle, tel qu'à aucune époque n'en connut aucune nation.

Sur toute la ligne du front, de la mer aux Vosges, l'armée française a été égale à elle-même. Le décor change et les noms : la bravoure, l'entrain, l'abnégation ne varient pas. Les héros sont partout. Il faut renoncer à en citer. Ils sont trop.

Du général « qui se mettrait à genoux devant ses soldats » au poilu qui va, sous les obus, chercher le corps de son officier blessé, une camaraderie fraternelle faite de confiance, d'admiration et de respect, unit en une étroite famille les membres de la France militante.

Entre les centaines de noms auxquels tour à tour s'est accrochée, dans les communiqués, l'angoisse publique, quelques-uns sonnent d'un plus retentissant éclat, d une vibration plus prolongée : Dixmude, l'Yser, Notre-Dame-de-Lorette, Àrras, Soissons, Reims, et, au-dessus de tous, V erdun !

Verdun, symbole religieux de la résistance française. Dans ces deux syllabes éclatent la résolution farouche de barrer la route à l'ennemi, de tenir jusque par delà la mort, et l'allégresse émerveillée de la volonté triomphante. « Ils ne passeront pas ! » Ils n'ont pas passé.

Oui, Verdun est un symbole! Le miracle qu'ils réalisèrent en 1916 sur la Meuse, nos poilus l'avaient accompli en 1914 sur l'Yser, avec leurs camarades britanniques et belges. Ils le renouvelaient, en 1917, hier, sur le Chemin-des-Dames. Ils sont prêts demain à le recommencer.

Au prix de quel holocauste! Que de victimes pour le salut de la France et de la Liberté ! Combien de noms pourrais-je énumérer, dont je ne veux choisir aucun, parce que devant le sacrifice suprême tous sont égaux !

Les lettres, l'enseignement, les carrières libé-

raies ont versé le plus pur de leur sang. En tombant sur le champ de bataille côte à côte avec leurs frères ouvriers et paysans, les représentants de l'élite intellectuelle française ont signifié que la défense de la Patrie n'admettait d'autre distinction que celle du courage et de l'abnégation, et, parce que leur place était marquée aux premiers rangs dans la paix, ils n'auraient pas souffert de rester, la guerre venue, en arrière de la troupe élue des héros et des victimes.

Tant de sacrifices à l'avant ont eu à l'arrière leur cruel et douloureux retentissement. A l'héroïsme des combattants, a répondu celui des épouses et des mères, dont on ne saurait dire s'il lui est égal ou supérieur.

Par quels mots, qui ne soient au-dessous de la réalité, traduire les angoisses de la mère qui, ayant donné son enfant au pays, attend chaque jour de savoir s'il ne lui est pas ravi; sa douleur à l'effroyable nouvelle ; son courage pour rester debout sous le coup et maintenir autour d'elle les volontés atteintes !

La Victoire ! après notre soldat, c'est à la femme française que nous la devrons.

Elle a, depuis trois ans passés, réalisé des merveilles d'ingéniosité, de ténacité, de bravoure. Sans sortir de son domaine, elle sut, sous toutes les formes, apporter à la défense nationale un concours qui ne sera jamais prisé assez haut.

Son rôle grandit, il devient plus important, à mesure que se prolonge la guerre. Quel homme

oserait se plaindre, témoigner de l'inquiétude ou du découragement, devant la confiance raisonnée et tenace de la Française?

Les péripéties du drame.

Nous avons connu, depuis le début, le flux et le reflux de la fortune, et Ton dirait que, sous la pression d'un rythme intérieur, les chances heureuses et contraires se soient tour à tour succédé.

Non point que le sort de la lutte ne soit définitivement et dès longtemps fixé.

Il Test depuis la victoire de la Marne.

Le jour où les Allemands ont battu en retraite, tournant le dos à Paris, et où a commencé la bataille des tranchées, ce jour-là, le rêve d'hégémonie germanique avait vécu.

Pourquoi donc le monde coalisé continue-t-il de se battre contre l'empire de proie qui avait conçu cet infernal dessein?

Pour qu'un tel projet ne renaisse pas demain.

De cette résolution chaque jour mieux comprise et plus forte sont nées les péripéties du drame, rompu, dans son développement nécessaire et logique, par les incidents inévitables d'une si vaste épopée.

Au début, à la suite de la Russie et de la France fidèles à leur alliance et debout pour défendre, avec l'indépendance et la dignité de l'héroïque Serbie, leur propre existence, c'est l'Angleterre qui

se lève pour sauver, en même temps que ses intérêts et ses droits, son honneur mis en cause par la violation de la neutralité belge.

