DÉCLARATION
sermentée de Chérit' bey, Directeur de l'Instruction publique de Van, qui parvint à échapper par miracle à cette tuerie (Van),
Le Gouverneur général d'Adana, Djevdet bey, alors à Van, rencontra, avec Halil bey, commandant militaire, quelques milliers de cadavres de femmes et d'enfants.
Les crimes qui ont pu être constatés jusqu'à présent d'une façon certaine, d'après des déclarations assermentées, à la suite de la réoccupation de Van. sont les suivants :
Dans la ville de Van.
Pendant l'occupation de cette ville par les Russes, ceux-ci ont distribué à la population musulmane des pains empoisonnés, ce qui causa une mortalité effrayante.
Quartier Halil Agha.
Famille de Hussein effendi, ex-chef du bureau de comptabilité de la province : sa jeune fille fut déshonorée; sa femme assassinée: son frère Hussein effendi, maître d'école, la femme de ce dernier et leurs quatre enfants furent égorgés.
Famille de Derviche effendi, fonctionnaire en retraite de la comptabilité de la province: ses deux jeunes filles, Hourié et Chadié, furent violées devant leur mère, leur oncle Sabri effendi et leur tante. Après avoir assisté à cette scène, ceux-ci furent égorgés. L'une de ces jeunes filles est morte plus tard des suites de l'outrage.
Famille de Vehbi effendi, chef-comptable de Chatak : son père, son oncle Youssouf bey et sa femme furent -assassinés.
La famille de Natchadji Edhem, composée de 1 5 personnes, fut totalement massacrée.
Trois religieux vénérables, Issa effendi, iman du quartier, âgé de 90 ans ; Rassih effendi, maître d'école en retraite, âgé de 70 ans; Derviche effendi, iman de Vidjdabich, eurent la barbe et les moustaches rasées et le visage sali avec des ordures. Après quoi, ils furent traînés dans les rues à dos d'âne et finalement assassinés. L'épouse de Rassih effendi, âgée de 60 ans, a trouvé la mort après une hémorrhagie occasionnée par les tortures qu'elle a subies.
Des familles de Hourchid et de son frère Kiamil effendis, composées de 12 âmes, 3 personnes seulement échappèrent au massacre.
Suleiman agha et sa femme: Halil effendi, fonctionnaire en retraite, aveugle, et son fils Sidki effendi ; le percepteur Hadji effendi, précédemment blessé, ainsi que sa jeune femme et ses cinq enfants, dont deux garçons et trois filles, furent tués.
Quartier Chamran.
Deux cents femmes et enfants réfugiés chez Mehmed bey, où se trouvaient déjà alités le lieutenant Izzet effendi et un chirurgien, furent tous massacrés au son des chants entonnés par leurs persécuteurs.
Les deux enfants, âgés de cinq et de sept ans, de Séher, femme de Djémal effendi, furent arrachés des mains de leur mère et mis en pièces à coups de coutelas. Même procédé fut pratiqué à l'égard de la femme d'Abas, fils de Hamza, et de ses trois filles.
Aïché, sœur du sergent Halil ; Abdoullah effendi, âgé de 80 ans, et sa femme furent piétines. Leurs tètes furent écrasées à coups de pierres.
Quartier Chabanieh.
Le lieutenant Adburahman effendi, qui gardait le lit, fut battu et assassiné après avoir subi d'horribles tortures.
Hadji Eumer effendi, négociant, fut dévalise et ensuite égorgé.
Zaïdé, âgée de 12 ans, nièce de Bekir effendi. ex-mouhtar du village de Topdji-oglou, fut horriblement souillée et succomba peu après.
Quartier Hafuz effendi.
La nommée Adilé, mère d'Ismail Menkénouz oglou, Baïram et le boucher Abbas ont été assassinés. Les deux jeunes filles d' Abbas, Fikrié et Chadié, ont été emmenées par les Russes.
Quartier Emin Pacha.
Mehmed Ali effendi, officier en retraite, fut attaché à un arbre et servit de cible. Sa sœur, âgée de 80 ans, et sa femme qui, exaspérées par ce supplice, s'étaient jetées sur le cadavre, furent mises en pièces.
La femme de Nedjib effendi, poêlier, a eu le même sort.
Quartier Se Uni bey.
Le nommé Halid Souvar oglou, avec plus de 30 de ses voisins, demandèrent grâce aux soldats russes qui rôdaient dans le quartier en compagnie du révolutionnaire arménien Panos. Pour toute réponse, ceux-ci fusillèrent les hommes, les enfants et les vieilles femmes. Deux garçons furent jetés dans le puits de la maison de Hadji Zia bey, située dans la rue Senemqué.
Le nommé Salih, de Yessir Capoussi, sa femme Fatna, ses quatre jeunes filles de 5 à 10 ans, son frère et sa sœur, ainsi que dix-sept autres personnes eurent à subir le supplice du croc.
Les enfants furent coupés en morceaux et leurs mères eurent les cheveux trempés dans le sang de leurs enfants.
Les trois fils et les deux filles de la sœur de Salih, les deux enfants de Kassim, du quartier Djamil Kébir, furent égorgés.
Les mères des pauvres victimes furent contraintes à boire le sang de leurs enfants, puis elles furent massacrées.
La femme de Hassan effendi, officier, originaire de Sivas, qui était restée à Van, fut dépouillée de ses biens et tuée avec ses deux enfants.