‹ La guerre mondiale et la question turcoarménienneChapitre 20 sur 40 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Une lamentable tragédie s'est déroulée en Turquie durant la guerre actuelle, sur laquelle le rideau n'est pas encore tombé *). Le peuple arménien a souffert cruellement, mais pas plus que le turc.

En son âme et conscience, la Turquie peut rejeter la responsabilité de cette tragédie sur les Comités et les pays de l'Entente: Russie, Angleterre et France — qui, dans un sordide but de gain politique, les ont encouragés dans une entreprise aussi chimérique que criminelle et par des méthodes d'action renouvelées des pires âges de l'humanité.

Prétendre, comme les Comités n'ont pas hésité à le faire, que le sort subi par le peuple arménien est l'effet d'on ne sait quel complot du gouvernement turc contre une race qui les gênait, c'est le comble de l'audace dans l'effronterie. Croire à cette version, c'est le comble de la crédulité et de l'aveuglement.

Si les Comités et l'Entente de la première heure, c'est-à-dire la combinaison Anglo-franco-russe, n'ont pas le courage d'avouer leurs torts envers le peuple arménien, qu'ils aient au moins la décence de se taire. Ce qu'il leur sied de faire, c'est de jeter un voile sur l'œuvre de boue et de sang qu'ils n'ont pas su mener à bien et s'ils sont chrétiens, comme ils prétendent, de crier dans le silence de leur conscience en se frappant la poitrine, comme les

') Après l'évacuation de l'Anatolie orientale par les Russes, eu vertu de la paix conclue avec le gouvernement bolchewiki. des bandes arméniennes commandées par des offiders anglais et français reprirent leur sinistre besogne du commencement de la guerre.

grands pécheurs qu'ils sont: Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Nous ne voudrions pas terminer cet exposé de la question turco-arménienne, sans exprimer le plus profond regret de ce que deux races qui avaient vécu durant des siècles dans les termes d'un étroit et amical voisinage comme sujettes du même Empire et dont les qualités, en se complétant, formaient la base d'une collaboration destinée à devenir de plus en plus féconde, aient été transformées en ennemis.

C'est pour ceux qui se sont rendus coupables de ce crime contre l'histoire dont ils ont détourné le cours de leurs mains sacrilèges, que le peuple arménien, revenu à lui-même, devrait réserver ses malédictions. N'est-ce pas un des leurs, Armène Aktoni, un chef de comité, qui, ayant attendu en vain la flotte anglaise, dont il épiait l'arrivée promise du haut du monastère Soulou, à Psamatia, pendant que ses camarades assaillaient la Banque Ottomane, se suicida en maudissant les «protecteurs* de sa race ? Il y avait dans cette pathétique immolation de soi et dans le cri de révolte qui l'accompagnait, une leçon et un conseil adressés à tous ses congénères.

Constantinople, le 30 mars 1916.

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