La « méprisable petite armée » franchit la Manche. Elle est à la bataille de l'Ourcq, comme elle sera à la bataille de l'Yser, enflant de mois en mois ses forces jusqu'à imposer sa supériorité, — hommes et matériel, — à son dédaigneux adversaire.

Cependant, le printemps de 1915 a amené, avec la crise des munitions de l'armée russe, son héroïque retraite, merveille de bravoure et de ténacité. Les Carpathes, la Galicie, la Bukovine, la Pologne sont évacuées !

Mais voici que surgit un nouvel adversaire des empires centraux. Avec une intelligence avisée de la situation européenne et de ses propres intérêts, l italie, qui nous est d'autant plus chère qu'elle est plus éprouvée, l'Italie se refuse à demeurer plus longtemps absente du conflit mondial, dont elle a, dès le premier jour, par la proclamation de sa neutralité, dénoncé et condamné les auteurs responsables. Elle entre en ligne aux côtés de l'Entente, lui apportant ainsi un concours matériel considérable et un appui moral encore plus précieux.

Nouveau changement à vue. Ferdinand de Bulgarie se démasque. La décision prise par la France, à l'heure même où elle reçoit la nouvelle de la mobilisation bulgare, de courir au secours de la Serbie, ne peut, avec le concours de nos alliés,

qu'arracher à un anéantissement total les débris de l'armée serbe.

Les mois coulent, et le début d'août 1916 enregistre la résolution de la Roumanie, accueillie par une explosion de joie.

On connaîtra un jour, dans leur précision et dans leurs détails, les causes des événements qui suivirent, et comment et pourquoi la retraite de l'armée roumaine anéantit brutalement et si vite des espérances, d'ailleurs excessives.

Faut-il donc croire que l'Allemagne a surmonté le destin, réalisé l'impossible et pris le dessus? Non, certes. Sa défaite devant Verdun, accentuée par la reprise de Douaumont et de Vaux à la fin de 1916, et par nos brillants succès d'août dernier, la bataille de la Somme, qui prépare et annonce son recul forcé et la libération d'une partie des régions envahies, comme les batailles de l'Aisne et des Flandres, ont parfait la démonstration déjà complète depuis la victoire de la Marne.

Aussi, en même temps qu'elle prononce et multiplie ses manœuvres de paix, l'Allemagne fait savoir qu'elle transporte de terre sur mer ses tentatives désespérées pour échapper au châtiment. La guerre sous-marine est proclamée : défi cynique à toutes les règles par lesquelles la civilisation a tenté de conserver à la guerre elle-même une figure d'humanité et de droit.

La réponse ne se fait pas attendre. L'immortel message du président Wilson, en donnant au monde les raisons qui forcent les États-Unis à

entrer dans la lutte, a porté par avance le jugement de l'Histoire sur les forfaits de l'Allemagne !

L'intervention américaine marque une date lumineuse dans les annales de la grande guerre. 11 serait superflu d'insister sur ses conséquences matérielles, de souligner l'appoint qu'apporte à la cause de l'Entente le concours sous toutes les formes de la plus puissante démocratie de l'Univers. Son appui moral, l'éblouissante c!arté qu'il projette sur la guerre, sur son caractère et sur ses fins, achèvent de porter la conviction dans les esprits et d'orienter la conscience du monde.

Mais, avant cet événement décisif, il s'en est produit un, dont les conséquences n'ont pas encore fini de se dérouler : la révolution russe.

La première de ces conséquences, du point de vue moral, est d'harmoniser, si l'on ose dire, les puissances de l'Entente. Dans leurs rangs, désormais, ne figurent plus que des peuples dont le régime intérieur, de démocratie et de liberté, est en accord avec l'Idéal de Justice et de Droit, au nom duquel elles luttent. Ainsi s'éteint une dissonance exploitée par nos ennemis, et qui ne laissa pas de troubler parfois jusqu'à nos amis.

D'autres conséquences sont moins favorables aux intérêts immédiats des Alliés. Une révolution aussi gigantesque ne se produit pas sans ébranler dans leurs profondeurs les bases de toutes les institutions, militaires comme civiles.

Le mysticisme de jios amis slaves n'est pas pour atténuer les effets d'un si complet bouleversement.

Moins sensible aux nécessités contingentes qu'au pur idéal, il va jusqu'au bout de l'idée, sans se soucier si les résultats de son application ne menacent pas de détruire l'existence même de la nation qui se propose de transformer l'idée en acte.

L'expérience pourtant a parlé. Les extrémités auxquelles on s'est laissé glisser ont démontré que c'est folie de prétendre, sous prétexte que la liberté est le principe et la règle d'un État, renoncer à maintenir dans les rangs de l'armée qui le défend « la discipline de fer », sans laquelle il n'est pas d'armée.

Des erreurs ont été commises et chèrement expiées. L'Entente les paie à cette heure même.

Mais l'abstention de l'armée russe, si elle permit aux empires centraux de remporter des succès inattendus, ne modifie pas la situation générale.

Pour échapper à la défaite finale, suspendue au-dessus de leurs têtes, ils n'ont d'espoir qu'en nos défaillances.

Le bon sens de la France.

La France a suivi avec un sang-froid et un calme au-dessus de l'éloge les fluctuations de la lutte où se joue son existence.

De même que ses soldats faisaient preuve dans les tranchées de qualités de patience et d'endurance dont on n'eût guère été disposé, quelques années plus tôt, à les croire capables, à l'arrière

les civils supportèrent sans nervosité, avec une admirable égalité d ame, la succession des bons et des mauvais jours.

Malgré tout, l'ennemi s'est obstiné, il s'obstine encore, à chercher chez nous à l'intérieur les succès qui, sur noire front, lui étaient refusés.

Il ne peut pas se résigner à reviser le jugement qu'avec nous-mêmes, d'ailleurs, il a de longue date porté sur notre caractère national.

La légèreté ne serait-elle plus un trait distinctif du Français?

Aurions-nous renoncé à cet amour du verbe, à cette intempérance de langue qui, avec tant d'autres traits, ceux-ci louables, ceux-là fâcheux, nous apparente aux contemporains de Périclès et de Démosthène?

Est-ce à Paris ou bien à Athènes que s'ouvrait la rue Trop-va-qui-dure, expression pittoresque et saisissante de cette manie de changement, de ce goût d'ostracisme, hérité, jurerait-on, de la démocratie grecque ?

Si nous nous sommes guéris de nos travers, l'Allemand ne veut pas le croire, et il agit comme si nous n'avions pas dépouillé le vieil homme.

A mainte reprise, des voix autorisées ont dénoncé, on vient de saisir sur le vif les campagnes d'origine ennemie menées à l'intérieur, dans l'espoir d'énerver et d'affaiblir l'admirable résistance morale de notre pays.

Elles empruntent toutes les formes, elles viennent de tous les points de l'horizon.

L'effervescence russe offrait à la propagande ennemie un trop merveilleux bouillon de culture pour qu'elle le négligeât.

Sous le couvert de l'idéal le plus généreux, on lance des formules qui n'aboutiraient à rien moins qu'à mettre sur le même plan victimes et bourreaux et à leur appliquer le même traitement.

Ceux mêmes qui s'accordent à flétrir le militarisme prussien semblent parfois oublier qu'il n'est que l'agent des ambitions impérialistes de tout un peuple, qui fut le complice et qui comptait bien être le bénéficiaire de l'attentat.

Industriels, commerçants, ouvriers, agriculteurs escomptaient, ils n'ont pas encore renoncé à escompter les profits de l'opération, autant commerciale que militaire, tentée à leurs applaudissements par le Kaiser, ses généraux et ses diplomates.

Cependant, quand, l'histoire en main, les cartes sous les yeux, nous osons demander, avec la restitution de l'Alsace-Lorraine, que des précautions soient prises, pour notre sécurité et pour celle de toute l'Europe occidentale, sur la rive gauche du Rhin, on entend, même chez nous, des voix crier à l'esprit de conquête !

Laissons crier. Que nous ayons ou non réussi à nous débarrasser de défauts inséparables, assuraiton, de notre physionomie nationale, il est un trait au moins dont nul ne songe à contester qu'il demeure la caractéristique de l'esprit français : c'est le bon sens.

Il sera notre sauvegarde. Il suffit à percer à jour les ruses et les manœuvres allemandes et à les déjouer. A son souffle s'évanouissent les fumées dont l'ennemi voudrait obscurcir l'évidence. Grâce à lui, nous évitons le piège d'une paix boiteuse qui serait, pour les générations futures, le prélude d'une guerre nouvelle; pour nos combattants et pour nos morts, la plus cruelle et la plus imméritée des injures.

Le bon sens de la France achèvera et couronnera l'œuvre de l'héroïsme français.

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